Se
remettant de façon inespérée de son
cancer, Louis Farrakhan revient sur le devant de la scène
- ou plus exactement en première page du "Final
Call". En novembre 1999, il rencontre plusieurs
rabbins que le journal de la secte présente comme
"les Juifs de Farrakhan". Inutile de dire
que ces 7 individus n'ont pas grand chose à voir
avec la comunauté juive : ils appartiennent à
la branche ultra-orthodoxe de Neturei Kata, un groupe de
fanatiques religieux basés à Jérusalem
qui considèrent la création de l'Etat d'Israël
comme une hérésie, un état juif ne
pouvant être recréé, dans leurs croyances,
qu'à l'arrivée du messie. Le
gourou de la Nation de l'Islam va aussitôt saisir
l'occasion de clamer à la face du monde qu'il n'est
pas antisémite. Les rabbins sont venus demander à
Farrakhan d'intercéder auprès de ses contacts
dans le monde musulman en faveur de treize juifs condamnés
à mort pour espionnage en Iran. L'un d'eux, Chaim
Fryman, lui déclare lors de la rencontre: " vous
devriez nous voir comme des militants représentant
l'opinion universelle de la juiverie fidèle à
la Torah telle qu'elle a toujours été présentée.
Nous voulions contrebalancer l'influence négative
des médias et du groupe de pression sioniste. "
A quoi le nationaliste noir répondra, voulant l'assurer
de ses «bonnes» intentions vis à vis
des Juifs que "quoi que nous ayons souffert d'une
mauvaise représentation dans les médias contrôlés
par les sionistes, vous n'avez jamais entendu parler d'un
incident pendant lequel un des mes adeptes ait attaqué
une personne à cause de sa foi."642
Avec
l'arrivée de l'an 2000, la secte entame ses préparatifs
pour la "Marche du Million de Famille",
qui doit marquer le 5ème anniversaire de la Marche
du Million d'Hommes. Cette fois-ci, l'événement
se veut une célébration des valeurs familiales.
Hommes, femmes et enfants y sont invités, un choix
qui permet aussi de dissimuler l'érosion de l'influence
de la Nation de l'Islam : là ou moins d'hommes auraient
pu se présenter qu'en 1995, la venue des femmes et
des enfants vient combler le vide. Le rassemblement se veut
aussi oecuménique, Chrétiens, Juifs –
sans que Louis Farrakhan précise de quels chrétiens,
et de quels Juifs il s'agit – sont invités
à se joindre aux musulmans Noirs. Enfin, voulant
se poser en rassembleur – mais sous la bannière
de l'homme noir – Louis Farrakhan appelle les américains
de toutes origines à se joindre au rassemblement.
La
campagne de préparation à la Marche du Million
de Famille, au grand embarras de Louis Farrakhan, va s'ouvrir
sur un scandale retentissant au sein de la prestigieuse
mosquée N°7 d'Harlem.
En
1997, son ancien prédicateur, Conrad Muhammad, avait
été démis de ses fonctions pour une
mauvaise gestion des fonds de sa congrégation. Dans
l'organisation de la secte, chacune des 91 mosquées
doit être autonome financièrement, mais également
s'acquitter d'une redevance versée au quartier général
de Chicago. Affaire extrêmement lucrative, la mosquée
d'Harlem verse ainsi chaque année une obole oscillant
entre 300 000 et 900 000 Dollars pour un montant total,
entre 1991 et 1997, de 2 millions de dollars. Cette année
là, ayant fait l'acquisition d'un bâtiment
spacieux pour y héberger la mosquée, Conrad
Muhammad s'était trouvé en difficulté
financière et pour payer les dettes de sa congrégation,
il avait utilisé une quinzaine de milliers de dollars
qui, habituellement, auraient du être réservés
aux coffres de Chicago.
Louis
Farrakhan avait alors remplacé le prédicateur
par Benjamin Chavis, l'ancien président de l'Association
Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleurs. En 1994,
l'homme avait été démis de ses fonctions
au sein de l'association pour avoir détourné
250 000 dollars, somme utilisée pour parvenir à
un accord amiable dans le cadre d'un procès pour
harcèlement sexuel dont il faisait l'objet. Chavis,
qui était jusqu'alors prêcheur de l'Eglise
Unie du Christ, avait aussi renonçé au Christianisme,
s'était converti à l'Islam noir, avait rejoint
la Nation de l'Islam et s'était renommé Benjamin
Muhammad.
Hors
en Septembre 2000, Benjamin Chavis, promu directeur national
de la Marche du Million de Familles, se trouve pris dans
une nouvelle affaire de moeurs dont les détails les
plus sordides filtrent dans la presse. Il est accusé
d'avoir harcelé à plusieurs reprises Anita
Williams, une jeune femme d'une trentaine d'année
qu'il devait conseiller suite à des problêmes
conjugaux.
