29 Mars 2002
 

Zacharia Moussaoui et Richard Reid, Des terroristes "victimes du racisme des blancs"?

 
 
 
 
 

Quelques jours après les attentats du 11 septembre, les Français ont découvert l’existence d’un drôle de concitoyen, dont le nom et le visage allaient leur devenir familié : Zacharia Moussaoui, Le 20ème membre du commando d’Al Quaeda responsable du massacre à grande échelle de milliers de personnes. Quelques semaines plus tard c’était au tour d’un autre islamiste, Richard Reid, de nationalité anglaise, d’être neutralisé au moment où , dans un avion, il s’apprêtait à mettre le feu à ses semelles bourrées d’explosif. Les deux hommes se connaissaient et s’étaient rencontrés dans une mosquée de Brixton, en Grande Bretagne.

Aujourd’hui, Zacharia Moussaoui, dont le procès va se dérouler aux états unis risque la peine de mort pour "Conspiration avec Oussama Ben Laden et Al Quaida afin d’assassiner des milliers de victimes innocentes". Tandis qu'en France, un collectif d’associations de défense des droits de l’homme commence à se mobiliser, les propos de proches de Zacharia Moussaoui, mais aussi les commentaires parus dans la presse au sujet de Richard Reid laissent craindre tous les dérapages typiques du racisme antiblanc. Inversions des culpabilités, chantage racial, propagation du mythe de la toute puissance blanche ont commencé à apparaître, et ce n’est sans doute qu’un début. Pourquoi ? Parce que Zacharia Moussaoui est un maghrébin et que Richard Reid est un métisse né de père jamaïcain et de mère Blanche, et qu’à ce titre, ils ne sauraient être responsables d’une haine dont on prétend tous les jours qu’elle est le monopole des blancs.

Commençons par le cas de Zacharia Moussaoui, puisque c’est de lui qu’il a le plus été question dans la presse française. La famille de Zacharia Moussaoui a été présentée, autant que possible, comme une famille bien intégrée et sans histoire. Selon Libération, le terroriste a été élevé, comme ses frères et sœurs, "à la française". Pour la mère de Zacharia Moussaoui, tous les problèmes auraient commencé lorsqu’une cousine de Zacharia Moussaoui, venue du Maghreb, a fait entrer le "mauvais esprit à la maison" : dans ses bagages, elle aurait apporté des livres sur l’Islam et aurait conseillé à ses cousins d’arrêter de faire la vaisselle parce qu’un "vrai musulman" ne devrait pas s’abaisser à des tâches ménagères.

Cette version est peut être vraie, mais la "cousine" n’aura pas eu à forcer les choses car, en vérité, Zacharia Moussaoui n’est pas le seul islamiste de la famille. Le quotidien Le Figaro présente son frère aîné, Abd Samad, comme un proche des "frères musulmans". Mais qui sont donc ces frères musulmans? Selon Xavier Ternisien, journaliste au Monde, il s'agit d' "un mouvement fondé en Egypte en 1928, par hassan Al-Banna, il est devenu la matrice de tous les groupes se réclamant d’une lecture politique de l’Islam.

Reprenant la formule "Le Coran est notre constitution" - Les frères affirment que la réponse à tous les problèmes du monde musulman se trouvent dans l’Islam. Faute de pouvoir instaurer un état islamiste, ils œuvrent à une islamisation "par le bas" de la société, par l’éducation et le travail social… Une partie des frères musulmans s’est radicalisé sous l’effet sous l’effet de la répression Nasserienne. C’est ainsi que Sayyid Qoth a rédigé en prison "Signe de Piste", devenu le bréviaire de l’islamisme."

Les propos d'Abd Samad Moussaoui, cités par le Journal donnent une version assez différente de celle de sa mère : pour lui, Zacharia Moussaoui a subi "Un lavage de cerveau" et surtout, il a été victime … du racisme des français.

"Mon frère croyait qu’il n’était pas reconnu à sa juste valeur, il se plaignait du racisme, il était fragile, bref, c’était la cible idéale pour les fondamentalistes". Le Figaro, qui cite ces propos dans son édition du 02 janvier 2002, pour les répéter le 29 mars de la même année, continue ce jour là dans cette direction :

"Le racisme, Moussaoui en a souffert. "Pas trop mauvais pour un arabe" aurait dit un professeur, qui l’a orienté vers un BTS technique. " Il fallait bien que les blancs soient, d’une façon ou d’une autre, responsable des attentats du World Trade Center : Si Zacharia Moussaoui n’avait pas été victime de leur "racisme", rien ne serait jamais arrivé. C’est "La bonne excuse" et surtout une excuse raciste qui joue sur le mythe de "la toute puissance blanche".

