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Les
réunions et les conventions de la Nation de l'islam
se déroulent toujours selon un cérémonial
bien précis. À l'entrée, un service
d'ordre composé d'hommes en costumes impeccables,
arborant un petit noeud papillon, filtrent les nouveaux
arrivants et les fouillent avant qu'ils puissent pénétrer
dans le bâtiment où se tient la réunion.
Les armes, couteaux ou revolvers, trouvées sur les
uns et les autres sont temporairement confisquées
et consignées dans un vestiaire pour être rendues
à leurs propriétaires à la sortie.
L'effet que produisent les miliciens du Fruit de l'Islam
est immédiat: ils intimident d'abord mais surtout,
leur caractère discipliné tranche avec le
comportement plus dissolu qui est de mise dans les quartiers
noirs et auxquels sont accoutumés un bon nombre nouveaux
venus. Il est encore amplifié lorsque certains reconnaissent,
métamorphosés en cerbères de la secte,
d'anciens drogués ou des compagnons de beuverie avec
qui ils ont traînés dans les rues.160
A
l'intérieur de la salle, hommes et femmes sont séparés.
Le long des murs, des miliciens encadrent l'assistance.
Un prêcheur de la Nation de l'Islam commence à
chauffer la foule, à préparer le terrain pour
celui qui sera l'orateur principal. Lorsque ce dernier entame
sa prédication, imitant une pratique courante dans
les églises noires, les membres de la Nation de l'islam
ponctuent ses diatribes d'acquiescements bruyants, d'onomatopées
approbatives, d'encouragements tandis qu'il décline
les thèmes racistes de l'exploitation des frères
par les Blancs, des 400 ans d'oppression de l'homme noir
par l'esclavagiste blanc, de la grand mère violée
par le planteur blanc ou du commerçant blanc qui
vend de l'alcool aux frères. Le discours de la Nation
de l'islam consiste en grande partie à montrer du
doigt, sans complaisance, toutes les tares de la communauté
noire mais à en dédouaner celle-ci en attribuant
leurs causes à la malveillance innée des diables
blancs.

Louis
Wallcott dit Louis Farrakhan
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Il
y a de la méthode dans ces réunions destinées
à recruter des adeptes. Les membres du Fruit de l'islam
scrutent le visage des invités pour déceler
aux réactions des uns et des autres ceux qui sont
les plus réceptifs au discours du ministre, qui seront
approchés par la suite. Le prêcheur lui-même
est informé à l'avance de qui est qui dans
la foule. Cette
technique donne parfois de bons résultats. En 1955,
à la convention de la Nation de l'islam à
Chicago, Elijah Muhammad est avertit de la présence
dans la salle de Louis Eugène Walcott. L'homme se
distingue des autres auditeurs parce qu'il a fait des études
universitaires, ce qui n'est le cas, à l'époque,
que de cinq pour cent des Afro-américains. La Nation
de l'Islam, qui cherche à recruter des personnes
compétentes, voit en lui un homme de talent qu'elle
gagnerait à faire entrer dans ses rangs.
Chanteur
de Calypso qui se produit sur scène non loin de là,
Louis Eugène Walcott dit “Le
Charmeur” est venu un peu par hasard à la convention
alors qu'il éprouvait des réticences vis à
vis de la Nation de l'islam à cause de sa réputation
haineuse. C'est Rodney Smith, un vieil ami récemment
converti qui l'a décidé à venir. Walcott
est peu impressionné par la prestation d'Elijah Muhammad;
le petit homme, qui exprime la philosophie qu'il a hérité
de Wallace Fard d'une voix faible, hésitante, en
un phrasé trébuchant est un piètre
orateur. Il en est parfaitement conscient et sait, à
l'occasion, en jouer. Pendant son discours, le Messager
d'Allah se tourne soudain vers Walcott, le fixe intensément
à travers la foule et lui déclare:
“Frère,
ne fais pas attention à la façon dont je
parle, fais attention à ce que je dis. Je n'ai
pas eu la chance d'aller dans les bonnes écoles
de l'homme blanc parce que lorsque j'ai essayé,
les portes étaient fermées mais si tu prend
ce que je dis et l'arrange avec la belle façon
dont tu sais parler, tu peux m'aider à sauver notre
peuple.”
Le
chanteur de Calypso est totalement bluffé par cet
apparent miracle; il est persuadé qu'Elijah Muhammad
a lu dans ses pensées ! Le jour même, Lui et
sa femme rejoignent les rangs de la Nation de l'islam Il
ne s'y impliquera vraiment que quelques mois plus tard,
après avoir entendu Malcolm X à Boston.161
Abandonnant son nom d'esclave, il deviendra connu sous le
nom de Louis X d'abord, puis sous celui de Louis Farrakhan
.