L'affaire
attire aussitôt des critiques opportunistes de tous
ceux qui ont une bonne raison de vouloir nuire aux activités
de la secte. En toute discrétion, un dirigeant du
mouvement des droits civiques, qui soutient la marche, invite
Louis Farrakhan à se débarasser de l'encombrant
prédicateur. A l'extrême opposé, Khalid
Abdul Muhammad, avec sa coutumière délicatesse,
avertit : "Je vous met en garde, mon cher père
spirituel, ministre Farrakhan, de ne pas avoir un sale nègre
comme ça à coté de vous. "
Farrakhan se contentera de démettre Benjamin Muhammad
de ses responsabilités à la mosquée
N°7 d'Harlem mais le maintiendra à la direction
de la marche.643
Benjamin
Chavis dit Benjamin Muhammad
Lorsque
le 16 octobre 2000 arrive, d'un côté, quelques
dizaines de militants Juifs de la Ligue anti-diffamation,
fidèles au poste, manifestent leur opposition au
rassemblement. De l'autre, des centaines de milliers de
Noirs Américains répondent une fois de plus
à l'appel du dirigeant des Musulmans noirs. On aperçoit,
fait nouveau, les familles blanches et asiatiques qui circulent
dans la foule: ce sont les membres décérébrés
de la secte Moon qui, sur ordre du gourou coréen,
se sont rendu à Washington D.C.644
Leur présence n'est pas la seule façon dont
l'influence du révérend Moon, principal sponsor
de la Marche, se fait sentir : une cérémonie
de mariage en masse est organisée, pour laquelle
chaque couple a payé la somme de 550 dollars donnant
droit non seulement à des anneaux de mariage mais
aussi à la bénédiction de Farrakhan
et à une copie des voeux signée de sa main.
De nombreuses célébrités de la communauté
noire apportent elles-aussi leur soutien à Farrakhan:
Stevie Wonder, Will Smith, Denzel Washington, Serena et
Venus Williams, Dick Gregory, Russell Simmons sont dans
la foule.645
On y reconnait aussi Whitney Houston et Bobby Brown.646
Les
politiciens du groupe parlementaire noir ont une fois de
plus répondu à l'appel de Louis Farrakhan
et se sont joint au rassemblement organisé par la
Nation de l'Islam. Il faut dire qu'avec une campagne présidentielle
en cours, ce potentiel électoral fait saliver beaucoup
de monde et les dirigeants de la Nation de l'islam en sont
parfaitement conscients : quelques jours avant la marche,
au cours d'une conférence de presse, Benjamin Muhammad
déclare aux journalistes que “Nos votes
sont devenus très importants. C'est pourquoi la Marche
du Million de Famille est un tel pivot. C'est la plus grande
mobilisation entre maintenant et l'élection[présidentielle]."647
L'attitude
de Joe Liberman, est sans doute celle qui reflète
le mieux l'attitude ambiguë, voir cynique, des politiciens
vis à vis de la Nation de l'Islam. Désigné
pour être vice-président si Al Gore remporte
les élections présidentielles face à
Georges Bush Jr, le sénateur démocrate est
la cible de Louis Farrakhan qui déclare au cours
d'une conférence de presse, le 11 Août 2000,
que "Mr. Lieberman, en temps que Juif Orthodoxe,
a aussi la double citoyenneté israélienne."
avant de poursuivre “Etat d'Israël n'est
pas synonyme d'États Unis et le test qu'il lui faudrait
probablement passer est celui ci: Sera-t-il plus fidèle
à la constitution des États Unis qu'aux liens
que toute personne juive aurait avec l'état d'Israël
?”. Ces propos sont aussitôt vivement dénoncés
par le parti démocrate. De nombreux démentis
sur la double nationalité supposée –
mais inexistante – de Joe Liberman circulent dans
les Médias. L'homme politique affirme avec force
son attachement à l'Amérique648
A
mesure que les élections approchent, la communauté
musulmane commence à faire parler d'elle, en terme
de votes. Si en 2002, à peine un million d'électeurs
américains sont musulmans, le fait qu'ils se concentrent
dans les grandes zones urbaines d'Etats stratégiques
les met en position de faire pencher la balance en faveur
du candidat vers lequel se reportera leur choix. Comme pour
toutes les minorités ethniques, le vote des musulmans
n'est pas déterminé en fonction de l'intérêt
de la Nation au sein de laquelle ils vivent mais en fonction
d'un agenda communautaire. Le vote musulman est donc - comme
celui des Noirs - fortement polarisé. En Août
2002, des sondages montrent que 46,9 % des musulmans s'apprêtent
à voter pour le parti démocrate contre à
peine 16,1% pour les Républicains. Par stratégie,
le conseil des musulmans américains - qui ne cache
pas ses divergences avec les deux candidats à la
présidence des Etats Unis - approuve toutefois la
nomination de Joe Liberman sur le ticket démocrate,
estimant que la nomination d'un Juif ouvre la voie, dans
le futur, à celle d'un musulman. Aux Etats Unis,
où la confusion règne souvent entre adeptes
du prophète Mahomet et ceux de Wallace Fard, l'appétit
des politiciens pour le vote musulman fait subitement de
Louis Farrakhan un personnage fréquentable.649
Le
26 septembre, avec l'approche de la Marche du Million de
Familles, Joe Liberman tend la main au dirigeant de la Nation
de l'Islam en déclarant à son sujet au cours
d'un entretien diffusé à la radio “J'ai
du respect pour lui et j'ai du respect pour la communauté
musulmane en général ... Je suis ouvert (à
la possibilité) de m'asseoir et de discuter avec
le ministre Farrakhan. Cela ne s'est pas encore fait mais
j'attends ça avec plaisir.” Puis le candidat
démocrate ajoute encore ces propos explicites “Je
considère tout ce que fait quiconque pour pousser
les gens à s'inscrire sur les listes électorales
et à voter comme étant au coeur de la démocratie
donc j'admire ce que le Ministre Farrakhan est en train
de faire.”650
Bien que Louis Farrakhan se déclare favorable à
cette rencontre, la levée de bouclier sera telle
au sein de la communauté juive que Lieberman ne donnera
pas suite.
