Chapitre 09: marcheurs, tueurs et dynamite  
     
 

Se remettant de façon inespérée de son cancer, Louis Farrakhan revient sur le devant de la scène - ou plus exactement en première page du "Final Call". En novembre 1999, il rencontre plusieurs rabbins que le journal de la secte présente comme "les Juifs de Farrakhan". Inutile de dire que ces 7 individus n'ont pas grand chose à voir avec la comunauté juive : ils appartiennent à la branche ultra-orthodoxe de Neturei Kata, un groupe de fanatiques religieux basés à Jérusalem qui considèrent la création de l'Etat d'Israël comme une hérésie, un état juif ne pouvant être recréé, dans leurs croyances, qu'à l'arrivée du messie. Le gourou de la Nation de l'Islam va aussitôt saisir l'occasion de clamer à la face du monde qu'il n'est pas antisémite. Les rabbins sont venus demander à Farrakhan d'intercéder auprès de ses contacts dans le monde musulman en faveur de treize juifs condamnés à mort pour espionnage en Iran. L'un d'eux, Chaim Fryman, lui déclare lors de la rencontre: " vous devriez nous voir comme des militants représentant l'opinion universelle de la juiverie fidèle à la Torah telle qu'elle a toujours été présentée. Nous voulions contrebalancer l'influence négative des médias et du groupe de pression sioniste. " A quoi le nationaliste noir répondra, voulant l'assurer de ses «bonnes» intentions vis à vis des Juifs que "quoi que nous ayons souffert d'une mauvaise représentation dans les médias contrôlés par les sionistes, vous n'avez jamais entendu parler d'un incident pendant lequel un des mes adeptes ait attaqué une personne à cause de sa foi."642

Avec l'arrivée de l'an 2000, la secte entame ses préparatifs pour la "Marche du Million de Famille", qui doit marquer le 5ème anniversaire de la Marche du Million d'Hommes. Cette fois-ci, l'événement se veut une célébration des valeurs familiales. Hommes, femmes et enfants y sont invités, un choix qui permet aussi de dissimuler l'érosion de l'influence de la Nation de l'Islam : là ou moins d'hommes auraient pu se présenter qu'en 1995, la venue des femmes et des enfants vient combler le vide. Le rassemblement se veut aussi oecuménique, Chrétiens, Juifs – sans que Louis Farrakhan précise de quels chrétiens, et de quels Juifs il s'agit – sont invités à se joindre aux musulmans Noirs. Enfin, voulant se poser en rassembleur – mais sous la bannière de l'homme noir – Louis Farrakhan appelle les américains de toutes origines à se joindre au rassemblement.

La campagne de préparation à la Marche du Million de Famille, au grand embarras de Louis Farrakhan, va s'ouvrir sur un scandale retentissant au sein de la prestigieuse mosquée N°7 d'Harlem.

En 1997, son ancien prédicateur, Conrad Muhammad, avait été démis de ses fonctions pour une mauvaise gestion des fonds de sa congrégation. Dans l'organisation de la secte, chacune des 91 mosquées doit être autonome financièrement, mais également s'acquitter d'une redevance versée au quartier général de Chicago. Affaire extrêmement lucrative, la mosquée d'Harlem verse ainsi chaque année une obole oscillant entre 300 000 et 900 000 Dollars pour un montant total, entre 1991 et 1997, de 2 millions de dollars. Cette année là, ayant fait l'acquisition d'un bâtiment spacieux pour y héberger la mosquée, Conrad Muhammad s'était trouvé en difficulté financière et pour payer les dettes de sa congrégation, il avait utilisé une quinzaine de milliers de dollars qui, habituellement, auraient du être réservés aux coffres de Chicago.

Louis Farrakhan avait alors remplacé le prédicateur par Benjamin Chavis, l'ancien président de l'Association Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleurs. En 1994, l'homme avait été démis de ses fonctions au sein de l'association pour avoir détourné 250 000 dollars, somme utilisée pour parvenir à un accord amiable dans le cadre d'un procès pour harcèlement sexuel dont il faisait l'objet. Chavis, qui était jusqu'alors prêcheur de l'Eglise Unie du Christ, avait aussi renonçé au Christianisme, s'était converti à l'Islam noir, avait rejoint la Nation de l'Islam et s'était renommé Benjamin Muhammad.

Hors en Septembre 2000, Benjamin Chavis, promu directeur national de la Marche du Million de Familles, se trouve pris dans une nouvelle affaire de moeurs dont les détails les plus sordides filtrent dans la presse. Il est accusé d'avoir harcelé à plusieurs reprises Anita Williams, une jeune femme d'une trentaine d'année qu'il devait conseiller suite à des problêmes conjugaux.