Si
Elijah Muhammad dirige la Nation de l'Islam, c'est surtout
à la personnalité et au charisme de Malcolm
X que la secte albophobe doit son succès. Infatigable,
l'homme sillonne les États-Unis, multiplie les prêches,
sème les bases de nouvelles congrégations
dans toute la nation américaine. Sa méthode
est simple : partir d'un fait divers plus ou moins sordide
pour démontrer la malveillance des diables blancs,
dépeindre les dirigeants plus établis de la
communauté noire comme des oncles toms – des
collaborateurs des Blancs – pour présenter
ensuite la secte comme la seule organisation capable de
défendre les intérêts des Noirs. Enfin
faire la promotion de la théologie haineuse des musulmans
noirs comme alternative au christianisme, religion
de l'homme blanc. Grâce à Malcolm X, entre
1955 et 1960, la Nation de l'islam connaît un essor
important: le nombre de temples de la secte passe de 13
à 30, auxquels viennent s'ajouter une trentaine de
lieux de culte ou de réunions auxquels n'ont pas
encore été attribués des numéros.162
Le
message de la secte albophobe est diffusé par la
presse noire. Le New York Amsterdam News, le New Jersey
Herald News, le Saint Louis Argus ou encore le mensuel Ebony
publient occasionnellement des articles écrits des
membres de la secte. Entre juin 1956 et Août 1959,
Le Pittsburg Courrier, un hebdomadaire qui tire à
180 000 exemplaires, publie un éditorial intitulé
“Mr. Muhammad speaks”. De ce nombre, près
d'une centaine de milliers sont vendus par les membres de
la Nation de l'islam, en échange de quoi, non seulement
l'hebdomadaire publie la Rubrique de Muhammad, mais la secte
touche aussi une commission sur les ventes de journaux.
Après que la direction du journal ait refusé
d'accorder cette commission, la Nation de l'islam se rabat
sur un autre hebdomadaire, le Los Angeles Herald Dispatch,
qui tire à 30 000 exemplaire et dont les éditeurs
sont des adeptes du culte.163
Malcolm X y écrit
un éditorial intitulé “les hommes
en colère de Dieu” dans laquelle il déverse
sa haine des Blancs. Faisant allusion à Elijah Muhammad,
il décrit les qualités du Moïse moderne
qui viendrait sauver le peuple noir, un homme qui n'apprendrait
pas aux Noirs à
“aimer
leur ennemis (la race blanche malveillante qui les a réduit
en esclavage) mais il demanderait à NOTRE DIEU,
le DIEU de nos aïeux, de détruire la race
blanche malveillante et l'empire esclavagiste avec des
épidémies de cancer, de polio, de maladies
cardiaques de désastres aériens, automobiles
ou ferroviaires... Des inondations, des sécheresses,
des tremblements de terre, des tornades et des OURAGANS.”
164
il
y a annonce aussi le jugement imminent de la race blanche:
“Le
Dieu tout puissant Allah a révélé
au MESSAGER ELIJAH MUHAMMAD qu'il n'y a pas d'enfer sous
terre dans lequel nous irons après notre mort,
mais que l'enfer de l'homme Noir s'est trouvé juste
ici sur cette terre où se trouve la race blanche
malveillante... Cette malveillante race blanche [...]
de diables, qui ont prouvé par leur OEUVRES historiques
et actuelles que leur véritable nature est de MENTIR,
TRICHER, VOLER, TROMPER, HAIR et ASSASSINER l'humanité
noire... Mais aujourd'hui, le dieu tout puissant ALLAH
est ici pour juger cette malveillante race blanche de
diables pour toutes leurs mauvaises ACTIONS contre l'humanité
noire. Ils vont recevoir du COMPTABLE DIVIN la monnaie
de leur pièce pour tout ce qu'ils ont fait pendant
les 6000 ans qu'ils ont été autorisés
à vivre sur la planète Terre. Le dieu tout
puissant ALLAH a déclaré qu'il va LUI-MEME
ôter cette malveillante race de diables de la terre
(rev 19:17-21), et alors nous auront paix sur terre et
bonne volonté au sein de toute l'humanité
noire.... Une vrai fraternité (Rev. 21:3-8). LE
PARADIS DE L'HOMME NOIR EST L'ENFER DE L'HOMME BLANC.”165
A
la fin des années 50, si les prêcheurs de la
Nation de l'islam cessent progressivement d'évoquer
la venue imminente de l'Armée Asiatique d'Allah,
ils ajoutent à leurs diatribes habituelles contre
les diables Blancs un couplet sur les Juifs. Le 2 janvier
1958, Malcolm X écrit dans sa chronique du Los Angeles
Herald Dispatch que :
“La
plupart des Blancs aux noms Juifs, et particulièrement
la classe professionnelle, sont toujours INTERESSES par
la communauté soit-disant “nègre”
Mais quelle est la nature de leurs véritables INTERETS
? Ils nous tapent sur l'épaule, nous sourient par
devant et comme des vampires, ils sucent le sang de vie
de notre communauté grâce à leurs
INTERETS. Notre communauté est une MINE D'OR pour
eux.” 166
En
1959, lorsqu'on lui demande pendant une réunion de
la Nation de l'islam si les Juifs sont des membres de la
race blanche, Malcolm X répond que le Juif:
“est
un des pires des diables. Il fait plus pour tirer avantage
des soit-disant Nègres que tous les autres et cependant
se fait passer pour un ami des Noirs. Il possède
des commerces dans les secteurs noirs des grandes villes,
verse de bas salaires et impose des prix élevés.
