Ch 7 : Le Viol masculin dans les prisons américaines

Il est peu de gens, aujourd'hui, qui n'aient entendu parler du problème de la peine de mort aux Etats-Unis. Régulièrement, l'histoire d'un condamné à mort est exposé par les médias pour nous apprendre parfois qu'il était innocent mais plus souvent que la peine de mort est, en soit, répréhensible. Pourtant, les condamnés à mort sont une infime minorité dans le système pénitentiaire américain et leur cas, pour tragique qu'il soit, tend à occulter l'océan de souffrance de dizaines de milliers d'autres personnes.

Avec deux millions de détenus, l'univers carcéral étasunien est le plus grand du monde et seul le laogaï de la Chine communiste parvient à l'égaler, encore les Chinois sont-ils quatre fois plus nombreux que les Américains. Le taux d'incarcération du plus grand pays multi-éthnique de la planète est également le plus élevé avec 727 personnes derrière les barreaux pour 100 000 habitants, contre moins de 100 pour 100 000 habitants en Europe de l'Ouest. La tendance est à la hausse et, depuis plusieurs années, le niveau de surcapacité des prisons fédérales est de 19 %, ce qui fait d'elles de presque-paradis comparées aux 89 % de sur-capacité des prisons d'états. Les hommes comptent pour 90 % de la population incarcérée. 44 % des prisonniers sont des Noirs, 40 % sont des Blancs, les Latinos représentent 15 autres pour cent. Enfin, les Asiatiques, les Indiens et des personnes d'autres origines comptent pour 1 à 2 % des détenus restant.

Derrière les murs des prisons se trouve un univers particulièrement violent : 70 % des détenus font l'objet d'une agression physique chaque année. Près de mille gangs fédèrent les criminels les plus endurcis, souvent autour de leur appartenance ethnique. Les tensions raciales sont la norme. Le trafic de drogue et le racket font figure de crimes anodins.

C'est dans cet univers fermé que l'organisation Human Right Watch a mené l'enquête, recueillant les témoignages de détenus à travers le pays, pour prendre la mesure d'un phénomène peu discuté et tabou, Le viol masculin. Elle a ainsi révélé de véritables situations d'esclavage. Cette réalité, un détenu la résume ainsi:

"vous seriez abasourdis (comme ça a été le cas pour moi) de voir des êtres humains achetés et vendus comme des chaussures"

Selon le rapport, émis en avril 2001, 22 % des détenus américains auraient été soumis à diverses pressions pour se livrer à des actes sexuels et parmis ceux ci, 50% auraient été contraints au moins une fois d'être l'objet de sodomies. En se basant sur les résultats d'une autre enquête publié dans prison Journal - résultats corroborés par une troisième enquête effectuée dans le Nebraska - l'organisation estime que près de 140 000 détenus ont été violés, un chiffre presque supérieur au nombre de viols commis à l'extérieur des prisons.

***

On aurait tort de croire, en sombrant dans des clichés faciles, que la pratique du viol masculin à un quelconque rapport avec l'homosexualité. L'immense majorité des violeurs sont en réalité des hétérosexuels et se revendiquent comme tels. Sortis de prison, ils reprennent un comportement hétérosexuel. Les victimes de viols masculins sont, elles aussi, en immense majorité des hétérosexuels. L'homosexualité n'est, tout au plus, qu'un facteur qui accroît les risques d'être violé. Les victimes les plus exposées aux viols sont les jeunes hommes. Blancs. Leur arrivée dans une prison peut susciter une véritable compétition entre les violeurs. Un détenu de Floride témoigne ainsi que "ce sont surtout les jeunes garçons qui sont violés à cause de leur jeunesse et de leur tendresse, et de leur peau lisse, dans l'esprit de celui qui viole il pense à la peau douce et imagine une femme... Des prisonniers se battent même entre eux pour un jeune mais le jeune ignore tout au sujet de voir qui aura le garçon en premier et comme propriété"

