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Lieu: Ligne 5 stations Stalingrad à Ourq
Type d'agression:
Agression raciste
Méthode:
Inversion des culpabilités, coercition, insultes racistes, Coups et blessures.

L'affaire se passe un soir, vers huit heures, ligne 5. Je suis assis sur un strapontin à l'extrémité avant d'un wagon. Le métro venait de quitter la station Stalingrad quand j'ai entendu un type en train de gueuler, visiblement en rage. Comme les autres passagers, je me retourne. Un noir d'une vingtaine d'années, sourcils froncés, nez plissé, bouche grimançante de rage, le corps empaqueté dans du Streetware et pieds enfoncés dans des 'skets, brandit un verre à pied qu'il a du voler dans un restaurant, prêt à frapper quelqu'un

- Enculé d'ta rasse, j'vé t'éclaté ta gueule"

La cible de sa colère? Un homme blanc d'une cinquantaine d'année, propre sur lui, cheveux poivre et sel, bien entretenu, en costume impeccable. La victime a une chance inouïe car, chose rare, le noir est seul tandis que ses amis sont bloqués par les banquettes et la foule compacte des voyageurs. Deux hommes blancs d'une trentaine d'année qui se trouvent là, debouts, retiennent le bras du noir et tentent de le calmer. Pendant ce temps là, un autre noir qui se trouve debout devant moi, ne pouvant s'approcher, sort une bombe de "serpentin artificiel" et se met à en asperger le quinquagénaire.

A Jaurès, la station suivante, Une des racailles hurle à l'agresseur:

-Allé vien, on va ailleurs, on s'casse"

et aussi vite que tout avait commencé, le groupe de noirs et d'arabes, avec un blanc ou un arabe genre berbère, sortent de la rame et montent dans la suivante. Des gens aident la victime de l'agression à se débarrasser des serpentins et se mettent à discuter. Soudain, un nigaud lance la phrase fatale:

- Mais pourquoi y font ça? J'comprend pas! Qu'est c'qui z'ont dans la tête?"

Je me retourne et je lance:

- Mais qu'est ce que vous croyez? ils font ça parce qu'ils sont racistes!"

- Attendez, lance un des hommes qui se trouvaient à côté de la victime, j'peux pas laisser dire ça, ça résoud rien."

- Non mais vous êtes naïf ou quoi? une bande de noirs et d'arabes monte dans l'métro, et "comme par hasard" y font chier un blanc ! Moi j’crois pas au hasard ! Je vous dis qu'ils sont RA-CIS-TES"

- Non! Non, vous pouvez pas dire ça, ça fait qu'aggraver les choses!" réplique-t-il

- Monsieur, dis-je, et je commence à marteler les mots suivants: Une agression "gratuite", ça n'existe pas! Une agression a toujours un motif et là, le motif, c'est le racisme."

Le quinquagénaire, qui commence à se remettre, sans me donner carrément raison, tant je touche à un tabou, me vient quand même en aide en osant dire:

- Attendez, je crois que ce monsieur n'a pas tout à fait tort! Regardez-moi, je suis bien habillé, j'ai un certain âge…"

J’essaie de discuter avec une arabe en face de moi:

- C'est clair qu'ils sont racistes. Si c'était la même chose mais que les positions étaient différentes, personne dirait le contraire."

Réponse geignarde de la femme:

- y faut pas giniraliser!"

Je n'ai fait aucune généralisation mais, comme souvent, le simple fait de mentionner la possibilité qu'un blanc puisse être victime de racisme antiblanc est assimilé, en soi, à un acte de racisme…

Qu'importe! arrivé à Laumière, les blancs qui avaient aidé l'homme descendent. Le trajet jusqu'à la station suivante se passe plus calmement mais arrivé à la Station Ourq, la bande de délinquants afro-maghrébins entre à nouveau dans la rame. L'homme se lève pour sortir.

