01 mars 2005
 

 
 

 

Il ya quelques jours, en parcourant les news de Google France au sujet du racisme, je suis tombé sur un article affiché sur les Forums du LOSC (l'équipe de foot de Lille) intitulé : "Cette scène a réellement eu lieu dans un vol de la compagnie British Airways entre Johannesburg et Londres."

Le titre et le contenu de l'article m'ont aussitôt paru familiers. C'était la cinquième ou sixième fois en un an que je le voyais ressurgir des entrailles du web . Je l'ai lu une nouvelle fois et je laisse à chacun la possibilité de le lire:

Cette scène a réellement eu lieu dans un vol de la compagnie British Airways entre Johannesburg et Londres.

Une femme blanche, d'environ cinquante ans, s'assied à côté d'un noir. Visiblement perturbée, elle appelle l'hôtesse de l'air.

L'hôtesse : "Quel est votre problème, Madame?"

La femme blanche : "Mais vous ne le voyez pas donc pas ? Vous m'avez placée à côté d'un noir. Je ne supporte pas de rester à côté d'un de ces êtres dégoûtants. Donnez-moi un autre siège. S'il vous plait".

L'hôtesse : "Calmez-vous, presque toutes les places de ce vol sont prises. Je vais voir s'il y a une place disponible".

L'hôtesse s'éloigne et revient quelques minutes plus tard : "Madame, comme je le pensais, il n'y a plus aucune place libre dans la classe économique. J'ai parlé au commandant et il m'a confirmé qu'il n'y a plus de place dans la classe executive. Toutefois, nous avons encore une place en première classe".

Avant que la dame puisse faire le moindre commentaire, l'hôtesse de l'air continue : "Il est tout a fait inhabituel dans notre compagnie de permettre à une personne de classe économique de s'asseoir en première classe. Mais, vu les circonstances, le commandant trouve qu'il serait scandaleux d'obliger quelqu'un à s'asseoir à côté d'une personne aussi répugnante".

L'hôtesse se tourne vers le noir et lui dit : "donc Monsieur, si vous le souhaitez, prenez votre bagage à main car un siège en première classe vous attend".

Et tous les passagers autour, qui, choqués, assistaient à la scène, se levèrent et applaudirent...

Si tu te bats contre le racisme renvoie ce message à tous tes amis, mais n'efface pas ce message sans l'envoyer à au moins une personne.........


Une fois que j'ai lu cet article attentivement, j'ai d'abord senti la moutarde me monter au nez. C'était encore un de ces articles emblématiques de l'anti-racisme "à sens unique", peignant les Blancs sous leur plus mauvais jour. Puis en y réfléchissant un peu, j'ai trouvé que la description de cet incident raciste était justement trop stéréotypée pour être honnête.

Cette histoire cumule, en effet, tous les préjugés, tous les stéréotypes, toutes les idées reçues qui caractérisent l'antiracisme en général et l'antiracisme albophobe en particulier.

Le vol est en provenance de l'Afrique du Sud, un pays qui a été un des grands enjeux des idéologues de l'antiracisme. Evoquer le racisme dans ce contexte permet de fixer rapidement les codes de lecture du "racisme", qui se confirment par la mise en scène des protagonistes. Hors la volonté de verrouiller le discours dit "anti-raciste" en fixant des rôles stéréotypés (le Blanc est raciste, les Noirs sont des victimes) est caractéristique de l'idéologie albophobe. L'homme noir y symbolise la quintessence de la victime du racisme. Le "sale Blanc" ou "la sale Blanche" est le ou la "sale raciste".

En d'autres termes, l'histoire parait crédible parce qu'elle fait appel aux préjugés qu'on nous a enseigné et non à notre réflexion.

D'autres signes permettent d'être suspicieux concernant cette histoire.

D'abord le fait que l'auteur tient à affirmer que l'histoire s'est réèlement passée, admettant par là même son côté incroyable et improbable pour mieux le dissiper.