Le Juif est plus intelligent que la moyenne des hommes
blancs et a des postes dans tous les gouvernements.”167
La
force du discours anti-Juif de Malcolm X vient du fait qu'il
extrapole souvent à partir d'un vécu personnel
qu'il partage avec beaucoup d'autres Noirs. Celui qui s'est
parfois joint à d'autres afro-américains pour
pourchasser et brutaliser les Juifs ou des Irlandais dans
les rues de Roxbury, le quartier noir de Boston, a souvent
été à la fois leur client et leur employé.168
Arrivé à Roxbury au début des années
40, un de ses premiers achats a été un costume
à la mode payé à crédit à
un tailleur Juif.169
Il a aussi été garçon de comptoir au
Townsend Drugstore, un limonadier très fréquenté
par la jeunesse noire dont les propriétaires étaient
Juifs.170
Un de ses autres employeurs juifs s'appelait Hymie; c'était
un trafiquant d'alcool pour qui il avait travaillé
en 1945.171
Ce dernier l'entretenait souvent des problèmes des
Noirs et des Juifs mais le jeune homme avait été
profondément marqué par la haine viscérale
de son patron pour ceux des membres de sa communauté
qui dissimulaient leurs origines, lui révélant
l'appartenance insoupçonnée à la communauté
juive de certaines personnalités en vue.172
Le
discours anti-Juif qui prospère dans la communauté
noire et que relaye la Nation de l'islam est une variante
du racisme anti-blanc qui s'explique en partie par la cohabitation
des deux communautés dans les quartiers défavorisés.
Arrivés massivement d'Europe de l'Est au début
du 20ème siècle, les Juifs, à partir
des Années 30 et 40, ont commencé à
quitter les quartiers défavorisés où
ils s'étaient installés, cédant la
place aux migrants Noirs venus du Sud des États-Unis.
Devenus progressivement propriétaires des logements
et des commerces de ces quartiers, ce sont ces membres de
la communauté juive qui symbolisent, pour les nouveaux
arrivants, tout à la fois l'employeur, le bailleur
et le marchand blanc. Cette cristallisation du discours
anti-Juif de la Nation de l'islam puise aussi ses racines
dans d'autres facteurs.
A
partir des années 1950 et dans le courant des années
1960, l'ordre social américain est bouleversé
par la montée en puissance du mouvement dit, “des
droits civiques”, qui va se traduire par la remise
en cause et la destruction progressive des valeurs et de
la culture héritées des racines européennes
de la population des États Unis. A ce profond mouvement
de société s'ajoute, dans le Sud-Est des États-Unis,
un fort militantisme visant à mettre un terme à
la ségrégation raciale qui est la norme dans
la plupart des anciens états confédérés.
Pour les nationalistes noirs – et particulièrement
ceux de la Nation de l'islam - le Mouvement des droits civiques
et l'activisme politique en faveur de l'intégration
est un compétiteur direct dans l'arène politique.
Il est d'autant plus suspect que les Juifs - donc des Blancs
- y sont extrêmement présents et en forment
l'ossature. Ceux-ci comptent en effet pour trois-quarts
des donateurs aux organisations noires qui y sont liées.
La moitié des avocats qui s'y impliquent sont issus
de la communauté juive et deux tiers des Blancs qui
se joignent à la campagne des libertés, en
1964, sont des Juifs.173
Cet
antagonisme se conjugue également avec un conflit
de classe au sein même de la communauté noire,
dont une des organisations phares du Mouvement des Droits
Civiques, l' Association Nationale pour l'Avancement des
Gens de Couleur (NAACP), est emblématique.174
En mai 1910, ses fondateurs, à l'exception William
Edward Burghard Du Bois, un métisse, étaient
des Blancs.175
D'autre part, la plupart des Noirs issus des milieux les
plus modestes de la communauté afro-américain
considéraient, avant guerre, cette association comme
le repère d'une bourgoisie noire avec lesquels ils
se sentaient peu de points communs. Jusque dans les années
50, l'influence du NAACP – qui a toujours milité
pour l'intégration - était minime si on la
compare à celle de l'organisation de Marcus Garvey,
dont le discours de retour vers l'Afrique était le
plus populaire parmi les Noirs - particulièrement
dans les milieux défavorisés. Le fait qu'une
organisation déclarant militer dans l'intérêt
des Noirs soit dirigée par des Juifs - Arthur Spingarn,
dans les années 1950 puis Kivie Kaplan – constitue
un anathème de plus pour les dirigeants de la secte
anti-blanc.176
Si
les critiques antisémites des prêcheurs de
la Nation de l'Islam se font plus stridentes, c'est aussi
parce qu'elles leur permettent de se démarquer des
associations impliquées dans le Mouvement des Droits
civiques. Jusqu'aux années cinquante, le nationalisme
noir n'était pas en concurrence avec des organisations
comme l'Association Nationale pour l'Avancement des Gens
de Couleurs et faisait jeu égal avec elles. Avec
l'apport massif de moyens financiers par les donateurs juifs,
cette lutte d'influence s'exacerbe lorsque les integrationnistes
prennent l'ascendant politique. En s'emparant du discours
anti-blanc qui consiste à faire du racisme et de
la malveillance réelle ou supposé de l'homme
blanc l'unique explication acceptable des difficultés
des populations noires, puis en le banalisant et en le normalisant,
le mouvement des droits civiques prive le nationalisme noir
d'un de ses principaux thèmes. Jouer la surenchère
antisémite et critiquer les Juifs, seuls Blancs que
le Mouvement des Droits Civiques ne met jamais en cause
parce qu'ils en sont les bailleurs de fonds, c'est rester
politiquement identifiable et se rapproprier le thème
du racisme anti-blanc, par rapport à un courant qui
partage, sur le fond, les mêmes idées.