Le cas de Richard Reid n’est guère différent de celui de Zacharia Moussaoui. Ce terroriste, converti à l’islam en Angleterre, est lui aussi est décrit comme une victime du racisme des blancs. Selon le journal du Dimanche du 30 décembre 2001, "C’est dans la prison de Feltham que Richard Reid s’est converti à l’Islam. Cocktail détonnant, cet établissement connu pour le racisme de certains gardiens, alors qu’il regroupe plus de 700 délinquants de 15 à 21 ans, dont la moitié sont d’origine indienne ou Afro-Caribéenne.  Du coup, pour le recteur de la mosquée de Brixton, Abdoul Haqq Baker, les jeunes "juste sortis de prison et qui se tournent avec espoir vers l’islam sont "des candidats parfaits pour les extrémistes islamistes" "

Ce court paragraphe vaut à lui seul qu’on s’y attarde car il illustre parfaitement la façon dont se transmet le stéréotype de l'irrationalité des blancs. Bien sur, on y évoque le racisme des gardiens de prison comme le fait qui explique que les jeunes délinquants se tournent plein d’espoir vers l’Islam. Mais la formulation de la phrase vaut-elle aussi son pesant d’or. Ainsi, certains gardiens de prison seraient racistes "alors que" plus de la moitié des délinquants de la prison sont des étrangers, comme si cette disproportion rendait d’autant plus inexcusables les sentiments "racistes" des gardiens. Ne serait-ce pas plutôt "Parce que", dans un pays européen, plus de la moitié des délinquants d’une prison anglaise sont d’origine étrangère que ces gardiens de cette prison ont des sentiments racistes ? Et ces délinquants d’origine étrangère, sans doute n’ont-ils jamais de sentiments racistes envers leurs gardiens…

Un autre passage de l’article du journal du Dimanche vient renforcer cette explication par le racisme des blancs du comportement de Richard Reid : Le père de Richard Reid a, lui aussi, été victime du racisme des blancs : "Personnellement, je me suis converti à cause de la discrimination raciale que je ressentais en Angleterre" raconte John Colvin Reid, d’origine Jamaïcaine et dont le père était méthodiste. "Quand j’ai vu mon fils, voici dix ans, je lui ai suggéré de faire de même. Je ne le regrette pas. Mon Islam à moi n’a rien à voir avec l’explosion d’avions, mais avec l’amour du prochain" "

L’autre partie de l’histoire du père de Richard Reid, le JDD ne l’évoque pas, mais on peut la découvrir dans le Time du 25 février 2002:

"Richard est né à Londres en 1973, alors que son père, connu sous le nom de Robin, était en prison pour vol de voiture. En tout, Robin a passé 20 ans derrière les barreaux. "J’ai vu l’intérieur de la plupart des prisons de Londres" dit-il "Je n’ai pas été un fameux exemple pour mon fils". Voilà pour la victime de la "Discrimination raciale", sans doute coupable de "délit de Sale Gueule".

Puis Robin, s’il a bien voulu reconnaître une part de responsabilité dans le destin de son fils, a recours aux mêmes arguments que le Frère de Zacharia Moussaoui. "Il était né en Grande Bretagne, comme moi " dit Robin "c’était déprimant de s’entendre dire des choses comme " Rentre dans ton pays, sale nègre" ". On s’en doute, les nombreux délits commis par "Robin", qui l’ont amené à cumuler 20 ans de prison, ont "largement" contribué à rendre les Anglais moins racistes envers les noirs… Le comportement de Richard Reid aussi, d’ailleurs, car l’agression d’une personne âgée qui lui vaut, à 17 ans, sa première condamnation; Pendant plusieurs années, il fera régulièrement des séjours en prisons pour d’autres délits qui, eux aussi, vont largement contribuer à remonter les métis ou les noirs dans l’estime de la population britannique...

De la prison aussi, l’article du Times nous donne une autre description que celle du JDD: "Les autorités pénitentiaires ont autorisé les imams a apporté de la littérature dans les prisons – de tout, depuis des copies du Coran à des prospectus anti-américains soulignant l’importance du Djihad". Ne serait-ce pas plutôt dans cette atmosphère de démission face à l’Islam et de prosélytisme haineux des imams qu’il faut trouver les racines de l’engagement terroriste de Richard Reid , plutôt que dans le "racisme des gardiens" ?