Un détenu du Nebraska raconte que "Les gamins que je connais sont gardés dans la partie hopital de la prison jusqu'à ce qu'ils aient 16 ans. Alors, on les met avec la population générale. A l'âge de 16 ans, on les jette juste aux loups, pour ainsi dire, avec la population. Je n'ai jamais entendu parler d'un d'eux qui ait passé plus d'une semaine en population sans "coucher""

Pour un prisonnier de l'Arkansas, "Quand un nouveau détenu entre dans un baraquement, cela déclenche une sorte de compétition entre les détenus pour savoir qui va séduire et subjuguer le nouvel arrivant. La subjuguation est mentale, physique, financière et sexuelle. Chaque nouvel arrivant est une victime potentielle. A moins que le nouvel arrivant soit fort, laid et d'une violence efficace, il est sujet à être séduit, sujet à coercition et à être violé... Psychologiquement, émotionellement et physiquement, l'endroit le plus dangereux et le plus traumatisant que je puisse concevoir est la prison de baraquement en plein air la première fois qu'un détenu le voit."

Lorsque les portes de la prison se referment derrière certains détenus, c'est un véritable enfer qui commence et une plongée dans l'avilissement, la dégradation et la servitude. La peur, la menace de la violence plus que la violence elle-même conduit les hommes dans une impasse. Souvent, la victime désignée pour un viol est la cible de harcèlement psychologique ou d'un plan concerté pour l'amener à se soumettre par la force ou par la coercition, à des actes sexuels. Certains détenus font mine de menacer un détenu tandis qu'un troisième se posant en protecteur, créé une relation de dépendance et d'isolement au terme de laquelle il va demander des gratifications sexuelles que la victime osera rarement refuser.

Dans d'autres cas s'installe une situation similaire à ce qu'on appelle de la servitude pour dette, comme l'illustre ce témoignage: "Un nouveau détenu arrive. Il n'a pas d'argent pour les choses dont il a besoin, comme du savon, de la nourriture ou de la drogue (il y a beaucoup de drogue dans les prisons). Quelqu'un se lie d'amitié avec lui et lui dit de venir le voir s'il a besoin de quelque chose. Le nouvel arrivant est parfois conscient, mais pas la plupart du temps, qu'il y a un taux d'intérêt à 100 % à échéance hebdomadaire sur tout ce qu'il reçoit . Quand le nouveau est suffisamment endetté, son ami lui dit qu'il peut effacer une partie de la dette en se soumettant à des actes sexuels. C'était l'objectif de l'ami depuis le début."

Dans des cas extrêmes, c'est la force brute qui est employée, surtout si la victime potentielle a résisté à des menaces ou à une attaque précédente:

"Il est rare que quelqu'un résiste après la cinquième ou sixième fois, c'est pourquoi ils disent que c'est par choix et pas par la force la plupart du temps. Mais c'est un mensonge cependant, car la force mentale est aussi effective si pas plus." dit une ancienne victime.

Un détenu homosexuel et latino raconte "Je me suis cassé la main et j'ai perdu mes deux dents de devant. c'était un camp très, très violent. On n'avait pas le droit de lutter; Il fallait boxer. J'ai du me battre contre beaucoup de types l'un derrière l'autre - l'un après l'autre. On se fatigue; on fait des erreurs. Si on vous met par terre et que vous en vous levez pas, vous êtes une "pute", vous devez coucher."

Autre témoignage: "Pour vous donner une idée de ce que je veux dire .... j'ai maintenant des cicatrices où j'ai été étripé, sous le côté droit de ma poitrine en dessous du coeur, où mon cou a été coupé et ouvert et sous mon bras gauche. Ce ne sont pas les petites coupures et blessures que je ne peux inclure à cette lettre faute de temps et d'espace."

Un prisonnier de Géorgie raconte que "Deux détenus connus pour leur violence m'ont menacé d'une agression sexuelle et de voler mes biens. j'ai essayé de résister, ce dont il a résulté ma mâchoire fracturée à trois endroits."