En
réaction au Mouvement des Droits Civiques, les musulmans
noirs adoptent également une stratégie plus
pragmatique. N'espérant plus voir le vaisseau mère
débarrasser la surface de la terre des Blancs et
ne militant plus pour un retour en Afrique, Ils prônent
désormais le séparatisme racial et l'établissement
du État Noir en Amérique du Nord.
Promouvoir
le séparatisme permet à la Nation Of Islam
de proposer une option crédible à la ségrégation
raciale et à l'intégrationnisme: quelques
années plus tôt, deux pays - le Pakistan, officiellement
séparé de l'inde en Aôut 1947 puis Israël
en Mai 1948 - sont nés de ce choix politique.
“Nous
devons avoir une partie de la terre pour répondre
au besoin de notre peuple” écrit Elijah
Muhammad en faisant aussi allusion aux organisations des
droits civiques et à Martin Luther King “[...]
C'est le bon moment pour que nous cherchions la séparation
et l'indépendance pour notre nation vis à
vis des maux de ceux qui sont ouvertement nos ennemis
et non les imbécillités des autres organisations.
Ils veulent que notre peuple s'intègre au sein
de ceux qui sont ouvertement nos ennemis pour être
détruit en temps que peuple [...] Il est beaucoup
plus important d'enseigner la séparation des Noirs
et des Blancs aux États Unis que la prière.”177
Elijah
Muhammad inscrit cet idéal séparatiste dans
une vision plus large du monde en l'associant au mouvement
de décolonisation en train de s'opérer en
Afrique.
“Les
peuples Noirs sur toute la terre cherchent l'indépendance
pour eux même, pas l'intégration au sein
de la société blanche. De quoi avons nous
l'air en essayant de nous intégrer avec nos ennemis
de 400 ans ?” 178
Enfin,
pour le gourou de la Nation de l'islam
“L'intégration
signifie l'autodestruction, et les moyens pour parvenir
à cette fin sont exactement ceux-là: La
mort et rien de moins.” 179
Souvent,
les prédicateurs de la Nation de l'Islam critiquent
de vive voix le sionisme, une position qui peut sembler
contradictoire à première vue puisqu'ils citent
parfois Israël en exemple.180
Cette contradiction s'explique par la dénonciation
d'une attitude qui consiste, de la part des radicaux juifs
qui militent pour l'intégration, à priver
les Noirs d'une option politique qu'ils estiment par ailleurs
légitime dans le cas d'Israël. Cette hostilité
à l'intégrationnisme teintée d'antisémitisme
et d'anti-sionisme crée un terrain favorable sur
lequel va se bâtir une alliance entre la Nation de
l'Islam et un monde intellectuel et politique musulman pour
qui les enseignements du prophète américain
sont pourtant un anathème.
En
quête de reconnaissance et entousiasmé par
le mouvement de décolonisation qui marque, pour Elijah
Muhammad, le début de la fin des diables blancs,
la Nation de l'Islam commence à tisser des liens
avec les communautés de différents pays du
monde musulman. Il contacte Abdul Basit Naheem, un journaliste
pakistanais résidant à Brooklyn qui, en mai
1957, publie un livret sur le monde musulman et les États-Unis.
La présentation de la convention annuelle de la Nation
de l'Islam y occupe une place centrale. Quelques semaines
plus tard, en juillet 1957, Lors d'une de ses visites aux
Etats-Unis, Malcolm X rencontre Achmed Sukarno, le président
de l'Indonésie, le plus grand pays musulman du monde.181
En
1958, les contacts entre la Nation de l'islam et les représentants
et les dirigeants du monde musulmans se multiplient. Au
début de l'année, Elijah Muhammad reçoit
un courrier de Gamal Abdel Nasser, alors président
de la République Arabe d'Egypte, le remerciant des
voeux qu'il lui lui a fait parvenir.182
En mars 1958, Malcolm X est invité en Californie
par l'Association des Etudiants Pakistanais à une
célébration du troisième anniversaire
de la naissance du Pakistan . Il y rencontre le président
de l'Association, Mohammad Afzal Ul-haq Faruqui.183
En avril, la Nation de l'Islam tient une conférence
sur le même thème à Los Angeles à
laquelle assiste plusieurs représentants du gouvernement
pakistanais ainsi que Mohammed Medhi, le chef du Centre