L'affaire attire aussitôt des critiques opportunistes de tous ceux qui ont une bonne raison de vouloir nuire aux activités de la secte. En toute discrétion, un dirigeant du mouvement des droits civiques, qui soutient la marche, invite Louis Farrakhan à se débarasser de l'encombrant prédicateur. A l'extrême opposé, Khalid Abdul Muhammad, avec sa coutumière délicatesse, avertit : "Je vous met en garde, mon cher père spirituel, ministre Farrakhan, de ne pas avoir un sale nègre comme ça à coté de vous. " Farrakhan se contentera de démettre Benjamin Muhammad de ses responsabilités à la mosquée N°7 d'Harlem mais le maintiendra à la direction de la marche.643


Benjamin Chavis dit Benjamin Muhammad

Lorsque le 16 octobre 2000 arrive, d'un côté, quelques dizaines de militants Juifs de la Ligue anti-diffamation, fidèles au poste, manifestent leur opposition au rassemblement. De l'autre, des centaines de milliers de Noirs Américains répondent une fois de plus à l'appel du dirigeant des Musulmans noirs. On aperçoit, fait nouveau, les familles blanches et asiatiques qui circulent dans la foule: ce sont les membres décérébrés de la secte Moon qui, sur ordre du gourou coréen, se sont rendu à Washington D.C.644 Leur présence n'est pas la seule façon dont l'influence du révérend Moon, principal sponsor de la Marche, se fait sentir : une cérémonie de mariage en masse est organisée, pour laquelle chaque couple a payé la somme de 550 dollars donnant droit non seulement à des anneaux de mariage mais aussi à la bénédiction de Farrakhan et à une copie des voeux signée de sa main. De nombreuses célébrités de la communauté noire apportent elles-aussi leur soutien à Farrakhan: Stevie Wonder, Will Smith, Denzel Washington, Serena et Venus Williams, Dick Gregory, Russell Simmons sont dans la foule.645 On y reconnait aussi Whitney Houston et Bobby Brown.646

Les politiciens du groupe parlementaire noir ont une fois de plus répondu à l'appel de Louis Farrakhan et se sont joint au rassemblement organisé par la Nation de l'Islam. Il faut dire qu'avec une campagne présidentielle en cours, ce potentiel électoral fait saliver beaucoup de monde et les dirigeants de la Nation de l'islam en sont parfaitement conscients : quelques jours avant la marche, au cours d'une conférence de presse, Benjamin Muhammad déclare aux journalistes que “Nos votes sont devenus très importants. C'est pourquoi la Marche du Million de Famille est un tel pivot. C'est la plus grande mobilisation entre maintenant et l'élection[présidentielle]."647

L'attitude de Joe Liberman, est sans doute celle qui reflète le mieux l'attitude ambiguë, voir cynique, des politiciens vis à vis de la Nation de l'Islam. Désigné pour être vice-président si Al Gore remporte les élections présidentielles face à Georges Bush Jr, le sénateur démocrate est la cible de Louis Farrakhan qui déclare au cours d'une conférence de presse, le 11 Août 2000, que "Mr. Lieberman, en temps que Juif Orthodoxe, a aussi la double citoyenneté israélienne." avant de poursuivre “Etat d'Israël n'est pas synonyme d'États Unis et le test qu'il lui faudrait probablement passer est celui ci: Sera-t-il plus fidèle à la constitution des États Unis qu'aux liens que toute personne juive aurait avec l'état d'Israël ?”. Ces propos sont aussitôt vivement dénoncés par le parti démocrate. De nombreux démentis sur la double nationalité supposée – mais inexistante – de Joe Liberman circulent dans les Médias. L'homme politique affirme avec force son attachement à l'Amérique648

A mesure que les élections approchent, la communauté musulmane commence à faire parler d'elle, en terme de votes. Si en 2002, à peine un million d'électeurs américains sont musulmans, le fait qu'ils se concentrent dans les grandes zones urbaines d'Etats stratégiques les met en position de faire pencher la balance en faveur du candidat vers lequel se reportera leur choix. Comme pour toutes les minorités ethniques, le vote des musulmans n'est pas déterminé en fonction de l'intérêt de la Nation au sein de laquelle ils vivent mais en fonction d'un agenda communautaire. Le vote musulman est donc - comme celui des Noirs - fortement polarisé. En Août 2002, des sondages montrent que 46,9 % des musulmans s'apprêtent à voter pour le parti démocrate contre à peine 16,1% pour les Républicains. Par stratégie, le conseil des musulmans américains - qui ne cache pas ses divergences avec les deux candidats à la présidence des Etats Unis - approuve toutefois la nomination de Joe Liberman sur le ticket démocrate, estimant que la nomination d'un Juif ouvre la voie, dans le futur, à celle d'un musulman. Aux Etats Unis, où la confusion règne souvent entre adeptes du prophète Mahomet et ceux de Wallace Fard, l'appétit des politiciens pour le vote musulman fait subitement de Louis Farrakhan un personnage fréquentable.649

Le 26 septembre, avec l'approche de la Marche du Million de Familles, Joe Liberman tend la main au dirigeant de la Nation de l'Islam en déclarant à son sujet au cours d'un entretien diffusé à la radio “J'ai du respect pour lui et j'ai du respect pour la communauté musulmane en général ... Je suis ouvert (à la possibilité) de m'asseoir et de discuter avec le ministre Farrakhan. Cela ne s'est pas encore fait mais j'attends ça avec plaisir.” Puis le candidat démocrate ajoute encore ces propos explicites “Je considère tout ce que fait quiconque pour pousser les gens à s'inscrire sur les listes électorales et à voter comme étant au coeur de la démocratie donc j'admire ce que le Ministre Farrakhan est en train de faire.”650 Bien que Louis Farrakhan se déclare favorable à cette rencontre, la levée de bouclier sera telle au sein de la communauté juive que Lieberman ne donnera pas suite.

