| Abidjan:
Les « patriotes » terrorisent les français
par Parfait
Kouassi - 24
heures, quotidien ivoirien
Alors
qu’il revenait d’une inspection sur le front
de Kounahiri, le cortège du sergent-chef Chérif
Ousmane a été bombardé par un hélicoptère
des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire
(Fanci). Bilan, 12 blessés dont trois graves évacués
à Bouaké.
Avoir
la peau blanche et se trouver, hier après-midi, au
Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan était
une malchance que rien ne pouvant exorciser.
Au
bas des immeubles, dans les véhicules, et surtout
devant l’Ambassade de France, les Blancs étaient
traqués et systématiquement rudoyés,
par les « jeunes patriotes » se réclamant
du président Gbagbo.
Les
forces de l’ordre les assistaient parfois avec une
passivité complice.
Une
fumée noire de pneus brûlés s’élevait
devant l’Ambassade de France et environ une centaine
de jeunes déchaînés continuaient de
jeter des pierres à l’institution diplomatique
vers 16 heures 30.
Pourtant,
un détachement des forces de sécurité
nationale, renforcé quelques minutes plus tard, par
un char de la brigade anti-émeute s’était
déployé entre les immeubles Sciam et Postel
2000.
Dès
le début de l’après-midi, ces jeunes
réclamant du chef de l’Etat ont pris d’assaut
l’entrée de l’Ambassade de France.
«
Nous allons brûler cette Ambassade et ceux qui y sont
», menaçaient les meneurs de ces manifestants
violents, vêtus de noir, qui allaient et revenaient,
en galvanisant leurs hommes.
«
Les rebelles ont pris Gohitafla à des forces Licorne
qui les ont habillés en casques bleus. Il
faut que chacun de vous ait son petit français »,
disaient-ils .
Les
travailleurs terrorisés par ces mouvements descendaient
des immeubles pour regagner leurs domiciles. Les
magasins sont fermés.
C’est
alors que plusieurs de ces jeunes composés essentiellement
des désœuvrés endoctrinés à
« La Sorbonne » se mettent à parcourir
le Plateau pour « chasser ».
Le gibier ici, c’est la peau blanche.
Par
endroit, des grappes se constituent autour des Blancs surpris.
Ce fut le cas devant Alpha 2000, puis au rond-point de l’avenue
Chardy.
A dix-sept
heures, les manifestants sont convaincus par les forces
de l’ordre postées aux environs de l’Ambassade
de France que la rumeur selon laquelle la localité
de Gohitafla serait tombée aux mains des rebelles
n’est pas fondée.
Les
« Sorbonnards » se replient sur leurs bases
au centre du Plateau et se concertent.
« Les policiers ont dit cela pour nous distraire parce
qu’ils savent qu’on est prêt à
tout.
Mais, écoutez bien, rentrez chez vous et quel que
soit ce que les Fanci diront à la télévision
ce soir, retrouvons-nous demain (aujourd’hui) au 43e
Bima », déclare leur chef de file, perché
sur un podium.
La
centaine de « Sorbonnards » arrêtés
sur les bancs aménagés pour eux, étaient
sur le point de se disperser, lorsqu’une voix s’élève
dans la foule : « Nous, on ne va pas attendre demain.
On vient de casser une voiture. Et nous allons continuer
comme cela ! ».
Du
coup, la foule reprend ses vivats et promet de casser tout
ce qui rappelle le Blanc.
« Il faut les terroriser.
Ne laissez aucun véhicule de Licorne, Onuci »,
recommande à son tour le chef de file.
Les
manifestants s’ébranlent à nouveau dans
le Plateau. Le
gros du lot va se poster sur le boulevard lagunaire et sur
le boulevard de la République. Ils ont progressé
au fur et à mesure et ont bloqué les deux
ponts.
Tous
les véhicules sont passés au peigne fin.
«
Venez, on a eu un Blanc ! », s’écrient
de temps en temps des manifestants qui vérifiaient
les identités ; En effet, des infortunés qui
tentaient de rentre chez eux, sont surpris par ces «
jeunes patriotes » qui n’hésitent pas
à les malmener.
«
Nous allons attraper un vieux Blanc et le brûler devant
l’Ambassade », promet un manifestant aux autres
automobilistes.
Un
couple à bord d’une Peugeot grise a été
lamentablement séquestré sur le pont De Gaulle.
Selon
un conseiller d’une institution internationale, témoin
de la scène, les « jeunes patriotes »
se sont aggripés à la Peugeot 305 grise à
bord de laquelle se trouvait le couple dont une vieille
dame.
Tirées
de leur véhicule et rudoyées, les victimes
étaient sans secours quand les bonnes volontés
ont interpellé un policier présent sur les
lieux.
La
réponse du policier ivoirien fut scandaleuse.
«
Ceux-là, on ne les défend pas. Vous ne savez
pas qu’on a même attaqué l’Ambassade
de France ? », répond le flic.
Se
sachant traqué, aucun homme blanc n’était
visible hier soir, dans le Plateau.
« Nous allons veiller ici pour les attendre. Si
nous n’en trouvons pas, nous irons à Mermoz
(école française ) », a affirmé
un autre manifestant.
Avoir
la peau blanche et se trouver au Plateau hier soir, était
synonyme d’enfer. |