Un autre, qui a été violé à huit reprises raconte que la première fois: il a eu le sentiment "qu'une branche d'arbre avait été enfoncé à l'intérieur de moi"

Dans un autre exemple cité par Human Right Watch, un détenu qui avait dénoncé son agresseur a été passé à tabac par celui ci, au point d'en avoir eu le cou, la mâchoire, une clavicule et un doigt brisés, une épaule déboîtée et des lacérations au cuir chevelu. L'homme a été frappé si fort avec un cadenas au bout d'une chaîne qu'on pouvait en lire la marque imprimée sur sa peau.

Dès l'instant qu'un prisonnier a été "retourné" car c'est le terme d'argot employé pour désigner celui qui a été violé -sous entendant que le viol anal l'a transformé en homosexuel - il a une réputation qui ne le quittera plus. c'est une "tapette", une "pute", une "salope", un "pédé". Pour le reste de son séjour en prison, il est marqué pour être la cible de nouvelles agressions. Pour les détenus, le viol qu'il a subi l'a "converti en femme" et si le viol est commis suite à des manoeuvres de coercition, la victime est perçue comme se soumettant de façon consensuelle aux actes qui lui sont imposés.

Parfois, la victime est contrainte à servir les exigences de tout un gang, il peut être obligé de se prostituer au bénéfice du détenu qui l'a acheté. D'autres fois, il va se placer sous la protection d'un seul violeur, un "daddy", pour ne plus être la cible de plusieurs autres détenus. Souvent la victime est réduite a un état de servitude complète :

"Quand ils retournent un type, dans les faits ils en sont propriétaires, tous les centimes qu'ils rapportent vont à leur homme. On peut acheter un gamin pour 20 à 30 dollars dans la plupart des bâtiments !! ils les vendent comme du bétail!" raconte un détenu texan.

Un autre texan explique la condition de servitude dans laquelle il vivait: "Tu vas nettoyer la baraque" il disait "que mes vêtements soient propres et quand je serais prêt à baiser, pas de discussion ou il y aura une punition ! je vais te laisser, disait-il, à mes homeboys [membres d'un même gang] ou je vais juste te vendre. On se comprend ? Avec crainte, misère et confusion en moi... j'ai dit oui."

Un autre prisonnier de l'Indiana décrit aussi cette entrée en servitude orchestrée par les gangs: "la plupart du temps, quand un jeune garçon est retourné par un gang, le seul but est d'abord de niquer le garçon, particulièrement les jeunes garçons, une fois qu'ils en ont fini avec le garçon, ils sont vendu avec profit à un autre prisonnier. C'est un commerce important de vendre des garçons et les membres des gangs contrôlent ce commerce."

La violence faîtes aux victimes du viol masculin ne s'arrête pas aux actes sexuels qui leurs sont imposés. Il y a d'abord les souffrances physiques et émotionnelles qui font plonger beaucoup de ces personnes dans la dépression, avec comme symptôme de nombreuses tentatives de suicides. D'autres, tout comme les femmes, développent le syndrome des victimes de viols. Souvent, ils sont dans un effroyable état de détresse morale.

"J'ai l'impression" écrit une victime "que certaines femmes pourraient me voir comme moins qu'un homme. j'ai le sentiment que ma fierté a été réduite en bouillie."

"les hommes sont supposés être suffisamment fort pour se protéger du viol. Alors quand ça nous arrive, ça nous laisse avec le sentiment que notre virilité nous a été enlevé et que nous sommes désormais moins que nous n'avons été." dit un autre.

"J'ai des cauchemars où je suis violé et agressé. je ne peux pas m'arrêter d'y penser. j'ai l'impression que tout le monde me regarde de façon sexuelle." dit encore un Texan.

Un autre détenu, de l'Illinois témoigne: "La honte que je vis ne peut être décrite".

Enfin, un prisonnier du Kansas déclare: "vous savez que si c'est dégradant pour une femme, combien plus pour un homme..."