J'ai le sentiment qu'il est en danger, qu'il risque de se retrouver seul contre plusieurs mais, comme ce n'est pas mon arrêt, j'hésite un instant à descendre puis je me décide, et me voilà sur le quai. Je me plante face à la rame, pas du tout rassuré car si les choses tournent mal, à deux contre sept ou huit, c'est la tête au carré garantie. Agglutinés dans le Wagon, à une des portes, les membres de la bande hurlent quelque chose en direction de quelqu'un qui se trouve au bout du quai. Je tourne la tête et je m'aperçois que, durant le bref moment qu'a durée mon hésitation, l'homme est descendu sur le quai et a remonté le métro jusqu'à la cabine du conducteur. Le noir qui l'avait agressé dans le métro lui tourne autour.

Je marche précipitamment dans leur direction. Pendant que je surveillais les racailles qui se trouvaient dans la rame, le noir a brisé le verre à pied qu'il tenait en main sur la tête du quinquagénaire, qui a quelques coupures saignantes au visage. Le raciste noir, qui se masque le visage avec le haut de son sweat-shirt, repasse à nouveau mais, cette fois ci, ne s'approche plus de sa victime et disparaît précipitamment vers la sortie.

Après une brève discussion avec le conducteur, nous nous dirigeons à notre tour dans cette direction, l'œil aux aguets, au cas où le noir reviendrait à la charge. Par chance, le reste de la bande est resté dans la rame; ils vont probablement se rejoindre au parc de la Villette. Au guichet de la station, la victime signale l'incident; on lui donne un formulaire RATP à remplir et l'employée met à sa disposition du désinfectant et des pansements. Je regarde les dégâts: l'homme à une grosse bosse sur le crâne, visible sous ses cheveux. Du sang, qui a dégouliné de sa joue coupée, sur laquelle pendouille un bout de chair, macule son col de chemise.

Une fois le formulaire rempli, nous sortons de la station et, en nous dirigeant vers le commissariat, nous commençons à discuter. Il m'explique ce qui s'est passé. Simplement, le noir, lorsqu'il est monté dans le métro, s'est planté devant Monsieur Yves R. et lui a dit:

- Toa là! tu m'lésse ta place."

Monsieur R. a eut la dignité de lui répondre, calmement mais fermement:

- Non Monsieur, je ne vous laisserais pas ma place."

Comme beaucoup de jeunes noirs et de jeunes maghrébins ne supportent plus la moindre velléité de résistance , l’agression était pour ainsi dire inévitable … "Non", est un mot qu’ils n’ont plus l’habitude d’entendre.

Monsieur R. m'apprend aussi que ce n'est pas la première fois que ce genre de problème lui arrive. Deux semaine plus tôt, toujours dans le métro, il a été abordé par des jeunes maghrébins qui l'ont entouré un instant, lui parlant avec une politesse narquoise. Ce n'est qu'en rentrant chez lui qu'il a compris ce pourquoi de leur petit manège, lorsque sa fille lui a signalé qu'il avait un énorme crachat glaireux au dos de son costume…

Il me raconte que parisien de naissance, il a toujours pris le métro, mais qu'il a vu les choses se dégrader de plus en plus avant d'en tirer, l'air résigné, une conclusion:

- Vous savez, je crois qu'aujourd'hui, les gens comme moi ne peuvent plus prendre le métro. Désormais, je vais prendre ma voiture, c'est plus possible que je reprenne cette ligne après ce qui s'est passé…"

Nous arrivons à un commissariat , pas très loin de l’allée Darius Milhaud. Il y a trois personnes. Nous attendons un instant que notre tour arrive d'être entendu. Quand c'est à nous, nous approchons du guichet. Le policier en faction, un homme d'une quarantaine ou, lui aussi, d'une cinquantaine d'année, nous demande de décrire les agresseurs. Monsieur R. parle d’un jeune , de "type africain", qui l'a agressé, qui est le seul qu'il a bien vu. Moi, plus catégorique et d'un ton pas complexé; je déclare que les agresseurs étaient des noirs et des arabes, dont peut-être un blanc ou un homme au type berbère. J'ai à peine le temps de fermer la bouche qu'un maghrébin, qui attendait sur le banc à coté de nous, se lève d’un bond et m'adresse la parole sur un ton agressif et arrogant:

- Monsieur! Vous n'avez pas le droit de dire que ce sont des "noirs" ou de "arabes" Monsieur!"