Le même mois, Louis Farrakhan est invité au sommet du millénaire qui se tient à New York et qui réunit les chefs d'état de différents pays. Invité à s'exprimer lors d'une conférence de Mohammed Khatammi, le président de la république Iranienne, il y chante les louanges de l'ayatollah Khomeyni et fait l'apologie du régime islamiste de Téhéran. Le soir même à l'église baptiste de Mount Olivet, à Harlem, il assiste à une conférence donnée par un autre chef d'Etat; il s'agit cette fois de Robert Mugabe, le président de la république du Zimbabwe.651

Depuis le mois de Mars, les partisans du despote africain se sont lancés dans un programme de redistribution des terres agricoles destinées à “réparer les injustice du colonialisme”. Celui-ci consiste à s'approprier les fermes commerciales et les terres appartenant aux fermiers Blancs. Pourtant rejetée lors d'un référendum qui s'est tenu en Février 2000 par 54,7 % des électeurs zimbabwéens, la saisie sans compensations des terres des fermiers Blancs s'est muée en une brutale campagne de terreur.652 De nombreux fermiers blancs ont été victimes de violences allant jusqu'au meurtre, les assassins de l'un d'eux, David Stevens, allant même jusqu'à boire son sang.653 Autant dire que Robert Mugabe ne peut qu'inspirer la sympathie du très anti-blanc Farrakhan qui, lors de son “tour du monde de l'amitié” avait fait une escale au Zimbabwe et s'y était fait l'écho du discours sur la nécessité d'une “réforme agraire” tenu par les responsables politiques du pays.

La conférence de l'église baptiste de Mount Olivet a lieu dans une ambiance survoltée. Des participants brandissent des panneaux appelant à continuer de “botter le cul colonial.” D'autres affirment que “l'Amérique devrait être rasée par les flammes. Tous les européens devraient être rejetés à la mer.” Devant un Farrakhan attentif, et quelques milliers d'autres personnes, Robert Mugabe vante les mérites de sa sanglante réforme agraire, accuse le “tribalisme anglo-saxon” d'être la cause de tous les maux du Zimbabwe et dénonce une loi passée par le Sénat Américain, qui restreint l'aide apportée par les États Unis à son pays.654 Puis il s'en prend aux Blancs, tout en prenant soin de préciser qu'il n'est pas raciste: “Ce que nous haïssons”, déclare le président du Zimbabwe, “n'est pas la couleur de leur peau, mais le mal qui émane d'eux.”655

Deux ans plus tard, en juillet 2002, Louis Farrakhan se rend en voyage officiel au Zimbabwe alors que les fermiers Blancs viennent de recevoir du gouvernement de Robert Mugabe un ultimatum pour quitter leurs fermes avant le 10 Août suivant. Il affirme pendant une conférence de presse qu'il “soutient pleinement la politique du Président Robert Mugabe, particulièrement sur la question des terres."656 Sa visite est une aubaine pour le dirigeant de plus en plus isolé sur la scène politique internationale qui le reçoit pendant deux heures.657 Il n'est, à vrai dire, pas venu seul: Abdul Alim Muhammad l'accompagne. Le ministre de la santé du culte anti-blanc rencontre son homologue Zimbabwéen, qui donne son accord pour la mise en oeuvre d'un projet pilote visant à soigner les malades du Sida avec de l' " alpha interféron " c'est à dire du Kemron. En Novembre 2002, dans un courrier adressé aux adhérents et aux sympathisants du culte raciste, Abdul Alim Muhammad, cherchant à lever des fonds, déclarera son ambition de faire distribuer 200 000 cachets du pseudo-médicament aux sidéens du Zimbabwe.658

Les liens qu'entretient la Nation de l'Islam avec le régime de Robert Mugabe, au Zimbabwe, montrent qu'en dépit des gros efforts entrepris par Louis Farrakhan pour donner un vernis de respectabilité à la secte, les croyances et la philosophie de la secte n'ont pas changé. Si, en surface, le discours de la Nation de l'Islam parait souvent acceptable, il s'agit d'une trompeuse illusion. L'initié qui connaît les codes de la secte entend ainsi un discours bien différent de la personne non avertie et comme lors du scandale provoqué par les propos de Khalid Abdul Muhammad, ce sont les propos des second couteaux de la Secte qui sont les plus révélateurs de la permanence de la vision anti-blanc du culte raciste. En avril 2004, Leo Muhammad, un responsable de la branche anglaise de la Nation de l'Islam, se rend dans un Zimbabwe ruiné par la politique de réforme agraire de Robert Mugabe. Participant à une conférence intitulée “La lutte continue”, il déclare:

“Un esprit satanique dirige la pensée des ennemis de l'Afrique et du Zimbabwe et le même esprit satanique dirige l'ordre du monde actuel. L'esprit satanique est malveillemment sage et a le contrôle global des masses médias. L'esprit Satanique dirige les marchés économiques mondiaux et toutes les institutions financières et banquaires. L'esprit satanique cherche à posséder et à contrôler toutes les ressources naturelles de la terre. L'esprit satanique est un maître manipulateur de toutes les formes de gouvernements et d'idéologies politiques. L'esprit Satanique a détourné toutes les formes d'expression religieuses sur terre, qu'elles soient chrétiennes, Musulmanes ou juives. L'esprit satanique [...] est occupé à remplir les esprits réceptifs de la famille humaine avec ses idées, des manières et ses normes par le biais des films hollywoodiens et de ce qu'on appelle la musique et les divertissements populaires.

