| 23 Lieu:
Ligne 5 stations
Stalingrad à Ourq
Type d'agression:
Agression raciste
Méthode:
Inversion des
culpabilités, coercition, insultes
racistes, Coups et blessures.
L'affaire se passe
un soir, vers huit heures, ligne 5. Je
suis assis sur un strapontin à
l'extrémité avant d'un wagon. Le métro
venait de quitter la station Stalingrad
quand j'ai entendu un type en train de
gueuler, visiblement en rage. Comme les
autres passagers, je me retourne. Un noir
d'une vingtaine d'années, sourcils
froncés, nez plissé, bouche
grimançante de rage, le corps empaqueté
dans du Streetware et pieds enfoncés
dans des 'skets, brandit un verre à pied
qu'il a du voler dans un restaurant,
prêt à frapper quelqu'un
- Enculé
d'ta rasse, j'vé t'éclaté ta
gueule"
La cible de sa
colère? Un homme blanc d'une
cinquantaine d'année, propre sur lui,
cheveux poivre et sel, bien entretenu, en
costume impeccable. La victime a une
chance inouïe car, chose rare, le noir
est seul tandis que ses amis sont
bloqués par les banquettes et la foule
compacte des voyageurs. Deux hommes
blancs d'une trentaine d'année qui se
trouvent là, debouts, retiennent le bras
du noir et tentent de le calmer. Pendant
ce temps là, un autre noir qui se trouve
debout devant moi, ne pouvant
s'approcher, sort une bombe de
"serpentin artificiel" et se
met à en asperger le quinquagénaire.
A Jaurès, la
station suivante, Une des racailles hurle
à l'agresseur:
-Allé vien,
on va ailleurs, on s'casse"
et aussi vite que
tout avait commencé, le groupe de noirs
et d'arabes, avec un blanc ou un arabe
genre berbère, sortent de la rame et
montent dans la suivante. Des gens aident
la victime de l'agression à se
débarrasser des serpentins et se mettent
à discuter. Soudain, un nigaud lance la
phrase fatale:
- Mais
pourquoi y font ça? J'comprend pas!
Qu'est c'qui z'ont dans la tête?"
Je me retourne et
je lance:
- Mais qu'est
ce que vous croyez? ils font ça parce
qu'ils sont racistes!"
- Attendez,
lance un des hommes qui se trouvaient à
côté de la victime, j'peux pas
laisser dire ça, ça résoud rien."
- Non mais
vous êtes naïf ou quoi? une bande de
noirs et d'arabes monte dans l'métro, et
"comme par hasard" y font chier
un blanc ! Moi jcrois pas au
hasard ! Je vous dis qu'ils sont
RA-CIS-TES"
- Non! Non,
vous pouvez pas dire ça, ça fait
qu'aggraver les choses!"
réplique-t-il
- Monsieur,
dis-je, et je commence à marteler les
mots suivants: Une
agression "gratuite", ça
n'existe pas! Une
agression a toujours un motif et là, le motif,
c'est le racisme."
Le quinquagénaire,
qui commence à se remettre, sans me
donner carrément raison, tant je touche
à un tabou, me vient quand même en aide
en osant dire:
- Attendez,
je crois que ce monsieur n'a pas tout à
fait tort! Regardez-moi, je suis bien
habillé, j'ai un certain
âge
"
Jessaie de
discuter avec une arabe en face de moi:
- C'est clair
qu'ils sont racistes. Si c'était la
même chose mais que les positions
étaient différentes, personne dirait le
contraire."
Réponse geignarde
de la femme:
- y faut pas
giniraliser!"
Je n'ai fait aucune
généralisation mais, comme souvent, le
simple fait de mentionner la possibilité
qu'un blanc puisse être victime de
racisme antiblanc est assimilé, en soi,
à un acte de racisme
Qu'importe! arrivé
à Laumière, les blancs qui avaient
aidé l'homme descendent. Le trajet
jusqu'à la station suivante se passe
plus calmement mais arrivé à la Station
Ourq, la bande de délinquants
afro-maghrébins entre à nouveau dans la
rame. L'homme se lève pour sortir.