A cette détresse psychologique s'ajoute encore la crainte d'attraper le SIDA. Dans un environnement où on estime que près de 50 000 personnes sont infectées par le VIH et que près de 9 000 autres ont le SIDA, cette crainte n'est pas infondée et de nombreux prisonniers sont persuadés d'avoir attrapé le SIDA suite aux viols qu'ils ont subit. Chaque année, plusieurs dizaines ou plusieurs centaines d'hommes sont ainsi condamnés à mort dans une indifférence totale...

Le viol est généralement considéré autant comme un crime violent que comme un crime sexuel. Si le viol, dans le contexte de la prison peut être envisagé comme un paliatif à l'impossibilité d'avoir des rapports sexuels avec des femmes, le fait qu'il soit pratiqué par des hétérosexuels qui, à priori, n'éprouvent pas de désirs pour les autres hommes amène à chercher d'autres explications. Un expert concernant le viol en prison, Daniel Lockwood, dit que les agressions sexuelles en prison seraient attribuables aux attitudes sexistes des hommes envers les femmes qui, dans le contexte carcéral, seraient transférées au détriment des hommes placés dans des rôles de femmes.

En prison, le viol est aussi utilisé par les violeurs comme un mode d'expression de pouvoir et de dominance sur l'autre, ce qui expliquerait, selon d'autres experts, que le détenu qui a été violé soit systématiquement stigmatisé et avili.

De façon plus générale, le racisme anti-blanc est un autre facteur d'explication.

Cette hostilité à l'égard des Blancs se retrouve de façon particulièrement aiguë dans les prisons. En effet, si dans les sociétés blanches éthniquement homogènes, on pourrait dire en caricaturant que les prisons sont pleines d' "innocents", dans les sociétés multiethniques, les prisons sont pleines d' "innocents" d'un côté et de "victimes du racisme" de l'autre.

Un détenu noir évoque ainsi le problème: "La plupart des noirs voient les blancs comme "l'homme" ou "la loi"... Je vais peut être rabâcher en disant ça, mais les Noirs en général ne font pas confiance aux représentants blancs de la loi . Hommes ou femmes, des juges aux avocats. La plupart pensent que le système judiciaire est fondamentalement raciste et que les policiers sont les symboles les plus visibles d'une institution corrompue & avec de bonnes raisons.... Ce n'est donc pas surprenant que quand un homme blanc arrive en prison, les Noirs voient en lui une cible..."

Un autre détenu partage cette vision des choses: "Le système carcéral n'est qu'une étape de la solution finale pour se débarrasser du soit-disant problème de l'Amérique, particulièrement les Noirs et les Latinos. je pose la question [est-ce que c'est] de la malchance, un hasard ou une machination que le système carcéral aux États-Unis est à moitié rempli de Noirs lorsqu'en fait, ils ne font même pas la moitié de la population des Etats Unis? "

Selon le rapport d'Human Right Watch - qui soit dit en passant ne pose jamais la question du racisme noir mais s'inquiète uniquement de celui des Blancs - de nombreux Blancs ont signalé que leur expérience de la prison les avait rendu plus "conscient raçialement ". le témoignage d'un Texan Blanc explique en grande partie les raisons de cette évolution:

"Dans les quartiers de haute sécurité, les Noirs et les Blancs ne s'assoient pas ensemble. Les Noirs ont leur propres bancs et les Mexicains ont les leurs et les Blancs, s'il y en a assez pour se battre pour en avoir un, ont les leurs. Si un Blanc s'asseyait sur un banc noir, les Noirs et les Mexicains lui sauteraient immédiatement dessus. Même pour les affectations aux plafonds, les Blancs refuseront de vivre avec un coloré ou un Mexicain parce que le co-détenu qui a des amis va lui voler des trucs et ils font sauter sur le Blanc alors ils refusent de vivre avec eux. Et si un mec blanc ... parle avec les Noirs et les Mexicains, beaucoup de Blancs [vont lui botter le cul] C'est la même chose pour les Noirs et les Mexicains. Les Blancs haïssent les Noirs et les Mexicains parce que ces deux races ont beaucoup de gens ici et tirent avantage de nous en forçant les petits et les faibles [à coucher] et que les baraqués doivent se battre tout le temps. Si vous venez ici en tant qu' homme blanc non racial et que vous vous battez pour vos biens, il est plus que probable qu'en partant vous serez un membre certifié du KKK ! Il y a beaucoup de groupes raciaux ici et avec la façon dont les Blancs sont traités, ils se mêlent à ces groupes et deviennent haineux. La prison est le meilleur terrain de recrutement du mouvement suprémaciste blanc."