[...] l'esprit satanique n'a aucune compassion. On ne peut faire appel au meilleur côté de sa nature. S'il lui faut tuer cinq des six milliards d'habitants de la terre pour parvenir à ses fins, il ne sourcillera ni n'hésitera à mener le massacre d'hommes, de femmes et d'enfants. Et d'ailleurs, c'est sans tenir compte de leur croyance, de leur classe ou de leur couleur. L'esprit satanique s'affaire a créer de nouvelles formes de divisions qui l'aideront à remplir son agenda global de domination globale, d'hégémonie globale et de suprématie blanche globale.”659

Le discours édulcoré de la Nation de l'Islam, en apparence bénin pour les Blancs qui l'entendent, a un impact redoutable dans la communauté noire dont les membres sont familiers de la véritable signification des allusions dont il est truffé.

En 2002, une série de meurtres commis dans la région de Washington D.C. va montrer à quel point son influence peut avoir des conséquences terrifiantes.

Le 2 octobre 2002, un quinquagénaire s'écroule dans le parking d'une épicerie de Wheaton, une ville située dans l'Etat du Maryland, non loin de Washington D.C. James D. Martin, un homme blanc, est la première personne à être abattu par un duo de tireurs fous qui va semer la panique dans toute la région pendant trois semaines.

Le lendemain, cinq autres personnes sont assassinées: James Sonny Buchanan, un Blanc âgé de 39 ans, Prem Kumar Walekar, un chauffeur de taxi originaire de l'Inde, Sarah Ramos, une latina âgé de 34 ans, Lori Ann Lewis-Rivera, une blanche agée de 25 ans et Pascal Charlot, un septuagénaire noir. Les 4 et 7 octobre, deux personnes – une femme et un pré-adolescent – sont blessés mais survivent aux agressions. Le 9, les tireurs abattent Dean Harold Meyers, un blanc âgé de 53 ans. Le 11, Kenneth Bridge, un entrepreneur noir, est tué à son tour dans une station service. Le 14, Linda Franklin, une femme blanche employée au FBI est abattue dans un parking. Le 19, un homme est grièvement blessé par balle; les chirurgien doivent faire l'ablation d'une partie de son estomac, de la moitié de son pancréas et de toute sa rate.660

Les mystérieux tireurs adressent alors un message manuscrit aux autorités. Pour les enquêteurs, c'est le premier indice tangible sur l'identité des meurtrier dans une affaire caractérisée jusqu'alors par une absence de témoignage fiable.661 Sur l'en-tête de la lettre – qui contient une demande de rançon – est inscrit , orné d'étoiles à cinq branches.662 Ces éléments, ainsi qu'un passage de la lettre relevant du discours récurant dans la mouvance de l'islam noir, font spéculer la police et les médias sur l'appartenance possible du ou des tueurs au groupe des Cinq pour cent – la Nation des dieux et des terres.663

Le 22 octobre, Conrad Johnson, un chauffeur de bus noir âgé de 35 ans est abattu à Silver Spring, dans le Maryland. C'est la dernière victime des tireurs fous.664 Le 23, la police qui a enfin pu trouver leur trace et les identifier, lance un mandat d'arrêt contre John Allen Williams, alias John Allen Muhammad. Les policiers l'arrêtent le lendemain alors qu'il dort dans une chevrolet bleue en compagnie de son jeune complice, Lee Boyd Malvo. La voiture leur servait de résidence et leur permettait de se déplacer rapidement d'une scène de crime à une autre en utilisant la ceinture d'autoroutes qui encercle Washington D.C.665

Dans les jours qui suivent l'arrestation, une polémique sur la possible participation de John Allen Muhammad à la Marche du Million d'Hommes en tant que garde de sécurité contraint Louis Farrakhan à prendre la parole publiquement. Le dirigeant de la Nation de l'Islam, tout en se déclarant peiné par la série de meurtres gratuits et insensés commis par Muhammad, dément l'information sans toutefois exclure la possibilité que le tueur ait été présent au rassemblement. Il confirme néanmoins que Muhammad a rejoint la secte en 1997 et en a épousé une adepte, avant de prendre ses distances avec le culte suite à une dispute maritale, sans toutefois le quitter formellement.666


John Allen Williams dit John Allen Muhammad

Lee Boyd Malvo, durant son incarcération, confiera aux gardiens de prison que la série de meurtre était en partie motivée par la haine raciale et que les deux tireurs n'ont tué des Noirs et des membres d'autres minorités que pour égarer les soupçons, considérant que la police les aurait attrapé plus tôt s'ils avaient uniquement pris pour cible des Blancs.667 Pendant le procès de son mentor, Malvo exposera le projet initial de John Allen Muhammad: tuer tous les enfants de trois bus scolaires, abattre six blancs par jour pendant trente jours et endoctriner 140 jeunes sans abris dans un bastion au Canada pour provoquer ensuite la paralysie des grandes villes américaines par une campagne de terreur. Quand aux motivations du tireur, elles sont la haine qu'il éprouve envers l'Amérique et la croyance que "l'homme blanc est le diable ."668

Les crimes commis par les deux tireurs de Washington D.C. ne sont pas des cas isolés. Dans la décennie précédente, plusieurs crimes racistes portent l'empreinte, dans le discours de ceux qui les ont commis, des thèmes anti-blancs de la Nation de l'Islam.