Ensuite, comme dans la plupart des rumeurs qui circulent par courrier électronique ou sur les Forums de discussion du Web, le réceptionnaire ou le lecteur est invité à la propager avec, à la clef, une récompense morale: en dénonçant le "racisme", le Blanc ou la Blanche qui aide à propager cette histoire stéréotypée se valorise socialement auprès de son entourage tandis qu'en ne propageant pas cette rumeur du web, elle se situe dans le camp des "racistes". Pour les Noirs, les Arabes, voir les Juifs, relayer cette histoire permet, à contrario de renforcer leur racisme anti-blanc en montrant que le - les Blancs sont des "racistes". Les Blancs et particulèrement les femmes blanches sont décrites comme des personnes haineuses, irrationnelles et malveillantes, bref: moralement inférieures. Telle est la difficulté que rencontre la dénonciation de l'Albophobie: faire comprendre qu'accuser et dépeindre les Blancs de racisme est souvent, en soi, une forme de racisme anti-blanc....

De tels procédés ne sont pas anormaux, et relève de ce que j'ai nommé l'imposture raciste. Pour certains partisans de l'antiracisme, lancer de fausses accusations contre les Blancs - "pour la bonne cause"- est considérée comme justifié, comme je l'ai montré dans mon article à ce sujet.

Par curiosité, j'ai cherché à vérifier si cette histoire albophobe avait un fondement réel: le 01 mars 2005, j'ai commencé par faire une recherche sur Google france avec les termes suivants:

Londres Johannesburg "british airways" "femme blanche"

Google propose 279 réponses. Un examen rapide montre que la quasi totalité renvoit à des forums où n'importe qui peut afficher n'importe quoi et sur les pages que j'ai vérifié, aucune référence n'est jamais citée pour corroborer cette histoire.

Des termes comme "classe executive" renvoient à des anglicismes qui suggèrent une origine anglo-saxonne à cette imposture raciste - ou légende urbaine - ce qui est somme toute assez logique puisque l'action se déroule dans un avion d'une compagnie aérienne anglaise.

J'ai effectuée une recherche en anglais avec les termes suivants

Johannesburg London "british airways" "white woman"

Une fois encore, sur 150 réponses de Google, aucune page n'apporte d'information fiable et crédible, si ce n'est à un article bien documenté de Snopes.com, un site consacré aux mythes urbains, qui détaille les origines de cette légende urbaine albophobe.

Selon le Site Snopes.com, cette légende serait apparue à plusieurs reprises sous différentes formes. Si la version se déroulant dans le vol British Airways Johannesnurg - Londres apparait sur le Web en 1998, elle n'est qu'une variante d'une histoire beaucoup plus vieille remontant aux années 1970 sur le thème des passagers désagréables. Comme dans l'histoire du Johannesburgh / Londres, elle met souvent en scène des employés qui surmontent les problêmes posés par des passagers difficiles avec un grand sens de l'à propos. Voici les exemples cités par Snopes.com qui illustrent la généalogie de la légende raciste du vol Johannesburg Londres de British Airways

Dans le train, 1978 - Lutte des classes

Le secrétaire de l'antheneum, à Londres, raconte qu'un membre de l'aristocratie, exaspéré par la lenteur du service dans la salle à manger, a finalement demandé, indigné, à son serveur "savez vous qui je suis?"

Le serveur, le considérant avec symapthie,

"Non Monsieur, mais je vais me renseigner et je vous le dirais."

Dans un avion, 1994 - homosexualité

Un employé d'USAir dont le nom est Gay se trouve sur un vol grâce à son passe d'employé. Monsieur Gay, ayant trouvé un homme assis à sa place, s'est installé ailleurs. L'avion étant surbooké, un employé s'approche du siège qui aurait du être occupé par Monsieur Gay et demande à celui qui l'occupe: "Vous êtes Gay?"

Lorsque l'homme étonné lui répond qu'il est gay, l'agent lui dit de prendre ses affaires et de s'en aller. Monsieur Gay, qui a entendu la conversation intervient rapidement

"je suis Gay" dit-il.

L'employé lui dit alors qu'il faudra qu'il quitte l'avion. A ce moment, un passager qui a suivi toute la scène déclare avec bravade:

"je suis gay aussi. Bon Sang, vous ne pouvez pas tous nous virer!"

dans un avion, 1998 - une employée et un passager de première classe.