J'ai le sentiment
qu'il est en danger, qu'il risque de se
retrouver seul contre plusieurs mais,
comme ce n'est pas mon arrêt, j'hésite
un instant à descendre puis je me
décide, et me voilà sur le quai. Je me
plante face à la rame, pas du tout
rassuré car si les choses tournent mal,
à deux contre sept ou huit, c'est la
tête au carré garantie. Agglutinés
dans le Wagon, à une des portes, les
membres de la bande hurlent quelque chose
en direction de quelqu'un qui se trouve
au bout du quai. Je tourne la tête et je
m'aperçois que, durant le bref moment
qu'a durée mon hésitation, l'homme est
descendu sur le quai et a remonté le
métro jusqu'à la cabine du conducteur.
Le noir qui l'avait agressé dans le
métro lui tourne autour.
Je marche
précipitamment dans leur direction.
Pendant que je surveillais les racailles
qui se trouvaient dans la rame, le noir a
brisé le verre à pied qu'il tenait en
main sur la tête du quinquagénaire, qui
a quelques coupures saignantes au visage.
Le raciste noir, qui se masque le visage
avec le haut de son sweat-shirt, repasse
à nouveau mais, cette fois ci, ne
s'approche plus de sa victime et
disparaît précipitamment vers la
sortie.
Après une brève discussion avec le
conducteur, nous nous dirigeons à notre tour dans cette
direction, l'il aux aguets, au cas où le noir reviendrait
à la charge. Par chance, le reste de la bande est resté
dans la rame; ils vont probablement se rejoindre au parc
de la Villette. Au guichet de la station, la victime signale
l'incident; on lui donne un formulaire RATP à remplir
et l'employée met à sa disposition du désinfectant et
des pansements. Je regarde les dégâts: l'homme à une grosse
bosse sur le crâne, visible sous ses cheveux. Du sang,
qui a dégouliné de sa joue coupée, sur laquelle pendouille
un bout de chair, macule son col de chemise.
Une fois le formulaire rempli, nous
sortons de la station et, en nous dirigeant vers le commissariat,
nous commençons à discuter. Il m'explique ce qui s'est
passé. Simplement, le noir, lorsqu'il est monté dans le
métro, s'est planté devant Monsieur Yves R. et lui a dit:
- Toa là! tu
m'lésse ta place."
Monsieur R. a eut
la dignité de lui répondre, calmement
mais fermement:
- Non
Monsieur, je ne vous laisserais pas ma
place."
Comme beaucoup de
jeunes noirs et de jeunes maghrébins ne
supportent plus la moindre velléité de
résistance , lagression était
pour ainsi dire inévitable
"Non",
est un mot quils nont plus
lhabitude dentendre.
Monsieur R.
m'apprend aussi que ce n'est pas la
première fois que ce genre de problème
lui arrive. Deux semaine plus tôt,
toujours dans le métro, il a été
abordé par des jeunes maghrébins qui
l'ont entouré un instant, lui parlant
avec une politesse narquoise. Ce n'est
qu'en rentrant chez lui qu'il a compris
ce pourquoi de leur petit manège,
lorsque sa fille lui a signalé qu'il
avait un énorme crachat glaireux au dos
de son costume
Il me raconte que
parisien de naissance, il a toujours pris
le métro, mais qu'il a vu les choses se
dégrader de plus en plus avant d'en
tirer, l'air résigné, une conclusion:
- Vous savez,
je crois qu'aujourd'hui, les gens comme
moi ne peuvent plus prendre le métro.
Désormais, je vais prendre ma voiture,
c'est plus possible que je reprenne cette
ligne après ce qui s'est
passé
"
Nous arrivons à un
commissariat , pas très loin de
lallée Darius Milhaud. Il y a
trois personnes. Nous attendons un
instant que notre tour arrive d'être
entendu. Quand c'est à nous, nous
approchons du guichet. Le policier en
faction, un homme d'une quarantaine ou,
lui aussi, d'une cinquantaine d'année,
nous demande de décrire les agresseurs.
Monsieur R. parle dun jeune , de
"type africain", qui l'a
agressé, qui est le seul qu'il a bien
vu. Moi, plus catégorique et d'un ton
pas complexé; je déclare que les
agresseurs étaient des noirs et des
arabes, dont peut-être un blanc ou un
homme au type berbère. J'ai à peine le
temps de fermer la bouche qu'un
maghrébin, qui attendait sur le banc à
coté de nous, se lève dun bond et
m'adresse la parole sur un ton agressif
et arrogant:
- Monsieur!