En février 1996 à Fort Lauderdale, en Floride, Clifford McCree, un employé municipal noir - licençié deux ans plus tôt pour des comportements menaçants envers ses collègues et de la consommation de drogue - pénètre vers six heures du matin dans un baraquement municipal.

L'homme, dont une collègue témoignera plus tard qu'"il avait une dent contre les Blancs en général", a amené avec lui deux armes à feu. Il tire à treize reprises sur ses anciens collègues.669 Cinq hommes sont abattus: Joseph Belotto, 40 ans, Marc Bretz, 36 ans, Kenneth Brunjes, 46 ans, Donald Moon Jr, 44 ans et Joseph " Tim "Clifford, 37ans. Un sixième, Lelan " Joe "Brookins, 43 ans, est gravement blessé. Tous sont de race blanche. Une fois le carnage accompli, McCree se suicide d'une balle dans la tête. La police trouve dans sa poche une lettre posthume dans laquelle il explique les motivations de son geste.670 Ayant été renvoyé de deux emplois de garde de sécurité après avoir perdu son emploi à la municipalité, il écrit dans son courrier : " Je ne voulais plus vivre dans ce genre de monde. Je voulais aussi punir quelques uns des Diables lâches et racistes par qui ceci est arrivé, ainsi que le systême. "671

Le 19 mai 1999 à Denver, dans le Colorado, Jason Horseley, un charpentier blanc âgé de 25 ans, est abattu par une voisine noire parce qu'il a garé sa voiture devant chez elle. L'assassinat marque l'aboutissement de plusieurs années de querelle de voisinage. Lorsqu'on perquisitionne chez Malaika Griffin – son prénom arabisant indique clairement qu'elle a grandit dans un milieu influençé par l'islam noir – on découvre des documents anarchistes, de la littérature raciste, des grenades désamorcées, un fusil d'assaut ainsi que des carnets remplis d'écrits secrets faisant allusion à l'avènement d'une guerre raciale et à l'assassinat de Blancs.672

En novembre 1999 dans le Missouri, à Kansas City, la ville où se trouve le siège de la Nation de l'Islam des perdus et retrouvés, Negusse Zekele, un immigré africain âgé de 37 ans, est pris d'un accès de folie à l'aéroport international de la ville, où il travaille comme conducteur de navette. Il ouvre le feu et abat Michael Scott, un de ses collègues blancs puis il se dirige vers les locaux de l'entreprise pour laquelle il travaille et blesse gravement Traci Riehle, une standardiste blanche, tandis qu'il épargne sa collègue noire en lui déclarant "Je ne vous tire pas dessus, je fais tout ça pour le peuple noir." Zekele part ensuite vers un parking où il se suicide. La police de Kansas City retrouvera une lettre de trois pages tapée à la machine dans laquelle Zekele affirme être persécuté par le FBI depuis trois ans parce qu'il est éthiopien et s'en prend à "ces ordures d'hommes blancs racistes" et aux "Blancs suprêmes suceurs de sang noir."673

Outre qu'elles sont fréquentées par des tueurs comme John Allen Muhammad, les marches organisées par la Nation de L'Islam ou le Nouveau Parti des Panthères Noires ont également inspiré un mouvement qui s'inscrit dans la suite logique du discours sur l'holocauste noir. Le 17 Août 2002, plusieurs associations extrémistes noires organisent à Washington D.C le "Rassemblement des Millions pour les Indemnisations." Le but du rassemblement est de créer une dynamique politique pour obtenir du gouvernement américains des indemnités, financières ou autres, pour l'esclavage dont ont été victimes les ancêtres des Afro-américains un siècle et demi plus tôt. Si les organisateurs espèrent voir venir des dizaines de milliers à une centaine de milliers de Noirs, seuls 2000 à 3000 font le déplacement pour l'occasion.

Le but du Rassemblement des Millions pour les Indemnisations est de demander «justice» pour le peuple noir mais une indubitable atmosphère de racisme anti-blanc plane sur l'évènement. Charles Barron, un conseiller municipal de la Ville de New York déclare à la foule: "J'ai envie d'aller vers le Blanc le plus proche et de lui dire: "Tu ne peux pas comprendre, c'est une affaire de Noirs" et alors de le gifler, juste pour ma santé mentale." Fort logiquement, parce que les revendications qui tournent autour de l'esclavage sont un des principaux thèmes de son discours anti-blanc, Louis Farrakhan est présent au rassemblement dont il est l'un des principaux orateurs.674

Tandis que les manifestants, hurlent "Pouvoir Noir ! Indemnisations !" et que d'autres brandissent des pancartes sur lesquelles on lit "excuse toi, Amérique Blanche!", le dirigeant de la secte raciste prend la parole: «Nous ne demandons pas la charité aux Blancs, assène-t-il, nous exigeons seulement ce qui nous revient de droit.» Il explique que les Noirs doivent recevoir des indemnités pour «la destruction de nos esprits ; le vol de notre langage, de notre culture, de notre religion, de notre Dieu, de notre dignité et notre valeur.» Il profite aussi de l'occasion pour remettre au goût du jour le discours séparatiste d'Elijah Muhammad en proposant comme indemnités des terres car «en tant que Nation au sein de la Nation, nous avons besoin de terres comme base de notre indépendance économique et politique. Nous avons besoin de millions d'hectares de terre sur lesquels les Noirs puissent construire et qu'ils puissent utiliser par eux-mêmes.»