Le
même mois, Louis Farrakhan est invité au sommet
du millénaire qui se tient à New York et qui
réunit les chefs d'état de différents
pays. Invité à s'exprimer lors d'une conférence
de Mohammed Khatammi, le président de la république
Iranienne, il y chante les louanges de l'ayatollah Khomeyni
et fait l'apologie du régime islamiste de Téhéran.
Le soir même à l'église baptiste de
Mount Olivet, à Harlem, il assiste à une conférence
donnée par un autre chef d'Etat; il s'agit cette
fois de Robert Mugabe, le président de la république
du Zimbabwe.651
Depuis
le mois de Mars, les partisans du despote africain se sont
lancés dans un programme de redistribution des terres
agricoles destinées à “réparer
les injustice du colonialisme”. Celui-ci consiste
à s'approprier les fermes commerciales et les terres
appartenant aux fermiers Blancs. Pourtant rejetée
lors d'un référendum qui s'est tenu en Février
2000 par 54,7 % des électeurs zimbabwéens,
la saisie sans compensations des terres des fermiers Blancs
s'est muée en une brutale campagne de terreur.652
De nombreux fermiers blancs ont été victimes
de violences allant jusqu'au meurtre, les assassins de l'un
d'eux, David Stevens, allant même jusqu'à boire
son sang.653
Autant dire que Robert Mugabe ne peut qu'inspirer la sympathie
du très anti-blanc Farrakhan qui, lors de son “tour
du monde de l'amitié” avait fait une escale
au Zimbabwe et s'y était fait l'écho du discours
sur la nécessité d'une “réforme
agraire” tenu par les responsables politiques
du pays.
La
conférence de l'église baptiste de Mount Olivet
a lieu dans une ambiance survoltée. Des participants
brandissent des panneaux appelant à continuer de
“botter le cul colonial.” D'autres
affirment que “l'Amérique devrait être
rasée par les flammes. Tous les européens
devraient être rejetés à la mer.”
Devant un Farrakhan attentif, et quelques milliers d'autres
personnes, Robert Mugabe vante les mérites de sa
sanglante réforme agraire, accuse le “tribalisme
anglo-saxon” d'être la cause de tous les
maux du Zimbabwe et dénonce une loi passée
par le Sénat Américain, qui restreint l'aide
apportée par les États Unis à son pays.654
Puis il s'en prend aux Blancs, tout en prenant soin de préciser
qu'il n'est pas raciste: “Ce que nous haïssons”,
déclare le président du Zimbabwe, “n'est
pas la couleur de leur peau, mais le mal qui émane
d'eux.”655
Deux
ans plus tard, en juillet 2002, Louis Farrakhan se rend
en voyage officiel au Zimbabwe alors que les fermiers Blancs
viennent de recevoir du gouvernement de Robert Mugabe un
ultimatum pour quitter leurs fermes avant le 10 Août
suivant. Il affirme pendant une conférence de presse
qu'il “soutient pleinement la politique du Président
Robert Mugabe, particulièrement sur la question des
terres."656
Sa visite est une aubaine pour le dirigeant de plus en plus
isolé sur la scène politique internationale
qui le reçoit pendant deux heures.657
Il n'est, à vrai dire, pas venu seul: Abdul Alim
Muhammad l'accompagne. Le ministre de la santé du
culte anti-blanc rencontre son homologue Zimbabwéen,
qui donne son accord pour la mise en oeuvre d'un projet
pilote visant à soigner les malades du Sida avec
de l' " alpha interféron " c'est
à dire du Kemron. En Novembre 2002, dans un courrier
adressé aux adhérents et aux sympathisants
du culte raciste, Abdul Alim Muhammad, cherchant à
lever des fonds, déclarera son ambition de faire
distribuer 200 000 cachets du pseudo-médicament aux
sidéens du Zimbabwe.658
Les
liens qu'entretient la Nation de l'Islam avec le régime
de Robert Mugabe, au Zimbabwe, montrent qu'en dépit
des gros efforts entrepris par Louis Farrakhan pour donner
un vernis de respectabilité à la secte, les
croyances et la philosophie de la secte n'ont pas changé.
Si, en surface, le discours de la Nation de l'Islam parait
souvent acceptable, il s'agit d'une trompeuse illusion.
L'initié qui connaît les codes de la secte
entend ainsi un discours bien différent de la personne
non avertie et comme lors du scandale provoqué par
les propos de Khalid Abdul Muhammad, ce sont les propos
des second couteaux de la Secte qui sont les plus révélateurs
de la permanence de la vision anti-blanc du culte raciste.
En avril 2004, Leo Muhammad, un responsable de la branche
anglaise de la Nation de l'Islam, se rend dans un Zimbabwe
ruiné par la politique de réforme agraire
de Robert Mugabe. Participant à une conférence
intitulée “La lutte continue”,
il déclare:
“Un
esprit satanique dirige la pensée des ennemis de
l'Afrique et du Zimbabwe et le même esprit satanique
dirige l'ordre du monde actuel. L'esprit satanique est
malveillemment sage et a le contrôle global des
masses médias. L'esprit Satanique dirige les marchés
économiques mondiaux et toutes les institutions
financières et banquaires. L'esprit satanique cherche
à posséder et à contrôler toutes
les ressources naturelles de la terre. L'esprit satanique
est un maître manipulateur de toutes les formes
de gouvernements et d'idéologies politiques. L'esprit
Satanique a détourné toutes les formes d'expression
religieuses sur terre, qu'elles soient chrétiennes,
Musulmanes ou juives. L'esprit satanique [...] est occupé
à remplir les esprits réceptifs de la famille
humaine avec ses idées, des manières et
ses normes par le biais des films hollywoodiens et de
ce qu'on appelle la musique et les divertissements populaires.