***

Etonnant paradoxe, donc, que celui que révèlent le cas de Zacharia Moussaoui et de Richard Reid : Par une étonnante alchimie du verbe où se mêlent le mythe de la toute puissance blanche et l’inversion des culpabilités, leurs actions terroristes nous révèlent… que les blancs sont racistes. Etrange logique : Plus les crimes commis par un maghrébin, un métisse ou un noir sont atroces, plus ils prouvent – et s’expliquent par - le racisme des blancs. La culpabilité de Moussaoui et de Richard Reid, c’est en fait celle des blancs…

Ce discour vise, en fait, à nous désarmer moralement et constitue une forme subtile de chantage racial: Plus les membres de minorités ethniques se montrent violents, intolérants et haineux, plus c’est de la faute des blancs et donc, plus il faut faire preuve d’ "antiracisme". Plus il nous faut être conciliants. Plus il faut que nous cédions à toutes les revendications raciales et identitaires de ces minorités ethniques qui rejettent tout autant nos lois que nos coutumes (comme ces frères musulmans pour qui l’islam doit être la constitution des communautés et des pays où ils se trouvent). Plus il nous faut faire "d'aménagements". Plus il faut que nous battions notre coulpe. Plus il nous faut témoigner de sympathie pour ces bourreaux devenus "nos victimes". Plus nous devons rester dans le cercle vicieux d'une "tolérance" frelatée qui ne fait qu’aboutir à de nouvelles violences dont nous-même, nos proches et nos sociétés, sommes de plus en plus les cibles, parce que nous sommes trop blancs et notre culture trop occidentale aux yeux de ceux qui nous haient…


MàJ - 10 octobre 2002

Suite à la parution d'un livre dans lequel il évoque la dérive de son frère et met en accusation les réseaux Saoudiens qui recrutent en France, Abd Samad Moussaoui s'est à nouveau confié au Journal Le Figaro. Au cours de l'entretien, publié le 24 septembre 2002, le frère d'Abd Samad s'est exprimé plus en longueur sur ses rapports avec son frère. Il a ainsi pu nuancer ses propos et préciser de façon claire sa pensée, une précision qui répond à la question posée en titre de cet article:

Le Figaro - 24 septembre 2002 - "On ne peut pas dire que c'est parce qu'il aurait subi le racisme des français que mon frère a basculé dans le fanatisme puis le terrorisme"

Une précision importante aux yeux de beaucoup de monde... En effet, Mohamed Atta, le chef du commando de terroriste qui a précipité des avions sur les tours du WTC, a grandi en Egypte, ce qui ne l'a pas empéché de devenir un terroriste, on ne voit donc pas pourquoi "le racisme" servirait d'excuse à Zacharia Moussaoui parce qu'il est né en France.

 
 
 
 
 
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Les leçons du 11 Septembre
 
 
 
 
Une victime ?
 
   
   
 

Jusqu'au 11 septembre, il semblait aller de soi que le racisme, l'extrémisme, la xénophobie et la haine de l'autre étaient l'apanage des seuls Blancs.

Le 11 septembre, c'est la prise de conscience par l'occident de sa vulnérabilité face à la haine d'autres peuples, alors qu'il croyait en avoir le monopole.

 
 
 
 
 
         
 
Références
  • 13 décembre 2001 – Libération – "Itinéraire d’un présumé terroriste présumé" par Fabrice Rousselot
  • 30 décembre 2001 – Le Journal du Dimanche - "Les circuits du terrorisme Islamistes" par Michel Deléan
  • 02 Janvier 2002 – Le Figaro – "Moussaoui devant ses juges américains" Par Alexandrine Bouilhet
  • 03 Janvier 2002 – Le Figaro - "Moussaoui defie la cour au nom d’ allah"
  • 25 Janvier 2002 – Le Monde – "Les quatre principales familles de l’Islam Militant" par Xavier Ternisien
  • 25 Janvier 2002 – Le Monde – "L’essort des Salafistes de Banlieue inquiète policiers et musulmans" par Xavier Ternisien
  • 25 Janvier 2002 – Le Monde – "Une note des rensiegnements généraux décrit la percée de la mouvance fondamentaliste en Seine-Saint-Denis" par Pascal Ceaux
  • 25 février 2002 – Time – "The Shoe Bomber’s World" par Michael Elliott
  • 28 Mars 2002 – La vie – "Moussaoui risque la mort"
  • 29 Mars 2002 – Le Figaro – "Zacharia Moussaoui risque la mort" par Thierry Oberlé
  • 29 Mars 2002 – Libération – "Etats-Unis : Peine de mort requise contre Moussaoui"
  • 24 septembre 2002 - Le Figaro - "Le frère de Moussaoui accuse les réseaux saoudiens"
 
   
         
 
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Sur le site
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    - Guy Georges, ses victimes et le racisme
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