Enfin, assurant son auditoire du triomphe prochain du mouvement pour les Indemnisations, il reprend les thèmes de l'antiracisme américain en appelant les noirs, les latinos et les «blancs pauvres» à refuser de participer à la guerre en Iraq avant de déclarer en conclusion: "Je ne pense pas que nous ayons besoin de nous battre dans l'armée de l'homme Blanc. Notre combat est en Amérique contre l'[esprit] récalcitrant de la suprématie blanche, et nous gagnerons ce combat car c'est une juste lutte."675

En Septembre 2003, le Nouveau Parti des Panthères Noires revient dans l'actualité du racisme noir en tentant d'organiser une nouvelle Marche du Million de Jeunes. C'est désormais Malik Zulu Shabazz qui dirige l'organisation. Khalid Abdul Muhammad est en effet décédé d'une rupture d'anévrisme en février 2001, à la veille d'une guerre de faction avec la branche d'Atlanta du Parti des Panthères Noires, qui contestait sa légitimité. Sa mort a immédiatement donné lieu à des rumeurs d'assassinat et d'empoisonnement imputables, bien sur, aux diables blancs. Certains Noirs sont persuadés qu'on s'est débarrassé du très remuant militant noir parce qu'il constituait une menace potentielle pour Bill Clinton, l'ancien président des Etats Unis, qui a annoncé quelques temps plus tôt qu'il avait l'intention d'installer ses bureaux à Harlem.676

En l'absence de son charismatique et haineux mentor, la marche organisée par Malik Zulu Shabazz ne rencontre guère de succès. Le 6 septembre 2003 à Brooklyn, une petite foule de 300 à 1000 personnes se rassemblent, alors que les organisateurs en attendaient une dizaines de milliers.677 L 'événement se déroule dans une atmosphère de controverse, d'anciens militants du Parti des Panthères Noires contestant la légitimité du Nouveau Parti de Zulu Shabazz et plusieurs individus et organisations censées soutenir officiellement l'évènement démentant formellement y être associés.678

En 2005, avec l'approche du 10ème anniversaire de la Marche du Million d'Hommes, la Nation de l'Islam organise un nouveau rassemblement à Washington D.C. : le Mouvement des Millions de Plus. D'emblée, la question de la participation des femmes et des homosexuels fait débat parmi les organisateurs ; elle n'est tranchée que lorsque Louis Farrakhan, se posant en rassembleur des afro-américains, intervient personnellement pour déclarer que tous les Noirs - hommes, femmes, enfants, hétérosexuels et homosexuels - seront les bienvenus.

La polémique est relançée lorsque le 3 juillet 2005 à Washington D.C., le révérend Willie F. Wilson, qui assume les responsabilités de directeur exécutif du rassemblement, prend à parti les femmes et les lesbiennes de la communauté noire au cours d'un sermon. Un enregistrement de celui ci est diffusé sur une station FM locale puis dans l'ensemble des Etats Unis sur les ondes de XM Radio. On y entend le prêcheur entonner le thème du ressentiment des hommes noirs vis à vis des femmes de leur communauté. Celles-ci, en effet, gagnent souvent mieux leur vie que leurs compagnons ; une humiliation de plus par ceux-ci. Le révérend prèche que

"Les frères ont été rabaissés, ne peuvent obtenir de travail.[...] Beaucoup de soeurs gagnent plus d'argent que les frères et créent des problèmes de familles. C'est une des raisons pour lesquelles nos familles éclatent."

Toujours dans le même registre, ce jour là, il met en garde sa congrégation contre l'homosexualité, en déclarant que

"le lesbianisme s'apprête à s'emparer de notre communauté. Je parle de jeunes filles. L'an passé, mon fils qui était au lycée a essayé d'aller au bal de fin d'année. Il a dit: "Papa, j'ai personne à emmener au bal parce que toutes les filles de ma classe sont gays. Y'en a que deux qui sont hétéros, et elles sont toutes les deux moches." "

Ces propos déclenchent aussitôt les protestations des militants noirs de la communauté gay qui exigent que le pasteur soit démis de ses fonctions, tandis qu'une église décide d'annuler sa participation à une réunion préparatoire de la marche.679

Le mois suivant, une gigantesque et opportune catastrophe va permettre à Louis Farrakhan de mobiliser la communauté noire autour du Mouvement des Millions de Plus.

Le 28 Août 2006, l'ouragan Katrina frappe de plein fouet la Nouvelle Orléans. Les digues qui protègent la ville, construite en dessous du niveau de la mer, n'ont pas été conçues pour résister à un cyclone de force 5. Sous la pression des eaux du Mississippi, elles finissent par céder en plusieurs endroits, causant une inondation qui engloutie des quartiers entiers. Ni les autorités municipales, alors dirigées par le maire noir Ray Nagin, ni les autorités fédérales n'ont anticipé l'ampleur de la catastrophe et n'ont mis au point de plan d'urgence. Dans les jours qui ont précédé l'arrivé du cyclone, Ray Nagin et le conseil municipal n'ont cessé d'atermoyer sur la décision d'ordonner l'évacuation totale de la ville. Lorsque la décision est enfin prise, il est déjà trop tard. Seules les personnes les plus riches, disposant de leur propres moyens de transport, parviennent à quitter la ville. Des dizaines de milliers d'autres, en particulier les plus pauvres, sont coincées dans la ville.