[...]
l'esprit satanique n'a aucune compassion. On ne peut faire
appel au meilleur côté de sa nature. S'il
lui faut tuer cinq des six milliards d'habitants de la
terre pour parvenir à ses fins, il ne sourcillera
ni n'hésitera à mener le massacre d'hommes,
de femmes et d'enfants. Et d'ailleurs, c'est sans tenir
compte de leur croyance, de leur classe ou de leur couleur.
L'esprit satanique s'affaire a créer de nouvelles
formes de divisions qui l'aideront à remplir son
agenda global de domination globale, d'hégémonie
globale et de suprématie blanche globale.”659
Le
discours édulcoré de la Nation de l'Islam,
en apparence bénin pour les Blancs qui l'entendent,
a un impact redoutable dans la communauté noire dont
les membres sont familiers de la véritable signification
des allusions dont il est truffé.
En
2002, une série de meurtres commis dans la région
de Washington D.C. va montrer à quel point son influence
peut avoir des conséquences terrifiantes.
Le
2 octobre 2002, un quinquagénaire s'écroule
dans le parking d'une épicerie de Wheaton, une ville
située dans l'Etat du Maryland, non loin de Washington
D.C. James D. Martin, un homme blanc,
est la première personne à être abattu
par un duo de tireurs fous qui va semer la panique dans
toute la région pendant trois semaines.
Le
lendemain, cinq autres personnes sont assassinées:
James Sonny Buchanan, un Blanc âgé
de 39 ans, Prem Kumar Walekar, un
chauffeur de taxi originaire de l'Inde, Sarah
Ramos, une latina âgé de 34 ans, Lori
Ann Lewis-Rivera, une blanche agée de 25 ans et Pascal
Charlot, un septuagénaire noir. Les 4 et 7 octobre,
deux personnes – une femme
et un pré-adolescent – sont blessés
mais survivent aux agressions. Le 9, les tireurs abattent
Dean Harold Meyers, un blanc âgé
de 53 ans. Le 11, Kenneth Bridge, un
entrepreneur noir, est tué à son tour dans
une station service. Le 14, Linda
Franklin, une femme blanche employée au FBI est abattue
dans un parking. Le 19, un homme est
grièvement blessé par balle; les chirurgien
doivent faire l'ablation d'une partie de son estomac, de
la moitié de son pancréas et de toute sa rate.660
Les
mystérieux tireurs adressent alors un message manuscrit
aux autorités. Pour les enquêteurs, c'est le
premier indice tangible sur l'identité des meurtrier
dans une affaire caractérisée jusqu'alors
par une absence de témoignage fiable.661
Sur l'en-tête de la lettre – qui contient une
demande de rançon – est inscrit , orné d'étoiles à cinq branches.662
Ces éléments, ainsi qu'un passage de la lettre
relevant du discours récurant dans la mouvance de
l'islam noir, font spéculer la police et les médias
sur l'appartenance possible du ou des tueurs au groupe des
Cinq pour cent – la Nation des dieux et des terres.663
Le
22 octobre, Conrad Johnson, un chauffeur
de bus noir âgé de 35 ans est abattu à
Silver Spring, dans le Maryland. C'est la dernière
victime des tireurs fous.664
Le 23, la police qui a enfin pu trouver leur trace et les
identifier, lance un mandat d'arrêt contre John Allen
Williams, alias John Allen Muhammad. Les policiers l'arrêtent
le lendemain alors qu'il dort dans une chevrolet bleue en
compagnie de son jeune complice, Lee Boyd Malvo. La voiture
leur servait de résidence et leur permettait de se
déplacer rapidement d'une scène de crime à
une autre en utilisant la ceinture d'autoroutes qui encercle
Washington D.C.665
Dans
les jours qui suivent l'arrestation, une polémique
sur la possible participation de John Allen Muhammad à
la Marche du Million d'Hommes en tant que garde de sécurité
contraint Louis Farrakhan à prendre la parole publiquement.
Le dirigeant de la Nation de l'Islam, tout en se déclarant
peiné par la série de meurtres gratuits et
insensés commis par Muhammad, dément l'information
sans toutefois exclure la possibilité que le tueur
ait été présent au rassemblement. Il
confirme néanmoins que Muhammad a rejoint la secte
en 1997 et en a épousé une adepte, avant de
prendre ses distances avec le culte suite à une dispute
maritale, sans toutefois le quitter formellement.666
John
Allen Williams dit John Allen Muhammad
Lee
Boyd Malvo, durant son incarcération, confiera aux
gardiens de prison que la série de meurtre était
en partie motivée par la haine raciale et que les
deux tireurs n'ont tué des Noirs et des membres d'autres
minorités que pour égarer les soupçons,
considérant que la police les aurait attrapé
plus tôt s'ils avaient uniquement pris pour cible
des Blancs.667
Pendant le procès de son mentor, Malvo exposera le
projet initial de John Allen Muhammad: tuer tous les enfants
de trois bus scolaires, abattre six blancs par jour pendant
trente jours et endoctriner 140 jeunes sans abris dans un
bastion au Canada pour provoquer ensuite la paralysie des
grandes villes américaines par une campagne de terreur.