Le problème du viol inter-ethnique, voir raciste, est en grande partie responsable de ce changement d'attitude des Blancs au cours de leur séjour en prison. Encore ne constitue-t-il probablement qu'un aspect de nombreuses formes de harcèlements et de menaces dont les Blancs sont victimes. Les recherches d'Human Right Watch ont confirmé que le viol de Blancs par des Noirs était le phénomène le plus important dans les cas de viol masculins en prison et que si des Blancs signalent avoir été violés par des Blancs, c'est le viol inter-ethnique des Noirs envers les Blancs qui est le plus répandu.

Quoi qu'aucun chiffre ne soit cité dans l'enquête d'Human Right Watch, elle ne fait que confirmer de nombreuses études précédemment publiées dont celle menée dans sept prisons du Nebraska par Cindy et David Struckman-Johnson, deux chercheurs de l'université du Dakota . Ses résultats ont été publiés dans Prison Journal en décembre 2000, elle signalait, comme toutes celles qui l'ont précédé, que le facteur racial influait de façon significative sur le phénomène des viols masculins en prison.

Sur les 7 établissements pénitentiaires étudiés, les chercheurs ont remarqué que dans l'établissement ayant le plus haut taux de coercition sexuelle (19% des réponses à l'enquête des chercheurs) et le plus haut de taux de viols (11 % des réponses), les détenus blancs se plaignaient de la prédation sexuelle routinière des agresseurs noirs envers les jeunes prisonniers blancs. Leur enquête a confirmé les dires des détenus blancs, montrant que 60 % des cibles d'agressions sexuelles étaient des Blancs, et que 74 % des agresseurs sexuels étaient des Noirs. Dans un autre établissement, classé lui aussi parmi les plus violents, 72 % des victimes d'agressions sexuelles étaient des Blancs et 71 % des agresseurs étaient des Noirs.

A contrario, dans une prison où le niveau de violence sexuelle était estimé comme moyen (avec un taux de viol de 6 %), les chercheurs remarquaient que la population carcérale était relativement éthniquement homogène et principalement blanche. Un quatrième établissement, caractérisé lui aussi par un taux de violence sexuelle moyen, avait également une population relativement éthniquement homogène et composé principalement de Blancs.

En conclusion de leur étude, Cindy et David Struckman-Johnson citaient trois facteurs ayant une influence sur le niveau de violence sexuelle dans les prisons: les relations conflictuelles entre prisonniers Noirs et Blancs, la présence d'une forte proportion de détenus ayant commis des crimes contre des personnes, enfin le type de bâtiments et les mesures de sécurité au sein d'un établissement pénitentiaire.

***

La raison pour lesquels les détenus Blancs sont particulièrement visés par cette violence inter-raciale s'explique par plusieurs facteurs, dont les préjugés racistes - ou justifiés - des Noirs envers les Blancs. La faiblesse de l'homme blanc est un des arguments avancés par les détenus noirs.

Un détenu noir, déjà cité précédemment, explique que "des stéréotypes sont courant aussi chez les Noirs qui causent de mauvaises pensées. La croyance que tous ou la plupart des hommes blancs sont des efféminés ou des gay est très fréquente & que les Blancs sont des lâches qui doivent être 5 ou 6 ou plus pour descendre un type ... Les Blancs sont des proies et même un Con [Ndt: une victime de viol, le bas de la hiérarchie en prison] sera soutenu s'il tabasse un Blanc."