Après le passage de l'ouragan et l'inondation de la ville, la situation se dégrade et bascule dans l'anarchie la plus totale. Alors que des milliers de personnes se trouvent prisonnières sur ou sous les toits de la ville dans l'attente de secours, des bandes de Noirs se livrent au pillage généralisé des magasins qui ne sont pas immergés. Parfois des policiers se joignent eux dans la mise à sac de la Nouvelle Orléans. Ce n'est pas la misère ou l'indigence qui les pousse: le plus souvent, les voleurs délaissent les produits de première nécessité pour n'emporter que des chaussures de sports, des vêtements à la mode ou du matériel Hi-Fi. L'atmosphère qui règne dans la ville inondée est dominée par la violence et l'égoïsme, par la mentalité du chacun pour soi et une indifférence absolue aux intérêts de la collectivité. Les opérations de secours, lorsqu'elles commencent, sont ralenties par des gangs de Noirs qui tenant les rues, entretiennent un climat de guérilla urbaine et ouvrent le feu sur les secouristes, les membres de la garde nationale de l'Etat de Louisiane et les hélicoptères qui tentent d'évacuer les personnes coincées sur leurs toits depuis plusieurs jours. La situation devient telle que le gouvernement fédéral est contraint de faire intervenir des unités de vétérans de la guerre du Golf, qui ont l'ordre de tirer à vue sur les suspects.

Les images des sinistrés de la Nouvelle Orléans et de leur indigence provoquent la colère de la communauté noire. Il serait trop simple que les Noirs aient simplement été victimes d'une catastrophe naturelle, que le comportement de certains membres de leur communauté ait fait empirer une situation déjà désastreuse. Dans les semaines qui suivent, de nombreuses personnalités accusent l'état fédéral de n'avoir rien fait pour aider les victimes parce qu'elles étaient de race noire. Georges Bush et Kathleen Blanco, le gouverneur de l'Etat de Louisiane, tous les deux Blancs, reçoivent le feu des critiques des activistes noirs tandis que Ray Nagin, en dépit de sa gestion tout aussi calamiteuse de la crise, est absout et traité en quasi-héro. Dans un sondage réalisé en Septembre 2005 par le quotidien USA today et la chaîne CNN, 6 Noirs sur 10 déclarent que c'est parce que les victimes de Katrina étaient noires et pauvres que le gouvernement fédéral a tardé à agir. " Si ça avait été une majorette blanche âgée de 17 ans qui s'était trouvée dans l'eau, quelqu'un aurait essayé d'arriver là plus vite " déclare Rae Clifton, un Web designeur noir d'Atlanta aux sondeurs.680

Le 12 septembre, lors d'un rassemblement de militants noirs devant la maison blanche, le comédien noir Dick Gregory demande "qui va enquêter sur les deux barges avec de la dynamite à bord qui ont frappé les digues ?" Montrant sa peau noire, Damu Smith, le dirigeant du Réseau de Justice Environnemental Noir déclare: "Qu'ils, (le gouvernement fédéral) se soient réunis dans une pièce pour conspirer ou pas, ce qu'ils ont fait est nous ignorer, ils nous ont oublié... à cause de notre aspect physique." Donele Edwards, co-présidente de l'organisation, affirme à son tour que l'inondation a été intentionnellement provoquée.681

Le même jour à Charlotte, en Virginie, lors d'une tournée dans les centres d'hébergements établis pour abriter les victimes de l'ouragan, Louis Farrakhan critique vivement la croix rouge américaine pour sa gestion de la crise. Interrogé par la chaîne de télévision WCNC, il se fait à son tour l'écho des accusations de conspiration raciste en déclarant: "J'ai entendu parler d'une source très fiable qui a vu un cratère de 8 mêtres de profondeur sous la brèche de la digue. On pourrait l'avoir fait exploser pour détruire la partie noire de la ville et garder au sec la partie blanche."682

Le 15 octobre 2005, jour du rassemblement organisé par le Mouvement des Millions de Plus à Washington D.C, tandis que les militants juifs de la Ligue Anti-diffamation font leur piquet habituel, Jesse Jackson évoque les inondations en déclarant qu' «une barge sur le canal a percuté la digue et les eaux se sont engouffrées» sans préciser s'il croit à une conspiration ou pas. Farrakhan, revenu à la prudence, tient aux journalistes des propos ambiguës "Nous voulons savoir ce qui est arrivé aux digues, dit le dirigeant de la Nation de l'Islam, Nous ne voulons pas faire d'estimation à ce sujet et nous ne voulons pas être coupables de croire à des rumeurs." Devant les participants de la marche, beaucoup moins nombreux qu'en 1995, il tient un discours de 75 minutes pendant lequel il revient sur la gestion de l'ouragan Katrina " Pendant cinq jours, le gouvernement n'a pas agit. Des vies ont été perdues. Nous accusons l'Amérique de négligence criminelle. "683 Il ajoute aussi, jetant un peu plus d'huile sur le feu: "Je crois fermement que si les gens qui se trouvaient sur les toits avaient eu les cheveux blonds, les yeux bleus et la peau pale, on aurait fait quelque chose plus rapidement."684