Quand aux motivations du tireur, elles sont la haine qu'il
éprouve envers l'Amérique et la croyance que
"l'homme blanc est le diable ."668
Les
crimes commis par les deux tireurs de Washington D.C. ne
sont pas des cas isolés. Dans la décennie
précédente, plusieurs crimes racistes portent
l'empreinte, dans le discours de ceux qui les ont commis,
des thèmes anti-blancs de la Nation de l'Islam.
En
février 1996 à Fort Lauderdale, en Floride,
Clifford McCree, un employé municipal noir - licençié
deux ans plus tôt pour des comportements menaçants
envers ses collègues et de la consommation de drogue
- pénètre vers six heures du matin dans un
baraquement municipal.
L'homme,
dont une collègue témoignera plus tard qu'"il
avait une dent contre les Blancs en général",
a amené avec lui deux armes à feu. Il tire
à treize reprises sur ses anciens collègues.669
Cinq hommes sont abattus: Joseph Belotto,
40 ans, Marc Bretz, 36 ans, Kenneth
Brunjes, 46 ans, Donald Moon Jr, 44 ans
et Joseph " Tim "Clifford,
37ans. Un sixième, Lelan " Joe "Brookins,
43 ans, est gravement blessé. Tous sont de race blanche.
Une fois le carnage accompli, McCree
se suicide d'une balle dans la tête. La police trouve
dans sa poche une lettre posthume dans laquelle il explique
les motivations de son geste.670
Ayant été renvoyé de deux emplois de
garde de sécurité après avoir perdu
son emploi à la municipalité, il écrit
dans son courrier : " Je ne voulais plus vivre
dans ce genre de monde. Je voulais aussi punir quelques
uns des Diables lâches et racistes par qui ceci est
arrivé, ainsi que le systême. "671
Le
19 mai 1999 à Denver, dans le Colorado,
Jason Horseley, un charpentier blanc âgé de
25 ans, est abattu par une voisine noire parce qu'il a garé
sa voiture devant chez elle. L'assassinat marque l'aboutissement
de plusieurs années de querelle de voisinage. Lorsqu'on
perquisitionne chez Malaika Griffin – son prénom
arabisant indique clairement qu'elle a grandit dans un milieu
influençé par l'islam noir – on découvre
des documents anarchistes, de la littérature raciste,
des grenades désamorcées, un fusil d'assaut
ainsi que des carnets remplis d'écrits secrets faisant
allusion à l'avènement d'une guerre raciale
et à l'assassinat de Blancs.672
En
novembre 1999 dans le Missouri, à Kansas City, la
ville où se trouve le siège de la Nation de
l'Islam des perdus et retrouvés, Negusse Zekele,
un immigré africain âgé de 37 ans, est
pris d'un accès de folie à l'aéroport
international de la ville, où il travaille comme
conducteur de navette. Il ouvre le feu et abat Michael
Scott, un de ses collègues blancs puis il se dirige
vers les locaux de l'entreprise pour laquelle il travaille
et blesse gravement Traci Riehle, une
standardiste blanche, tandis qu'il épargne sa collègue
noire en lui déclarant "Je ne vous tire
pas dessus, je fais tout ça pour le peuple noir."Zekele part ensuite vers un parking
où il se suicide. La police de Kansas City retrouvera
une lettre de trois pages tapée à la machine
dans laquelle Zekele affirme être persécuté
par le FBI depuis trois ans parce qu'il est éthiopien
et s'en prend à "ces ordures d'hommes blancs
racistes" et aux "Blancs suprêmes
suceurs de sang noir."673
Outre
qu'elles sont fréquentées par des tueurs comme
John Allen Muhammad, les marches organisées par la
Nation de L'Islam ou le Nouveau Parti des Panthères
Noires ont également inspiré un mouvement
qui s'inscrit dans la suite logique du discours sur l'holocauste
noir. Le 17 Août 2002, plusieurs associations extrémistes
noires organisent à Washington D.C le "Rassemblement
des Millions pour les Indemnisations." Le but
du rassemblement est de créer une dynamique politique
pour obtenir du gouvernement américains des indemnités,
financières ou autres, pour l'esclavage dont ont
été victimes les ancêtres des Afro-américains
un siècle et demi plus tôt. Si les organisateurs
espèrent voir venir des dizaines de milliers à
une centaine de milliers de Noirs, seuls 2000 à 3000
font le déplacement pour l'occasion.
Le
but du Rassemblement des Millions pour les Indemnisations
est de demander «justice» pour le peuple noir
mais une indubitable atmosphère de racisme anti-blanc
plane sur l'évènement. Charles Barron, un
conseiller municipal de la Ville de New York déclare
à la foule: "J'ai envie d'aller vers le
Blanc le plus proche et de lui dire: "Tu ne peux pas
comprendre, c'est une affaire de Noirs" et alors de
le gifler, juste pour ma santé mentale."
Fort logiquement, parce que les revendications qui tournent
autour de l'esclavage sont un des principaux thèmes
de son discours anti-blanc, Louis Farrakhan est présent
au rassemblement dont il est l'un des principaux orateurs.674
Tandis
que les manifestants, hurlent "Pouvoir Noir ! Indemnisations
!" et que d'autres brandissent des pancartes sur
lesquelles on lit "excuse toi, Amérique
Blanche!", le dirigeant de la secte raciste prend
la parole: «Nous ne demandons pas la charité
aux Blancs, assène-t-il, nous exigeons seulement
ce qui nous revient de droit.» Il explique que
les Noirs doivent recevoir des indemnités pour «la
destruction de nos esprits ; le vol de notre langage, de
notre culture, de notre religion, de notre Dieu, de notre
dignité et notre valeur.» Il profite aussi
de l'occasion pour remettre au goût du jour le discours
séparatiste d'Elijah Muhammad en proposant comme
indemnités des terres car «en tant que
Nation au sein de la Nation, nous avons besoin de terres
comme base de notre indépendance économique
et politique. Nous avons besoin de millions d'hectares de
terre sur lesquels les Noirs puissent construire et qu'ils
puissent utiliser par eux-mêmes.»