Le fait que les Blancs soient considérés comme faibles est confirmé par un autre prisonnier noir: "Quand des individus viennent en prison, ils savent que la première chose qu'il devront faire est de se battre. Maintenant, il y a des individus d'une certaine race dont la majorité d'entre eux n'est pas physiquement équipée pour se battre. Ils sont donc la majorité qui est obligé de se soumettre à des actes sexuels."

Cette perception s'explique par la composition respective des populations Blanche ou Noire derrière les barreaux. A la différence des détenus Noirs, par exemple, les détenus Blancs se recrutent dans divers milieux sociaux et leur crimes ne sont pas de la même nature que ceux commis par les Noirs, fréquemment liés au monde de la rue, en relation avec le trafic de drogue. Un autre raison est qu'un grand nombre de Gangs raciaux existent aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur des barreaux, qui fédèrent essentiellement les Noirs ou les Latinos.

Par contre, il y a peu de chance pour qu'un détenu Blanc soit déjà membre d'un gang avant son arrivé en prison. De plus, la plupart des Blancs qui arrivent en prison ont reçu une éducation qui dévalorise les liens de solidarité ethnique entre personnes de souche européenne et les culpabilise à l'égard des autres groupes ethniques. Souvent, ce qui est considéré une affirmation de fierté ou de solidarité légitime au sein des minorités ethniques est décrit comme un acte de discrimination ou de racisme dans le cas des Blancs. Une des règles non écrites des prisons américaines est, d'ailleurs, que seul un Noir peut violer un Noir, que seul un Latino peut violer un Latino, mais cette règle ne s'applique pas aux Blancs.

En d'autres termes: un Noir appartenant à un gang racial, condamné pour traffic de drogue, élevé dans le sentiment que les Blancs sont responsables de tout ses problèmes saura mieux se battre et employer la violence sans état d'âmes qu'un employé de bureau blanc isolé, sans conscience raciale et condamné pour une escroquerie comptable. Pour certains observateurs de la vie en prison, les agressions commises par des Noirs envers les Blancs sont le résultat d'une culture de violence au sein de la communauté noire et d'un conditionnement social valorisant l'agressivité et l'usage de la force.

En 1999, au terme d'une étude menée sur le viol masculin en prison, Gordon James Knowles, un chercheur de l'université d'Hawaï concluait :

«Le viol en prison est motivé racialement essentiellement par des détenus noirs spécifiquement contre des détenus blanc qui sont en retour des victimes. Bien que plus d'études doivent être menées pour confirmer cette théorie, la haine raciale des Noirs envers les Blancs apparaît comme étant la motivation principale du viol en prison. En fait, le département de la justice américain a remarqué qu'il y a quatre fois plus de chance pour que les détenus violents noirs (57%) et Latinos (51%) aient victimisé une personne appartenant à une autre race ou un autre groupe ethnique que les détenus violents blancs (11%).

En réalité, les détenus noirs ont le pouvoir et le contrôle qui leur permettrait d'avoir des relations consensuelles avec des homosexuels blancs ou noirs mais ils préfèrent violer des Blancs non-homosexuels afin de les humilier. Par essence, le viol en prison aux Etats-Unis n'est pas un problème de pouvoir, de sexe ou même d'homosexualité mais un problème d'humiliation par le viol visant les Blancs.»

Des experts voient le phénomène du viol masculin comme une forme de revanche des Noirs contre ce qu'ils considèrent comme la domination blanche au dehors des prisons. Pour ces experts, le viol est considéré comme une forme de crime motivé par la haine raciale et ils estiment que les détenus Blancs ne sont que des substituts pour les Blancs en général. Cette perception du viol comme d'un acte de vendetta raciale et raciste rappelle le cas de Cleaver Eldridge. Dans son livre "Soul on Ice", parut pendant les années 1960, cet ancien dirigeant des Black Panthers revendiquait ouvertement avoir commis des viols de femmes blanches. Il écrivait alors: "Je franchissais le pas et recherchais des proies blanches... Le viol était un acte d'insurrection. Cela m'enchantait de défier et de piétiner la loi de l'homme blanc, son système de valeur ... de souiller ses femmes."