L'instrumentalisation de la catastrophe de la Nouvelle Orléans par les politiciens et les racistes noirs exacerbera une fois de plus le ressentiment des Afro-Américains vis à vis de la population blanche. Au début du mois de décembre, une commission du parlement américain va mener une série d'auditions pendant lesquelles des sinistrés noirs vont être amené à témoigner. Beaucoup déclareront qu'a leur yeux, le racisme a influencé la façon dont le gouvernement fédéral a mené les opérations de sauvetage. L'un d'eux, Leah Hodge, affirmera que les Noirs de la Nouvelle Orléans ont été victimes de "génocide et de nettoyage ethnique."685 En Octobre 2005, au cours d'une émission intitulée «[l'ouragan] Katrina et les problêmes auxquels sont confrontés les afro-américains », diffusée en direct sur la chaine de télévision C-Span, Leroy Jefferson, un professeur noir de l'université d'Etat de Caroline du Nord provoque un scandale. L'homme, qui s'est rebaptisé Kamau Rashidi Kambon - un pseudonyme qui trahit l'influence de l'islam noir et de la pensée de Malcolm X (voir annexe 1) - déclare publiquement :

""Les Blancs veulent nous tuer. Je veux que vous le compreniez. Ils veulent vous TUER. [...] Ca fait parti de leurs projets. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles ils veulent le faire et je ne vais pas perdre mon temps à expliquer pourquoi ils veulent nous tuer mais je sais que c'est ce qu'ils veulent faire. [...]

Nous devons commencer à songer à une solution au problème pour que ces jeunes frères et soeurs qui sont ici maintenant, qui ont 15, 16 ou 17 ans, ne soient pas ici dans 25 ans en train de parler des mêmes problèmes [...] Et l'idée est : comment allons-nous exterminer les Blancs, parce que c'est, d'après mes estimations, la seule solution à laquelle je sois parvenu. Nous devons faire disparaitre les Blancs de la surface de la planète pour résoudre ce problème. [...] Nous avons besoin de résoudre ce problème parce qu'ils vont nous tuer. [...] Nous devons mettre en place notre propre système et arrêter de jouer, être très sérieux et ne pas être distrait de trouver une solution au problème et le problème sur la planète, ce sont les Blancs." 686

Aujourd'hui la force des préjugés anti-blancs, largement véhiculés par les médias, est telle que l'idée selon laquelle les Noirs sont le groupe ethnique qui a le plus souffert de l'ouragan Katrina est largement répandue. Pourtant, un rapport de l'état de Louisiane, présentant des statistiques sur la mortalité liés aux décès causés par l'ouragan remet en cause cette perception. Alors que les Noirs comptent pour 67,25 pour cent de la population de la Nouvelle Orléans, 59,1% des personnes décédées étaient afro américaine. Les Blancs à contrario, bien qu'ils ne représentent que 28 % de la population de la ville, comptaient pour 36,6% des morts.686a

A la Nouvelle Orléans, les Noirs n'ont pas été victimes de racisme; comme les victimes du Tsunami qui a frappé le Sud-Est asiatique en décembre 2004, ils ont été victimes d'une catastrophe naturelle. Quoique le gouvernement américain ait tardé à faire face à la crise, ils ont été secourus incomparablement plus vite que les paysans d'Indonésie ou du Sri Lanka. Ils ont par contre fait preuve d'infiniment moins de dignité. L'empressement de Louis Farrakhan et des politiciens de l'Amérique noire à faire de la catastrophe une occasion d'attiser les tensions raciales en est non seulement une preuve, mais il en dit long sur la banalité du racisme au sein de la communauté afro-américaine et sur celui de ses représentants.

La propagation des rumeurs racistes après l'ouragan Katrina et le rassemblement du Mouvement des Millions de Plus sont peut-être les derniers mauvais coups de Louis Farrakhan. En septembre 2006, il a révélé de nouveaux problèmes de santé liés à son cancer de la prostate. Dans une lettre ouverte aux adeptes de la Nation de l'Islam et à ses sympathisants, il a annoncé qu'il allait prendre sdu recul et laisser un comité exécutif diriger la secte, tout en recommandant aux croyants d' «être toujours sur leur garde concernant les hypocrites et les fourbes malins et malhonnêtes qui veulent créer la confusion autour de ma condition actuelle. »686b En Janvier 2007, dans le cadre de son traitement, il a subit une intervention chirurgical pendant une douzaine d'heure.686c

Pour beaucoup d'observateurs, son intervention à la conférence annuelle de la secte, fin février 2007 à Détroit, pourrait être la dernière. La question qui se pose, désormais, est celle de la survie à long terme de la Nation de l'Islam et surtout, de sa succession, à laquelle personne n'est désigné.

 
     
 
 
 
 
 
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Au nom d'Allah, l'histoire de la Nation de l'Islam
 
 
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Au nom d'Allah!
 
     
  L'histoire des musulmans noirs d'amérique et de la Nation de l'Islam, une secte anti- blanc  
   
   
   
   
  - Ch 3 : Precheurs de la Haine Noire  
  - Ch 4 : Inch Allah!  
  - Ch 5 : Les Zebra Killings  
  - Ch 6: Renaissance  
  - Ch 7 : cure miracle et rap raciste  
  - Ch 8 : En Marche  
  - Ch 9 : Marcheurs, tueurs et dynamite
**** Notes du chapitre 9
 
  - Ch 10 : La Galaxie Kémite  
  - Conclusion  
  - Anx 1 : Tueurs sous influence  
  - Anx 2 : Les Juifs Noirs de Ben Yahweh  
  - Anx 3 : un sillage de sang  
  - Anx 4 : Mises à jour  
  - Bibliographie  
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