Enfin,
assurant son auditoire du triomphe prochain du mouvement
pour les Indemnisations, il reprend les thèmes de
l'antiracisme américain en appelant les noirs, les
latinos et les «blancs pauvres» à
refuser de participer à la guerre en Iraq avant de
déclarer en conclusion: "Je ne pense pas
que nous ayons besoin de nous battre dans l'armée
de l'homme Blanc. Notre combat est en Amérique contre
l'[esprit] récalcitrant de la suprématie blanche,
et nous gagnerons ce combat car c'est une juste lutte."675
En
Septembre 2003, le Nouveau Parti des Panthères Noires
revient dans l'actualité du racisme noir en tentant
d'organiser une nouvelle Marche du Million de Jeunes. C'est
désormais Malik Zulu Shabazz qui dirige l'organisation.
Khalid Abdul Muhammad est en effet décédé
d'une rupture d'anévrisme en février 2001,
à la veille d'une guerre de faction avec la branche
d'Atlanta du Parti des Panthères Noires, qui contestait
sa légitimité. Sa mort a immédiatement
donné lieu à des rumeurs d'assassinat et d'empoisonnement
imputables, bien sur, aux diables blancs. Certains Noirs
sont persuadés qu'on s'est débarrassé
du très remuant militant noir parce qu'il constituait
une menace potentielle pour Bill Clinton, l'ancien président
des Etats Unis, qui a annoncé quelques temps plus
tôt qu'il avait l'intention d'installer ses bureaux
à Harlem.676
En
l'absence de son charismatique et haineux mentor, la marche
organisée par Malik Zulu Shabazz ne rencontre guère
de succès. Le 6 septembre 2003 à Brooklyn,
une petite foule de 300 à 1000 personnes se rassemblent,
alors que les organisateurs en attendaient une dizaines
de milliers.677
L 'événement se déroule dans une
atmosphère de controverse, d'anciens militants du
Parti des Panthères Noires contestant la légitimité
du Nouveau Parti de Zulu Shabazz et plusieurs individus
et organisations censées soutenir officiellement
l'évènement démentant formellement
y être associés.678
En
2005, avec l'approche du 10ème anniversaire de la
Marche du Million d'Hommes, la Nation de l'Islam organise
un nouveau rassemblement à Washington D.C. : le Mouvement
des Millions de Plus. D'emblée, la question de la
participation des femmes et des homosexuels fait débat
parmi les organisateurs ; elle n'est tranchée que
lorsque Louis Farrakhan, se posant en rassembleur des afro-américains,
intervient personnellement pour déclarer que tous
les Noirs - hommes, femmes, enfants, hétérosexuels
et homosexuels - seront les bienvenus.
La
polémique est relançée lorsque le 3
juillet 2005 à Washington D.C., le révérend
Willie F. Wilson, qui assume les responsabilités
de directeur exécutif du rassemblement, prend à
parti les femmes et les lesbiennes de la communauté
noire au cours d'un sermon. Un enregistrement de celui ci
est diffusé sur une station FM locale puis dans l'ensemble
des Etats Unis sur les ondes de XM Radio. On y entend le
prêcheur entonner le thème du ressentiment
des hommes noirs vis à vis des femmes de leur communauté.
Celles-ci, en effet, gagnent souvent mieux leur vie que
leurs compagnons ; une humiliation de plus par ceux-ci.
Le révérend prèche que
"Les
frères ont été rabaissés,
ne peuvent obtenir de travail.[...] Beaucoup de soeurs
gagnent plus d'argent que les frères et créent
des problèmes de familles. C'est une des raisons
pour lesquelles nos familles éclatent."
Toujours
dans le même registre, ce jour là, il met en
garde sa congrégation contre l'homosexualité,
en déclarant que
"le
lesbianisme s'apprête à s'emparer de notre
communauté. Je parle de jeunes filles. L'an passé,
mon fils qui était au lycée a essayé
d'aller au bal de fin d'année. Il a dit: "Papa,
j'ai personne à emmener au bal parce que toutes
les filles de ma classe sont gays. Y'en a que deux qui
sont hétéros, et elles sont toutes les deux
moches." "
Ces
propos déclenchent aussitôt les protestations
des militants noirs de la communauté gay qui exigent
que le pasteur soit démis de ses fonctions, tandis
qu'une église décide d'annuler sa participation
à une réunion préparatoire de la marche.679
Le
mois suivant, une gigantesque et opportune catastrophe va
permettre à Louis Farrakhan de mobiliser la communauté
noire autour du Mouvement des Millions de Plus.
Le
28 Août 2006, l'ouragan Katrina frappe de plein fouet
la Nouvelle Orléans. Les digues qui protègent
la ville, construite en dessous du niveau de la mer, n'ont
pas été conçues pour résister
à un cyclone de force 5. Sous la pression des eaux
du Mississippi, elles finissent par céder en plusieurs
endroits, causant une inondation qui engloutie des quartiers
entiers. Ni les autorités municipales, alors dirigées
par le maire noir Ray Nagin, ni les autorités fédérales
n'ont anticipé l'ampleur de la catastrophe et n'ont
mis au point de plan d'urgence. Dans les jours qui ont précédé
l'arrivé du cyclone, Ray Nagin et le conseil municipal
n'ont cessé d'atermoyer sur la décision d'ordonner
l'évacuation totale de la ville. Lorsque la décision
est enfin prise, il est déjà trop tard. Seules
les personnes les plus riches, disposant de leur propres
moyens de transport, parviennent à quitter la ville.