d'Information Arabe.184
A l'automne, c'est le roi Saoud d'Arabie en personne qui
invite Malcolm X à lui rendre visite à l'hôtel
Waldolf Astoria, à New York, où les deux hommes
se rencontrent et s'entretiennent longuement.185
En
1959, les liens entre les représentants de la Nation
de l'Islam et le monde musulman prennent un tournant décisif
lorsque Nasser invite officiellement Elijah Muhammad à
se rendre en Égypte puis à participer au pèlerinage
à la Mecque. Les autorités américaines,
que la possibilité d'une telle rencontre inquiète
au plus haut point, vont tout faire pour empêcher
le prophète de recevoir son passeport à temps
pour se rendre en Égypte.186
Le 7 février 1959, c'est donc Malcolm X, entre temps
marié à Betty Sanders et devenu Malik El-Shabazz,
qui décolle pour le proche orient. Le voyage, s'il
aura par la suite de sérieuses répercussions
sur la Nation de l'Islam, est un demi-échec sur le
moment: accueilli avec les honneurs officiels, Le prêcheur
de la haine noire ne peut s'entretenir avec le Général
Nasser qu'il doit se contenter d'apercevoir de loin mais
il rencontre Anouar El-Sadate.187
Le pèlerinage, lui non plus, n'a pas lieu : au moment
du départ pour l'Arabie Saoudite, Malcolm X est officiellement
frappé pendant trois jours d'une tourista et préfère
rentrer aux États Unis par impatience, dira-t-il,
de retrouver l'honorable Elijah Muhammad. L'imam Ahmed Dawud
Al-Hajj, le chef spirituel des Frères Musulmans aux
États-Unis, donne à un hebdomadaire de Chicago
une toute autre explication : ni Elijah Muhammad, ni ses
partisans, dont la version de l'islam est une hérésie,
n'auraient été autorisés par le gouvernement
d'Arabie Saoudite - où la diversité et la
liberté de culte n'existe pas - à faire le
pèlerinage. C'st pour cette raison que Malcolm X
se serait vu refuser l'entrée dans ce pays.188
Quoiqu'il se soit vraiment passé, ce voyage est un
premier pont jeté entre la secte raciste et le monde
musulman.
Dans
la communauté juive américaine, le rapprochement
qui s'opère entre les responsables de la Nation de
l'Islam et les dirigeants de pays hostiles à Israël
ne passe pas inaperçu. Au sein du B'Nai B'rith, une
des plus influentes organisations juives des États-Unis,
il commence à rendre beaucoup de gens nerveux. La
Ligue Anti-diffamation, une association qui en dépend,
va contacter le FBI et mettre à sa disposition le
dossier qu'elle a constitué sur la secte.189
Un
second voyage au proche et au moyen orient a lieu en 1961.
Elijah Muhammad, cette fois là, parvient à
obtenir son passeport à temps. Le prophète
passe quelques jours en Turquie puis, le 29 novembre, il
arrive en Égypte où il est reçu comme
un chef d'état par Nasser. Le dirigeant égyptien
est immédiatement impressionné par la connaissance
de la langue arabe d'Akbar Muhammad, un des fils d'Elijah
Muhammad qui, lui, se lie d'amitié avec Anouar El-Sadate.
Deux semaines plus tard, Elijah décolle pour l'Afrique
puis, de là, pour La Mecque qu'il visite à
la date toute symbolique du 24 Décembre - un pied
de nez au dieu des diable Blancs et de leurs oncles Tom
noirs. Que dans les années 60, les dirigeants Saoudiens
l'aient autorisé à se rendre dans la ville
sainte de l'Islam, alors que nul n'ignore, à l'époque,
la version très particulière de l'islam que
prêche le gourou américain, montre on ne peut
mieux à quel point la secte noire est considérée
comme un cheval de Troie pour la cause arabe aux États-Unis.
Tout aussi symboliquement, Le messager d'Allah se rend au
Pakistan avant de retourner sur le continent américain
le 6 janvier 1962.190
Pour Elijah et son entourage, la fréquentation des
Pakistanais a levé le voile sur les origines de Wallace
Fard : se souvenant de ses traits et pouvant les comparer
à ceux de ce peuple, tout ceux qui l'ont côtoyé
s'accorderont pour dire que les origines ethniques d'Allah
se situent dans la région de l'actuel Pakistan.191
Suite à ce voyage, Elijah Muhammad décide
de ne plus appeler les lieux de culte de la secte des “temples”
mais des “mosquées”.