Dans le cadre des prisons américaines, la dimension raciste du viol masculin, parce qu'il est majoritairement un phénomène inter-ethnique, parce qu'il s'accompagne de l'asservissement et la vilification de la victime, parce qu'il n'est pas l'expression d'un désir sexuel, ne peut être ignorée.

On ne peut considérer, de plus, ce qui se passe dans les prisons sans prendre en compte les réalités de la société américaine et les statistiques de la délinquance et du racisme aux Etats Unis. Celles-ci montrent que, contrairement à une idée reçue, les Noirs sont plus portés à la violence sexuelle, à la criminalité et au racisme que les Blancs.

Une telle affirmation peut surprendre. En effet, à première vue, les statistiques montrent qu'il y a plus de délits, de crimes motivés par la haine raciale et d'agressions sexuelles commis par des Blancs que par des Noirs. Néanmoins, ceci s'explique par le fait qu'il y a beaucoup plus de Blancs que de Noirs dans la société américaine. Dans ce pays 75 % des habitants sont d'origine européenne alors que 12 % sont de souche africaine. Hors, si on regarde les pourcentages de différentes sortes d'agressions commises par les uns ou les autres, les Noirs sont systématiquement sur-représentés:

Si on considère ces chiffres, on remarque tout de suite qu'il y a une énorme disproportion entre les pourcentages de criminalité au sein des deux groupes ethniques, mais aussi que le racisme doit être plus répandu au sein de la communauté noire que parmi les Blancs puisque les Afro-américains sont sur-représentés parmi les agresseurs racistes en proportion de la population qu'il représentent.

 
Blancs
Noirs
Pourcentage de la population américaine
75 %
12 %
Reponsabilité pour les crimes de haine 1
65 %
20,4 %
Responsabilité pour les agressions sexuelles, hors viols 2
73,3 %
20,4 %
Responsabilité pour les viols 2
62,7 %
34,8 %
Responsabilité pour les meurtres 2
48,4 %
48,7 %

ATTENTION : Dans les statistiques du FBI, la catégorie "agresseurs blancs" comprend les personnes d'origine européenne + les Latinos. La criminalité de la population blanche est donc toujours sur-évaluée
1 - FBI - Hate crime Statistics 2001, page 6 - Les crimes de haine concernent non seulement les crimesmotivés par la haine raciale, mais aussi les crimes motivés par l'homophobie ou l'hostilité religieuse (antisémitisme...).
2 - FBI - Crime in the United States, page 252

Tableau 1 - Statistiques criminelles aux Etats Unis en 2001

Chaque année, le Département de la Justice américain diffuse des chiffres et des statistiques concernant les victimes d'actes criminels. Ces statistiques sont basées sur un échantillon de la population américaine et mises en corrélation avec celles des rapports sur la criminalité publiés chaque année par le FBI. Elles permettent d'analyser la criminalité inter-raciale et de la relation agresseur/victime par race. Elles montrent qu'en ce qui concerne le viol inter-ethnique, la tendance observée dans les prisons américaines au préjudice des détenus blancs se reproduit à l'extérieur des Barreaux.

 
Blancs
Noirs
Pourcentage de la population américaine
75 %
12 %
Responsabilité pour les agressions sexuelles (exhibitions, atouchements... ), hors viols 1
73,3 %
20,4 %
Responsabilité pour les viols 1
62,7 %
34,8 %
Responsabilité pour les agressions sexuelles en réunion par type d'agresseurs 2
28,1 %
40,3 %
Pour une victime blanche, nombre d'agressions commises par un agresseur blanc ou noir 3
130 593
31 320
Pour une victime noire, nombre d'agressions commises par un agresseur blanc ou noir 3
4 017
19 636