Une récompense va à une employée de United Airlines, à Denver, pour avoir été aussi drôle qu'intelligente, et s'être fait comprendre, lorsqu'elle a eu affaire à un passager qui mériterait probablement de voler comme une marchandise.

Pendant les derniers jours du vieil aéroport Stapleton de Denver, un vol encombré de United Airlines a été annulé. Une seule employée était chargée de réenregistrer une longue file de voyageurs importunés.

Soudain, un passager en colère double la fille et s'approche du comptoir. Présentant son billet, il déclare: "Je DOIS être sur ce vol et ce DOIT être en première classe."

L'employée lui répond. "Je suis désolé monsieur, je serais heureuse de vous aider mais il faut d'abord que je m'occupe de ces personnes et je suis sûre que je trouverais un arrangement." Le passager est peu impressionné. Il lui demande bruyamment, afin que les autres passagers l'entendent: "Savez vous qui je suis?"

Sans hésiter, l'employée chargée des embarquements sourit et saisit le micro pour faire une annonce. "Attention s'il vous plait" commence t-elle, sa voix résonnant dans tout le terminal "Il y a un passager QUI NE SAIT PAS QUI IL EST. Toute personne pouvant l'aider est priée de se présenter porte 17."

Tandis que les gens qui font la queue derrière lui rient incontrôlablement, l'homme fixe l'employée et grommele "J'te nique"

Sans sourciller, elle sourit et répond: "Je suis désolé, Monsieur, Mais pour ça aussi, il faudra faire la queue."

1998 - racisme en Afrique du Sud

Cette scène a réellement eu lieu dans un vol de la compagnie British Airways entre Johannesburg et Londres.

Une femme blanche, d'environ cinquante ans, s'assied à côté d'un noir. Visiblement perturbée, elle appelle l'hôtesse de l'air.

L'hôtesse : "Quel est votre problème, Madame?"

La femme blanche : "Mais vous ne le voyez pas donc pas ? Vous m'avez placée à côté d'un noir. Je ne supporte pas de rester à côté d'un de ces êtres dégoûtants. Donnez-moi un autre siège. S'il vous plait".

L'hôtesse : "Calmez-vous, presque toutes les places de ce vol sont prises. Je vais voir s'il y a une place disponible".

L'hôtesse s'éloigne et revient quelques minutes plus tard : "Madame, comme je le pensais, il n'y a plus aucune place libre dans la classe économique. J'ai parlé au commandant et il m'a confirmé qu'il n'y a plus de place dans la classe executive. Toutefois, nous avons encore une place en première classe".

Avant que la dame puisse faire le moindre commentaire, l'hôtesse de l'air continue : "Il est tout a fait inhabituel dans notre compagnie de permettre à une personne de classe économique de s'asseoir en première classe. Mais, vu les circonstances, le commandant trouve qu'il serait scandaleux d'obliger quelqu'un à s'asseoir à côté d'une personne aussi répugnante".

L'hôtesse se tourne vers le noir et lui dit : "donc Monsieur, si vous le souhaitez, prenez votre bagage à main car un siège en première classe vous attend".

Et tous les passagers autour, qui, choqués, assistaient à la scène, se levèrent et applaudirent...

 

Comme on le voit, chaque histoire présente des similitudes frappantes et semble devenir plus complexe avec le temps. La légende albophobe et raciste du vol Johannesburg / Londres de British Airways est bien à ranger au chapitre des légendes urbaines et des impostures racistes. Son thème central est, à l'origine, la confrontation entre un employé et un passager mécontent, thème qui connait des variations et voit souvent le passager investi de divers attributs sociaux qui permettent de l'identifier comme quelqu'un de peu sympathique. Les histoires sont aussi influencées par les évolutions de la société de sorte que parfois, un thème secondaire, le racisme des Blancs, l'homophobie, la lutte des classe semble être la trame principale de l'anecdote.

Il ne s'est RIEN passé sur le vol "Johannesburgh Londres" de British Airways...

 
 
 
 
 
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Drôle d'antiracisme
 
     
   
   
   
 
une rumeur anti-raciste
 
 
         
 
Références
   
 
   
         
 
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