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Cela
s’appelle avoir la baraka. Daniel Brechat, directeur
général de PANAFCOM et président du
Mouvement des Petites et Moyennes Entreprises (MPME) a miraculeusement
échappé aux escadrons de la mort lancés
à ses trousses.
C’était
le mardi 8 février dernier aux environs de 18 heures.
Voilà comment il est sorti vivant de son tête-à-tête
avec la mort. Ce jour-là, après sa journée
de travail, le patron des entrepreneurs de Côte d’Ivoire
décide de rentrer à la maison. Il doit prendre
un vol la même nuit pour l’Europe et veut se
préparer. Mais, chemin faisant, il se rend compte
qu’il a oublié des documents à son bureau
de zone 4. Il y retourne prestement.
A peine descend-il
de son véhicule, qu’un 4X4 transportant quatre
gaillards portant des treillis militaires et armés
de kalachnikov, gare derrière lui. Le véhicule
en question l’avait pris en filature depuis qu’il
avait quitté ses bureaux. Le 4X4 est positionné
de manière à couper toute voie de retraite
à M. Brechat. Deux individus armés descendent
et, sans hésiter, l’accostent avec rudesse.
Ils ceinturent M. Brechat et, sous la menace de leurs armes,
le contraignent à remonter dans son véhicule.
Kalachnikov planté dans les reins, l’homme
d’affaires n’a d’autre alternative que
de s’exécuter. Il n’oppose aucune résistance
et prend place sur la banquette arrière de son propre
véhicule. Suivi de près par le 4X4, le véhicule
de M. Brechat prend la route de la Riviera-Mbadon.
Arrivé
dans la broussaille, abondante dans les bas-fonds de Mbadon,
les hommes armés mettent pied à terre. Et
le supplice de M. Brechat peut commencer. Comme un délinquant
pris en plein larcin à Adjamé, il est battu
comme un plâtre et sous toutes les coutures. Son sang
coule abondamment. Les ravisseurs qui sont également
des tortionnaires, le brûlent au mégot incandescent
de leurs cigarettes. Les coups qui lui sont assenés
sont servis sur des tapis d’injures racistes et xénophobes.
On lui dit entre autres amabilités : « si tu
ne fermes pas ta gueule, tu vas voir. Si tu n’es pas
content d’être en Côte d’Ivoire,
tu peux rentrer chez toi en France, espèce de sale
Blanc ! C’est vous qui savez critiquer Gbagbo, non
? Eh bien à partir de maintenant vous allez voir
! »
Après
plusieurs minutes de sévices sur l’infortuné
chef d’entreprise, un des ravisseurs siffle la fin
du match. « Tout ça là c’est long,
flingue-le on va partir » ordonne-t-il à un
de ses complices. Daniel Brechat comprend alors que sa dernière
heure sur terre est peut-être venue, s’il ne
fait rien. Il a entendu parler des escadrons de la mort.
Il comprend désormais que c’est un de ces groupes
qui vient de l’enlever et qui veut l’assassiner.
Avec l’énergie du désespoir et la rage
que Dieu donne à celui qui n’a plus rien à
perdre, il se jette sur l’élément qui
vient d’armer son fusil et s’apprête à
l’exécuter. Dans la bataille brutale et violente
qu’il livre à son agresseur pour le désarmer,
un coup de feu part. M. Brechat sent une terrible douleur
au ventre et se rend compte qu’il est atteint.
Dans un ultime
sursaut, il se jette dans sa propre voiture, stationnée
sur le lieu même de son supplice et démarre
en trombe. Les assassins tirent sur lui mais ne l’atteignent
pas. Heureusement. C’est en trombe qu’il se
rend au 43ème BIMa pour y chercher refuge. M. Brechat,
en effet, est français. Selon une source autorisée
que nous avons joint au 43ème BIMA, M. Brechat a
été pris en charge par le service médical
dès son arrivée et a subi des soins intensifs,
vu qu’il avait perdu beaucoup de sang. Selon notre
interlocuteur, la vie du Président du MPME n’est
plus en danger. Notre source a refusé de se prononcer
sur le type de balle qui a frappé le patron des entrepreneurs.
Au demeurant a-t-il expliqué, cela entrait dans le
cadre de l’enquête qui sera ouverte. En attendant,
le miraculé a porté plainte auprès
de la gendarmerie de Côte d’Ivoire pour tentative
d’assassinat.
Plusieurs sources
membres du MPME que nous avons interrogées confient
avec terreur que l’assassinat manqué de Daniel
Brechat est lié à ses prises de position sans
fards sur la situation des PME en Côte d’Ivoire.
Après les agressions sauvages dont ont été
victimes les entreprises françaises de Côte
d’Ivoire lors des pillages de novembre 2004, Brechat
avait difficilement contenu sa colère face à
la tuerie programmée de l’économie ivoirienne
sous le prétexte de combats politiciens.
Tout le petit
monde des entrepreneurs qui s’entêtent à
rester en Côte d’Ivoire malgré les risques,
craint aujourd’hui pour la vie de M. Jean Louis Billon,
président de la Chambre de Commerce et d’Industrie
de Côte d’Ivoire. Lui aussi, avec des mots qui
évitent la langue de bois, mène un combat
de Don Quichotte contre la désintégration
de ce qui reste de l’économie ivoirienne. Les
escadrons de la mort sont lancés sur les traces de
tous ceux qui diront un mot plus haut que l’autre
sur la gestion de Laurent Gbagbo. |
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