Pendant
le voyage du messager d'Allah, la situation de la Nation
de l'Islam a beaucoup évolué. Tandis qu'en
juillet 1959, Malcolm X jette les bases d'une amitié
entre les dirigeants du monde arabe et sa secte, le 13 juillet,
deux journalistes, l'un juif et l'autre afro-américain,
Mike Wallace et Louis Lomax, diffusent sur WNTA-TV, une
chaîne de télévision new-yorkaise, un
documentaire consacré aux nationalistes et aux racistes
de la communauté noire.192
Intitulé “La haine que la haine a créé”,
le reportage débute en montrant une foule d'une dizaine
de milliers de personnes rassemblées à une
convention des musulmans noirs tandis qu'une voix off, celle
de Malcolm X, récite.193
“J'accuse
l'homme blanc d'être le plus grand menteur de la
terre. J'accuse l'homme blanc d'être le plus grand
ivrogne de la terre. [...] J'accuse l'homme blanc d'être
le plus grand joueur de la terre. J'accuse l'homme blanc,
Mesdames et Messieurs du jury, d'être le plus grand
meurtrier de la terre. J'accuse l'homme blanc d'être
le plus grand adultère de la terre, j'accuse l'homme
blanc d'être le plus grand voleur de la terre...”194
Pendant
la diffusion de la série de reportage sur le racisme
noir, c'est surtout la personnalité haineuse et vindicative
de Malcolm X qui frappe les spectateurs. Interrogé
par Mike Wallace, Louis Lomax annonce que la mouvance suprémaciste
noire, toutes organisations confondues, compterait environ
250 000 partisans et sympathisants aux USA, en tenant compte
tant du noyau dur de ce courant que de ses compagnons de
route. Le chiffre est considérable, si on le compare
à ceux du FBI qui, en 1955, estime le nombre d'adhérents
de la seule Nation de l'Islam, à environ 3 000 et
en 1965 à environ 5 000. L'histoire montrera que
l'influence de la secte s'étend bien au delà
de ses rangs.195
Dans
les mois qui suivent, le prêcheur anti-blanc est invité
à participer à des débats radio-diffusés
ou ayant lieu dans des université à travers
tous le pays. Il est de plus en plus dans l'oeil des médias
qui le sollicitent à tout propos. Des chefs d'Etats
et des représentants de gouvernements africains cherchent
à l'approcher. En Août 1960, il rencontre Jaja
Anucha Wachuku, le porte-parole de l'assemblée Nigérienne.
En Septembre de la même année, il s'entretient
avec Fidel Castro à l'hôtel Theresa.196

Un
musulman noir vend "Muhammad Speaks"
|
Infatigable,
Malcolm X fait feu de tout bois pour étendre l'influence
de la secte et diffuser son message haineux. En 1960, sous
sa férule, la Nation de l'Islam commence à
publier son propre mensuel, “Mr. Muhammad Speaks”.197
Quand il n'est pas au mosquée N°7 de Harlem,
dont il a la charge, il parcourt, laboure et sème
la haine dans des prédications enflammées.
Il déclare a ses audiences que le diable est en train
d'être détruit à l'instant même
où il parle par des inondations, des tremblements
de terre et des tempêtes tropicales. Il avoue prier
pour ses ennemis, mais qu'il prie pour qu'Allah les fasse
mourir d'un cancer, pour qu'il tue leurs bébés
avant même qu'ils ne naissent et pour qu'il les bénisse
avec la peste.198
En 1962, le degré de fanatisme qui règne au
sein de la mosquée dont il s'occupe est tel que son
assistant, Henri Dawson, furieux d'avoir été
importuné par des Blancs qui ont contesté
ses propos racistes lors d'un débat dans un temple
protestant, déclare publiquement qu'il aurait voulu
les décapiter avec une épée. 199
Au
printemps 1962, la Nation de l'Islam connaît une poussée
de fièvre lorsqu'à Los Angeles, une fusillade
avec la police cause la mort d'un musulman noir et l'arrestation
de plusieurs autres. Le 27 avril vers minuit, Stanley Kensic
et Frank Tomlison, deux policiers affectés à
la surveillance des magasins de vêtements d'un quartier
de Los Angeles qui ont été les cibles d'une
série de cambriolages, remarquent deux hommes qui
échangent quelque chose par la portière d'une
voiture. Les deux individus, des musulmans noirs, sont en
train de récupérer des vêtements propres
ramenés d'un teinturier chez lequel l'un d'eux travaille.
Les soupçonnant, vu l'heure tardive, d'être
les voleurs qu'ils cherchent, les agents de police s'approchent
d'eux et demandent des explications. Une échauffourée
s'ensuit et, rameutés par le vacarme, 17 membres
de la Nation de l'Islam attaquent les deux agents.
En quelques instant, Kensic est passé à tabac
avec une telle sauvagerie qu'il en perd connaissance. Alors
qu'il gît sur le sol, ses agresseurs le massacrent
à coup de pied dans la tête. L'un d'eux lui
vole son arme de service et tire sur Tomlison, lui brisant
le coude. Arrivés en renforts, deux autres agents,
Donald Weese et Richard Anderson, sont eux-aussi pris à
partis. Anderson est frappé à la tête
avec sa propre matraque tandis qu'on lui vole à son
tour son arme. Weese, qui parvient à s'extraire de
la mêlée, ordonne aux Musulmans noirs de ne
plus faire un geste mais, devant les menaces et le comportement
menaçant de ceux-ci, il est contraint d'ouvrir le
feu. Un nommé Ronald Stokes lui saute à la
gorge et se met à l'étrangler. Frappé
par un autre policier, Stokes bat en retraite avant de brandir
brusquement les mains – les musulmans noirs affirmeront
qu'il les levait pour ne pas se faire tirer dessus. Weese,
qui croit sa vie à nouveau menacée, lui loge
une balle dans le coeur. Lors de l'enquête qui suit,
les musulmans noirs impliqués dans la fusillade refusent
de témoigner dans la mesure où leurs déclarations
pourraient leur être préjudiciables ; un jury
déclare donc que l'homicide a été commis
par les policiers dans l'exercice de leurs fonctions et
en état de légitime défense.200
Dans
les jours qui suivent la mort de Ronald Stokes, les membres
du Fruit de l'Islam crient vengeance et, jouant la carte
de la couleur de peau, se posent en victimes de la brutalité
policière. Contre toute attente, Elijah Muhammad,
qui ne veut à aucun prix de violences qui pourraient
amener les autorités à mettre leur nez dans
les affaires du culte, les appelle au calme et, pour tout
exutoire, les invite à distribuer le journal de la
Nation de l'Islam avec plus de zèle que d'habitude.201
Ce pauvre palliatif ne suffit pas à calmer les esprits.