Des dizaines de milliers d'autres, en particulier les plus
pauvres, sont coincées dans la ville.
Après
le passage de l'ouragan et l'inondation de la ville, la
situation se dégrade et bascule dans l'anarchie la
plus totale. Alors que des milliers de personnes se trouvent
prisonnières sur ou sous les toits de la ville dans
l'attente de secours, des bandes de Noirs se livrent au
pillage généralisé des magasins qui
ne sont pas immergés. Parfois des policiers se joignent
eux dans la mise à sac de la Nouvelle Orléans.
Ce n'est pas la misère ou l'indigence qui les pousse:
le plus souvent, les voleurs délaissent les produits
de première nécessité pour n'emporter
que des chaussures de sports, des vêtements à
la mode ou du matériel Hi-Fi. L'atmosphère
qui règne dans la ville inondée est dominée
par la violence et l'égoïsme, par la mentalité
du chacun pour soi et une indifférence absolue aux
intérêts de la collectivité. Les opérations
de secours, lorsqu'elles commencent, sont ralenties par
des gangs de Noirs qui tenant les rues, entretiennent un
climat de guérilla urbaine et ouvrent le feu sur
les secouristes, les membres de la garde nationale de l'Etat
de Louisiane et les hélicoptères qui tentent
d'évacuer les personnes coincées sur leurs
toits depuis plusieurs jours. La situation devient telle
que le gouvernement fédéral est contraint
de faire intervenir des unités de vétérans
de la guerre du Golf, qui ont l'ordre de tirer à
vue sur les suspects.
Les
images des sinistrés de la Nouvelle Orléans
et de leur indigence provoquent la colère de la communauté
noire. Il serait trop simple que les Noirs aient simplement
été victimes d'une catastrophe naturelle,
que le comportement de certains membres de leur communauté
ait fait empirer une situation déjà désastreuse.
Dans les semaines qui suivent, de nombreuses personnalités
accusent l'état fédéral de n'avoir
rien fait pour aider les victimes parce qu'elles étaient
de race noire. Georges Bush et Kathleen Blanco, le gouverneur
de l'Etat de Louisiane, tous les deux Blancs, reçoivent
le feu des critiques des activistes noirs tandis que Ray
Nagin, en dépit de sa gestion tout aussi calamiteuse
de la crise, est absout et traité en quasi-héro.
Dans un sondage réalisé en Septembre 2005
par le quotidien USA today et la chaîne CNN, 6 Noirs
sur 10 déclarent que c'est parce que les victimes
de Katrina étaient noires et pauvres que le gouvernement
fédéral a tardé à agir.
" Si ça avait été une majorette
blanche âgée de 17 ans qui s'était trouvée
dans l'eau, quelqu'un aurait essayé d'arriver là
plus vite " déclare Rae Clifton, un
Web designeur noir d'Atlanta aux sondeurs.680
Le
12 septembre, lors d'un rassemblement de militants noirs
devant la maison blanche, le comédien noir Dick Gregory
demande "qui va enquêter sur les deux barges
avec de la dynamite à bord qui ont frappé
les digues ?" Montrant sa peau noire, Damu Smith,
le dirigeant du Réseau de Justice Environnemental
Noir déclare: "Qu'ils, (le gouvernement
fédéral) se soient réunis dans
une pièce pour conspirer ou pas, ce qu'ils ont fait
est nous ignorer, ils nous ont oublié... à
cause de notre aspect physique." Donele Edwards,
co-présidente de l'organisation, affirme à
son tour que l'inondation a été intentionnellement
provoquée.681
Le
même jour à Charlotte, en Virginie, lors d'une
tournée dans les centres d'hébergements établis
pour abriter les victimes de l'ouragan, Louis Farrakhan
critique vivement la croix rouge américaine pour
sa gestion de la crise. Interrogé par la chaîne
de télévision WCNC, il se fait à son
tour l'écho des accusations de conspiration raciste
en déclarant: "J'ai entendu parler d'une
source très fiable qui a vu un cratère de
8 mêtres de profondeur sous la brèche de la
digue. On pourrait l'avoir fait exploser pour détruire
la partie noire de la ville et garder au sec la partie blanche."682
Le
15 octobre 2005, jour du rassemblement organisé par
le Mouvement des Millions de Plus à Washington D.C,
tandis que les militants juifs de la Ligue Anti-diffamation
font leur piquet habituel, Jesse Jackson évoque les
inondations en déclarant qu' «une barge
sur le canal a percuté la digue et les eaux se sont
engouffrées» sans préciser s'il
croit à une conspiration ou pas. Farrakhan, revenu
à la prudence, tient aux journalistes des propos
ambiguës "Nous voulons savoir ce qui est arrivé
aux digues, dit le dirigeant de la Nation de l'Islam, Nous
ne voulons pas faire d'estimation à ce sujet et nous
ne voulons pas être coupables de croire à des
rumeurs." Devant les participants de la marche,
beaucoup moins nombreux qu'en 1995, il tient un discours
de 75 minutes pendant lequel il revient sur la gestion de
l'ouragan Katrina " Pendant cinq jours, le
gouvernement n'a pas agit. Des vies ont été
perdues. Nous accusons l'Amérique de négligence
criminelle. "683
Il ajoute aussi, jetant un peu plus d'huile sur le feu:
"Je crois fermement que si les gens qui se trouvaient