Sans me laisser impressionner, je réplique avec fermeté:

- Et comment j’ fais pour décrire les agresseurs? 'Y sont pas transparents, quand même?"

- Non Monsieur! Y'a pas de "noirs" et y'a pas d' "arabes"! Je vois bien où vous voulez en venir. Nous sommes tous pareils, Monsieur! Moi je suis arabe, Monsieur! et je ne suis pas un voleur! Et moi, je viens me plaindre contre un blanc! Monsieur!"

A ce stade, le policier, visiblement inquiet, commence à prendre parti pour le Maghrébin! probablement pour montrer que tout policier qu’il est, il n’est pas "raciste" et qu’il ne tolérera pas de "racisme" dans le commissariat. Il m'adresse une mise en garde:

- Faites attention à vos propos quand même, Monsieur! Il faudrait pas aller trop loin!"

A coté de lui, il y a un autre agent de mon âge, blanc lui aussi. Lui ne dit rien et baisse la tête. J'ai le sentiment qu'il n'en pense pas moins et qu'il ferme sa gueule. Je lui suis reconnaissant de ne pas avoir pris le parti du maghrébin… La discussion dure encore quelques minutes sur le même ton d'autant plus que je n'ai aucune intention de me laisser intimider. J'avoue même qu'un brin facétieux et soupe au lait, je me mets à bien insister sur les mots "arabe" et "noir" pour le plaisir de voir ce raciste s'étrangler de fureur et d'indignation!

- Si je dis que les agresseurs étaient noirs et arabes, c'est parce qu'ils étaient noirs et arabes et ce n'est pas à vous de me dicter ce que je dois dire ou pas! Un noir est noir! un arabe est a-ra-beu! Et comme je crois qu'il y avait un blanc, je le dis aussi."

- Non Monsieur! Je vois bien comment vous dites ça! On est tous pareils, monsieur!! C'est pas "les arabes", Monsieur!"

- Mais enfin! Puisque c'étaient des a-ra-beus! Des arabes! et des noi-reus! C'est quand même pas de ma faute! Je vois ce que je vois! Et j'ai vu des Noi-reus et des Ara-beus."

Quelques minutes plus, c'est à son tour d'exposer au policier les motifs de sa plainte contre "un blanc" (puisque lui, il pouvait le dire). L'affaire est simple: son voisin, en faisant des travaux sur leur balcon commun, avait eut le malheur, étant juché sur un escabeau, de passer les yeux par-dessus le panneau qui séparait les deux appartements. Le musulman a donc décidé porter plainte pour atteinte à sa vie privée, outré que sa femme ne puisse plus se reposer dans leur salon sans risquer d'être aperçue ! Après avoir écouté son histoire, le policier tente de lui expliquer qu'il n'y a là, vu le caractère exceptionnel de la situation (les travaux n'étant pas constants), aucune base légale pour porter plainte! Le sanguin maghrébin devient de plus en plus agressif, frappe du poing sur le comptoir. On va voir sa femme! On va espionner sa femme! Sa femme ne peut plus se relaxer dans le salon sans être vue! Sa femme! Non mais alors! C'est inacceptable! C'est un Scandale! On n'est plus chez soi! Il exige de pouvoir porter plainte contre son bricoleur de voisin! Monsieur R. et moi échangeons un regard entendu et un demi-sourire: maintenant, nous savons à qui nous avons eu affaire…

Prévenue d'un appel de portable, la fille de monsieur R., une jolie brune, habillée dans des vêtements sobres, de couleur sombre, arrive quelques temps plus tard et discute avec lui. Une demi-heure passe… Nous attendons toujours de pouvoir faire une déposition. Monsieur R. dit à sa fille de partir. Elle refuse mais sort un instant du commissariat pour fumer une cigarette. Tandis qu'elle s'éloigne, son père, en la suivant des yeux, me fait ce commentaire:

- Vous voyez, maintenant, elle est obligée de s'habiller comme ça sinon, dans le métro, les arabes, ça n'arrête pas…"

Ses deux fils arrivent ensuite. Des gars solides qui ont entre vingt et trente ans. Furieux. En rage. Le plus jeune, bouillant, les machoires serrées, des yeux bleux glacés de colère, tourne en rond. Il parle de massacrer des noirs. Son père lui dit de se calmer parce qu'il va "encore" avoir des ennuis: Il se trouve que les deux garçons sont du KOP de Boulogne. Après ce qui vient de se passer, ça promet pour le prochain match!