ATTENTION : Dans les statistiques du FBI, la catégorie "agresseurs blancs" comprend les personnes d'origine européenne + les Latinos. La criminalité de la population blanche est donc toujours sur-évaluée.
1 - FBI - Crime in the United States, page 252
2 - US department of Justice - Criminal victimization in the United States, 2001 (table 46)
3 - Estimation calculée à partir du nombre total de viols par race de la victime et du pourcentage d'agresseurs par race - US department of Justice - Criminal victimization in the United States, 2001 (table 42)

Tableau 2 - responsables et victimes d'agressions sexuelles selon leur
origine ethnique aux Etats Unis en 2001

Les statistiques sur la victimisation publiées en 2001, année du rapport d'Human Right Watch, concernant les viols inter-ethniques impliquant des individus de race noire ou blanche montrent qu'environ 31000 agressions sexuelles, soit impliquaient une victime de race blanche et un agresseur de race noire. Environ 4000 impliquaient une victime de race noire et un agresseur de race blanche. En outre, les criminels noirs commettaient plus d'agressions sexuelles contre les femmes blanches, environ 31 000 que contre les femmes noires, environ 20 000 agressions ! Cette tendance se retrouve de façon plus générale concernant la criminalité inter-ethnique.

On peut objecter que la délinquance inter-ethnique , qui est majoritairement commise par les délinquants noirs contre des Blancs, est due au fait qu'il y a plus de Blancs que de Noirs avec lesquels ils peuvent "inter-agir". En réalité, lorsque les données statistiques sont corrigées en prenant en compte le fait que les Blancs sont 5,5 fois plus nombreux que les Noirs, le ratio de viols inter-ethnique commis par les criminels noirs contre des victimes blanches est toujours 7 fois plus élevé.

Ici le phénomène dans du viol masculin dans les prisons apporte un éclairage particulier sur les motivations du viol inter-ethnique: S'il était exact que les agresseurs Noirs font plus de victimes blanches uniquement parce qu'il y a plus de Blancs dans la société, dans les prisons américaines, où les Noirs forment 44 % de la population carcérale et les Blancs 40 %, la tendance intra-ethnique de la délinquance sexuelle devrait s'affirmer. Les Noirs, en toute logique, devrait plus souvent choisir des victimes noires. Hors, c'est le contraire qui se produit : la délinquance sexuelle devient majoritairement un phénomène inter-racial. La fréquence des viols inter-raciaux n'est donc pas déterminée par un facteur démographique. Le viol masculin dans les prisons américaines prolonge et exacerbe un phénomène déjà existant à l'extérieur des barreaux. Il montre qu'il faut en chercher la cause en grande partie dans le racisme latent ou avoué des agresseurs.

Au delà des seules agressions sexuelles, ceci montre qu'une agression inter-ethnique devrait toujours être considérée comme un probable crime raciste. L'agression criminelle classique sert d'alibi ou de prétexte à l'expression du racisme de l'agresseur. Le raciste anti-blanc est souvent un raciste "opportuniste" pour qui un acte criminel est l'occasion de pouvoir également "agir" son hostilité raciste vis à vis de sa victime.

Rien n'arrive par hasard. Le phénomène du viol masculin n'est pas l'apanage des Etats-Unis mais il se caractérise par le fait qu'il a été documenté et que son aspect spécifiquement raciste a été largement décrit. De plus, il ne fait que reproduire, en l'amplifiant, une réalité qui existe déjà dans cette société. Il s'inscrit également dans un schéma plus large des sociétés multi-ethniques contemporaines.

Lorsqu'on sait que les phénomènes des viols collectifs inter-raciaux est en train d'apparaître dans les sociétés australienne et européenne à mesure que s'y installent des immigrés non-occidentaux, on peut se demander quel va être l'impact de la transition démographique des populations carcérales européennes sur le nombre de viols masculins inter-ethniques et racistes. En toute logique, il devrait suivre une tendance similaire à ce qui se produit aux Etats-Unis.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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