sur les toits avaient eu les cheveux blonds, les yeux bleus
et la peau pale, on aurait fait quelque chose plus rapidement."684
L'instrumentalisation
de la catastrophe de la Nouvelle Orléans par les
politiciens et les racistes noirs exacerbera une fois de
plus le ressentiment des Afro-Américains vis à
vis de la population blanche. Au début du mois de
décembre, une commission du parlement américain
va mener une série d'auditions pendant lesquelles
des sinistrés noirs vont être amené
à témoigner. Beaucoup déclareront qu'a
leur yeux, le racisme a influencé la façon
dont le gouvernement fédéral a mené
les opérations de sauvetage. L'un d'eux, Leah Hodge,
affirmera que les Noirs de la Nouvelle Orléans ont
été victimes de "génocide
et de nettoyage ethnique."685
En
Octobre 2005, au cours d'une émission intitulée
«[l'ouragan] Katrina et les problêmes auxquels
sont confrontés les afro-américains »,
diffusée en direct sur la chaine de télévision
C-Span, Leroy Jefferson, un professeur noir de l'université
d'Etat de Caroline du Nord provoque un scandale. L'homme,
qui s'est rebaptisé Kamau Rashidi Kambon - un pseudonyme
qui trahit l'influence de l'islam noir et de la pensée
de Malcolm X (voir
annexe 1) - déclare publiquement :
""Les
Blancs veulent nous tuer. Je veux que vous le compreniez.
Ils veulent vous TUER. [...] Ca fait parti de leurs projets.
Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles ils veulent
le faire et je ne vais pas perdre mon temps à expliquer
pourquoi ils veulent nous tuer mais je sais que c'est
ce qu'ils veulent faire. [...]
Nous
devons commencer à songer à une solution
au problème pour que ces jeunes frères et
soeurs qui sont ici maintenant, qui ont 15, 16 ou 17 ans,
ne soient pas ici dans 25 ans en train de parler des mêmes
problèmes [...] Et l'idée est : comment
allons-nous exterminer les Blancs, parce que c'est, d'après
mes estimations, la seule solution à laquelle je
sois parvenu. Nous devons faire disparaitre les Blancs
de la surface de la planète pour résoudre
ce problème. [...] Nous avons besoin de résoudre
ce problème parce qu'ils vont nous tuer. [...]
Nous devons mettre en place notre propre système
et arrêter de jouer, être très sérieux
et ne pas être distrait de trouver une solution
au problème et le problème sur la planète,
ce sont les Blancs." 686
Aujourd'hui
la force des préjugés anti-blancs, largement
véhiculés par les médias, est telle
que l'idée selon laquelle les Noirs sont le groupe
ethnique qui a le plus souffert de l'ouragan Katrina est
largement répandue. Pourtant, un rapport de l'état
de Louisiane, présentant des statistiques sur la
mortalité liés aux décès causés
par l'ouragan remet en cause cette perception. Alors que
les Noirs comptent pour 67,25 pour cent de la population
de la Nouvelle Orléans, 59,1% des personnes décédées
étaient afro américaine. Les Blancs à
contrario, bien qu'ils ne représentent que 28 % de
la population de la ville, comptaient pour 36,6% des morts.686a
A
la Nouvelle Orléans, les Noirs n'ont pas été
victimes de racisme; comme les victimes du Tsunami qui a
frappé le Sud-Est asiatique en décembre 2004,
ils ont été victimes d'une catastrophe naturelle.
Quoique le gouvernement américain ait tardé
à faire face à la crise, ils ont été
secourus incomparablement plus vite que les paysans d'Indonésie
ou du Sri Lanka. Ils ont par contre fait preuve d'infiniment
moins de dignité. L'empressement de Louis Farrakhan
et des politiciens de l'Amérique noire à faire
de la catastrophe une occasion d'attiser les tensions raciales
en est non seulement une preuve, mais il en dit long sur
la banalité du racisme au sein de la communauté
afro-américaine et sur celui de ses représentants.
La
propagation des rumeurs racistes après l'ouragan
Katrina et le rassemblement du Mouvement des Millions de
Plus sont peut-être les derniers mauvais coups de
Louis Farrakhan. En septembre 2006, il a révélé
de nouveaux problèmes de santé liés
à son cancer de la prostate. Dans une lettre ouverte
aux adeptes de la Nation de l'Islam et à ses sympathisants,
il a annoncé qu'il allait prendre sdu recul et laisser
un comité exécutif diriger la secte, tout
en recommandant aux croyants d' «être toujours
sur leur garde concernant les hypocrites et les fourbes
malins et malhonnêtes qui veulent créer la
confusion autour de ma condition actuelle. »686b
En Janvier 2007, dans le cadre de son traitement, il a subit
une intervention chirurgical pendant une douzaine d'heure.686c
Pour
beaucoup d'observateurs, son intervention à la conférence
annuelle de la secte, fin février 2007 à Détroit,
pourrait être la dernière. La question qui
se pose, désormais, est celle de la survie à
long terme de la Nation de l'Islam et surtout, de sa succession,
à laquelle personne n'est désigné.
*
Au
nom d'Allah!
L'histoire
des musulmans noirs d'amérique et de la Nation de l'Islam,
une secte anti- blanc