Dans les jours qui suivent, plusieurs membres de la Mosquée
de Los Angeles se regroupent pour former des “bandes
d'anges”. Des groupes de Noirs descendent alors
sur la 5ème rue, aux abords du Skid Row de Los Angeles,
pour y guetter des Blancs isolés. Sortant le plus
souvent ivres des bars des alentours, ceux-ci sont pris
en embuscades et traqués avant d'être passés
à tabac et assassinés ou laissés pour
mort. Informés que certains adeptes sont en train
d'échapper à tout contrôle et basculent
dans la violence active, Elijah Muhammad fait appel à
Malcolm X qui arrive à Los Angeles dans les jours
qui suivent. Celui-ci, informé des agressions et
des meurtres commis par les partisans de l'islam noir, va
en désapprouver la lâcheté, sans que
son attitude suffise à mettre un terme ces actes.202
En
Juin, des dizaines de citoyens américains venus de
Géorgie périssent dans un accident d'avion
à Paris. C'est, à l'époque, la plus
grande catastrophe aérienne de l'histoire de l'aviation.
Le prêcheur y voit immédiatement une punition
d'Allah infligée aux diables blancs. Lors d'un prêche
à la mosquée de Los Angeles, il déclare
devant une audience hurlant de joie:
“Je
voudrais vous annoncer qu'une très belle chose
s'est produite [...] Nous avons prié Allah pour
qu'il nous fasse savoir que d'une façon ou d'une
autre, il a le pouvoir de rendre la justice sur la tête
de ceux qui sont responsable du lynchage de Ronald Stokes
le 27 avril.
J'ai
reçu un télégramme de Dieu aujourd'hui.
Attendez. Très bien, bon, quelqu'un est venu et
m'a dit qu'il avait vraiment répondu à nos
prières au dessus de la France. Il a fait tomber
du ciel un avion avec plus de 120 Blancs à bord
[...] Lorsque vous lisez dans le journal ou entendez parler
à la radio d'accidents dans lesquels ces bénis
et braves gens aux yeux bleus ont perdu la vie, vous pouvez
dire Amen car c'est l'oeuvre de Dieu. [...] Dieu vous
défend lui même. Ils ne savent pas ce qui
fait tomber ces avions du ciel, ils commencent à
chercher des problèmes mécaniques [...]
c'est divin...”203
Tandis
que Malcolm X continue de prier pour que des avions tombent
du ciel et s'écrasent, une grave crise se prépare
au sein de la Nation de l'Islam.204
Nombre de problèmes, qui couvaient depuis des années
vont éclater au grand jour, faisant traverser à
la Nation de l'Islam sa plus grave crise interne.
Depuis
plusieurs années, des rumeurs circulent dans la secte
au sujet du comportement d'Elijah Muhammad. Le prophète,
qui impose chasteté et fidélité maritale
à ses disciples sous peine de jugement et d'exclusion
de la secte, a tendance à mettre fréquemment
la main – et plus - dans la culotte de ses jeunes
secrétaires. Cette tartufferie n'est pas nouvelle
: lorsqu'il avait enquêté sur la Nation de
L'islam dans les années trente, le Sociologue Erdmann
Beynon avait noté que “la gloutonnerie,
l'ivresse, la paresse et les relations sexuelle extra-conjugales,
excepté pour les prédicateurs de l'islam,
étaient complètement interdites.”205
Avec le temps et le renouvellement des adeptes après
la guerre, le souvenir de ces comportements s'était
perdu. Dès 1955, Malcolm X avait entendu parler de
ces rumeurs mais n'y avait pas prêté attention.206
A partir du début des années 1960, les secrétaires
d'Elijah commencent à donner de la voix pour que
le prophète se mette à payer les frais d'éducation
et de nourriture de ses enfants illégitimes. En 1961,
le gourou mène de front ses infidélités
avec cinq jeunes femmes: Evelyn X Williams, June X, Lucille
X Rosary, Bernique Cushmeer et Ola X Hugues. L'année
suivante, plusieurs de ses secrétaires se rencontrent
et découvrent qu'elles ont toutes eu une liaison
avec le dirigeant de la Nation de l'Islam.
Entre
temps, Le prophète a ajouté à sa collection
de secrétaires Tynetta X Wilson. La jeune femme,
une noire au teint très clair, doit à ses
services très particuliers l'attribution d'une chronique
dans le journal de la secte. Elle y incite les “soeurs”
à se détacher des moeurs et pratiques des
femmes blanches, déclarant que la race blanche est
“le véritable ennemi de notre peuple”
et que les Noirs doivent développer leur sens de
“fierté raciale et de solidarité”.