L’ainé me raconte comment il s'est fait agresser à coup de Machette par des étrangers quand il avait quatorze ans: il est le premier à reconnaître que c'est un noir qui lui a sauvé la vie en intervenant, alors que les blancs costumes-cravates n'auraient pas levé le petit doigt, mais cela n'a pas suffit. Pour les deux frères, l'agression dont leur père a été victime est insupportable. Ca va se payer !

Une heure passe encore. Les policiers nous disent d'attendre parce qu'il parait qu'un des membres de la bande a été interpellé à Bobigny. Monsieur R. et moi n'y croyons pas plus que ça, mais bon…

L'attente se prolonge, je pars chercher de quoi me nourrir et lorsque je reviens, toujours rien. Tandis que je mange des chips aux crevettes achetées chez un chinois de l’avenue Jean Jaurès, Monsieur R., sa fille et ses deux fils discutent entre eux un peu à l'écart. Leur petite famille se tient les coudes, referme les rangs, forme le cercle. Je regarde cet homme qui se fait cracher dessus par les arabes et frapper par les noirs, cette jeune femme qui ne peut plus porter de vêtements trop élégants pour ne pas être importuné par les maghrébins, ces deux jeunes hommes à cran, dont un a failli se faire tuer par des étrangers…

J'ai le sentiment que nous sommes désarmés face à la violence des immigrés. J'ai l'impression que nous vivons à nouveau des heures sombres. On nous expose à tous les coups, sans avoir le droit de répliquer. Dans les grandes villes, il n’y a propablement plus une seule famille française qui n’ait été touchée par la violence des maghrébins et des africains noirs.

Monsieur R. et moi sommes arrivés aux environs de 20h30, il est deux heures et demi plus tard. Je suis affamé malgré les chips que j'ai mangé, épuisé aussi par l'attente et la tension. Un policier que nous n'avons pas encore vu aborde monsieur M et lui demande:

- Bon votre agresseur, il ressemblait à quoi?"

A cet instant, aussi incroyable que cela puisse paraître, je mesure à quel point l'attitude coercitive de l’enragé maghrébin a porté ses fruits. Monsieur R. n'ose plus décrire son agresseur par peur de passer pour un raciste! Je suis d'ailleurs persuadé que les policiers sont souvent confrontés à des français qui ont la même réaction.

- C'était un jeune, de seize ou dix-sept ans… Il avait un survêtement..."

Le policier le coupe:

- Oui! Bon… c'était un noir? Un arabe? Un blanc?"

- Euh… hum!… Un noir…"

Un autre quart d'heure passe encore. Encore!

Enfin ! On nous fait monter à l'étage où nous devons dévisager un suspect à travers un miroir sans teint. C'est un jeune maghrébin; On nous le montre de face. On nous le montre de profil. Ce n'est pas un des agresseurs.

J'aurais voulu qu'un des racistes antiblancs soit attrapé; j'ai au moins la consolation d'être resté assez longtemps pour pouvoir éviter, par mon témoignage, qu'un type qui n'a rien fait se trouve accusé à tort. Mais j'imagine qu'une fois sorti du commissariat, le beur va récriminer sur le racisme des flics de la sale-France-raciste qui contrôlent et embarquent les jeunes maghrébins sans raison… pour délit de sale gueule…

Chacun son parcours et son histoire…

Et toutes ces histoires qui s'enchevêtrent dans les rues, les métros, les commissariats; toutes ces combinaisons de rancœurs...

Fatigué, je décide de partir sans faire de déposition. Monsieur R. me remercie de l'avoir aidé. Je suis gêné: je n'ai vraiment rien fait pour lui. Il a l'air touché quand même. Je le laisse avec ses enfants sous la lumière des néons du commissariat. Je suis crevé et j'ai très faim. Je rentre chez moi.

La nuit est tombée depuis longtemps.

 
 
   
 
 
 

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