Le scandale qui suit ne lui fera pas lui faire interrompre
sa liaison et en 1964 à Albukerque, elle met au monde
un fils d'Elijah. L'égérie de la race noire
inscrit sur le certificat de naissance de son enfant qu'il
est né d'un père et d'une mère de race
blanche...207
Le
13 Juillet , Elijah refusant de donner de l'argent à
ses maîtresses, deux d'entre elles, Evelyn X et Lucille
X, laissent leurs enfants devant sa porte.208
Quelques mois plus tard, Ola X Hugues approche Wallace Muhammad,
un des fils légitime d'Elijah pour lui révéler
l'étendu des infidélités de son père.209
Lorsque Malcolm X, à son tour, lui parle des rumeurs
qui circulent au sujet du comportement de son mentor vis
à vis de ses secrétaires, Wallace lui en confirme
la véracité. En toute discrétion, Malcolm
X contacte alors trois des secrétaires impliquées
et découvre qu'une des relations extra conjugales
est de nature incestueuse.210
En Avril 1963, il s'entretient avec Elijah à Phoenix,
en Arizona, et évoque les allégations qui
pèsent sur lui. Le gourou, loin de faire acte de
contrition, faisant preuve du même culot que celui
avec lequel il a expliqué à chacune de ses
secrétaires que le sperme dont il les honorait était
une semence divine, se justifie et légitimise ses
actes par des citations bibliques.
“Je
suis David” dit-il à son disciple “Lorsque
tu lis que David a pris la femme d'un autre homme, je
suis ce David. Lorsque tu lis comment Noah s'est enivré,
c'est moi. Lorsque tu lis comment Lot est aller s'allonger
avec ses propres filles. Je dois accomplir toutes ces
choses.” 211
Malcolm
X, dès lors, va tout faire pour prévenir un
scandale qu'il sent imminent et définir une stratégie
susceptible de limiter les possibles dommages causés
à l'image de la secte. Il contacte secrètement
plusieurs autres prêcheurs pour les informer de ce
qu'il sait.212
Mal lui en prend car Louis X Farrakhan est du nombre. Le
chanteur est devenu entre temps responsable de la mosquée
de Boston. Dévoré d'ambition, il convoite
la place de Malcolm X et voyant l'occasion de se faire valoir
aux yeux du Messager d'Allah, il se précipite à
Chicago et annonce à Elijah que son disciple préféré
le trahit en racontant tout ce qu'il sait à qui veut
l'entendre.213
Depuis
plusieurs mois, sous une affection de façade, Elijah
Muhammad éprouve une impatience grandissante à
l'égard de Malcolm X. Il a le sentiment que celui
ci est en train de lui voler la vedette.214
Ses enfants nourrissent eux aussi de la jalousie envers
le flamboyant prêcheur: lors de la convention de la
Nation de l'Islam à Chicago, le 26 février
1963, Malcolm X, qui remplaçait un Elijah Muhammad
absent pour cause de maladie, a refusé que Wallace
Muhammad prenne la parole à la tribune, un geste
ressenti comme une insulte par les enfants du Gourou. A
la fin février 1963, une de ses filles se plaint
amèrement de Malcolm. Au début du mois de
mars, après que celui-ci ait décidé
de son propre chef de réunir les enfants du gourou,
Elijah lui a fait savoir que sa famille n'aura pas besoin
de lui tant que leur père sera vivant. L'hostilité
d'Elijah vis à vis de Malcolm va croissante. Dans
ses conversations privées, il n'hésite plus
à ridiculiser Malcolm. Le 11 mars, Il ordonne à
Malcolm X, qui se trouve à Chicago, d'annuler tout
ce qu'il a prévu d'y faire et de retourner sur la
côte Est.215
Un mois plus tard, pour le couper de ses appuis à
New York, il le transfère de la mosquée N°7
d'Harlem à celle de Washington DC.
Dorénavant,
Elijah Muhammad n'attend plus qu'une occasion pour réduire
au silence une fois pour toute son encombrant disciple.
L'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre
1963, va lui fournir l'occasion qu'il attend. Alors qu'il
a ordonné – très hypocritement –
à tous les dirigeants de la Nation de l'Islam de
ne faire aucun commentaire sur la mort du président
des États Unis, interrogé à ce sujet
le 1er décembre lors d'une réunion publique
au Manhattan center, Malcolm X déclare que pour lui,
celui ci n'a jamais été victime que d'un retour
de bâton.216
Elijah va non seulement le frapper d'une interdiction de
parler publiquement pendant 3 mois mais aussi l'interdire
de prédication et d'enseignement au sein de la secte
pendant une période équivalente. Cinq semaines
plus tard, il décide de le démettre de ses
fonctions de représentant national de la Nation de
l'Islam.217
Le
8 mars 1964, Malcolm X annonce officiellement qu'il quitte
la Nation de l'Islam et le 13, lors d'une conférence
de presse, il annonce la Création de l'Association
des Mosquées Musulmanes.218
Elijah Muhammad ne décolère plus. Dans des
conversations avec son entourage, en parlant de son ancien
prédicateur, il déclare ouvertement qu'il
faut décapiter les “hypocrites”
et qu'il faut absolument mettre un terme à ses activités.219
Le
mois suivant, Malcolm X s'envole pour La Mecque. Une fois
sur place, il annonce qu'il s'est convertit à l'islam
orthodoxe et qu'il renonce aux croyances de la secte raciste
: c'est l'ouverture de boite de pandore... |
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