Vous n'avez pas le droit de dire que ce
sont des "noirs" ou de
"arabes" Monsieur!"
Sans me laisser
impressionner, je réplique avec
fermeté:
- Et comment
j fais pour décrire les
agresseurs? 'Y sont pas transparents,
quand même?"
- Non
Monsieur! Y'a pas de "noirs" et
y'a pas d' "arabes"! Je vois
bien où vous voulez en venir. Nous
sommes tous pareils, Monsieur! Moi je
suis arabe, Monsieur! et je ne suis pas
un voleur! Et moi, je viens me plaindre
contre un blanc! Monsieur!"
A ce stade, le
policier, visiblement inquiet, commence
à prendre parti pour le Maghrébin!
probablement pour montrer que tout
policier quil est, il nest
pas "raciste" et quil ne
tolérera pas de "racisme" dans
le commissariat. Il m'adresse une mise en
garde:
- Faites
attention à vos propos quand même,
Monsieur! Il faudrait pas aller trop
loin!"
A coté de lui, il
y a un autre agent de mon âge, blanc lui
aussi. Lui ne dit rien et baisse la
tête. J'ai le sentiment qu'il n'en pense
pas moins et qu'il ferme sa gueule. Je
lui suis reconnaissant de ne pas avoir
pris le parti du maghrébin
La
discussion dure encore quelques minutes
sur le même ton d'autant plus que je
n'ai aucune intention de me laisser
intimider. J'avoue même qu'un brin
facétieux et soupe au lait, je me mets
à bien insister sur les mots
"arabe" et "noir"
pour le plaisir de voir ce raciste
s'étrangler de fureur et d'indignation!
- Si je dis
que les agresseurs étaient noirs
et arabes,
c'est parce qu'ils étaient noirs
et arabes
et ce n'est pas à vous de me dicter ce
que je dois dire ou pas! Un noir
est noir!
un arabe
est a-ra-beu!
Et comme je crois qu'il y avait un blanc,
je le dis aussi."
- Non
Monsieur! Je vois bien comment vous dites
ça! On est tous pareils, monsieur!!
C'est pas "les arabes",
Monsieur!"
- Mais enfin!
Puisque c'étaient des a-ra-beus! Des
arabes! et des noi-reus! C'est quand
même pas de ma faute! Je vois ce que je
vois! Et j'ai vu des Noi-reus et des
Ara-beus."
Quelques minutes
plus, c'est à son tour d'exposer au
policier les motifs de sa plainte contre
"un blanc" (puisque lui, il
pouvait le dire). L'affaire est simple:
son voisin, en faisant des travaux sur
leur balcon commun, avait eut le malheur,
étant juché sur un escabeau, de passer
les yeux par-dessus le panneau qui
séparait les deux appartements. Le
musulman a donc décidé porter plainte
pour atteinte à sa vie privée, outré
que sa femme ne puisse plus se reposer
dans leur salon sans risquer d'être
aperçue ! Après avoir écouté son
histoire, le policier tente de lui
expliquer qu'il n'y a là, vu le
caractère exceptionnel de la situation
(les travaux n'étant pas constants),
aucune base légale pour porter plainte!
Le sanguin maghrébin devient de plus en
plus agressif, frappe du poing sur le
comptoir. On va voir sa femme! On va
espionner sa femme! Sa femme ne peut plus
se relaxer dans le salon sans être vue!
Sa femme! Non mais alors! C'est
inacceptable! C'est un Scandale! On n'est
plus chez soi! Il exige de pouvoir porter
plainte contre son bricoleur de voisin!
Monsieur R. et moi échangeons un regard
entendu et un demi-sourire: maintenant,
nous savons à qui nous avons eu
affaire
Prévenue d'un appel de portable, la
fille de monsieur R., une jolie brune, habillée dans des
vêtements sobres, de couleur sombre, arrive quelques temps
plus tard et discute avec lui. Une demi-heure passe
Nous attendons toujours de pouvoir faire une déposition.
Monsieur R. dit à sa fille de partir. Elle refuse mais
sort un instant du commissariat pour fumer une cigarette.
Tandis qu'elle s'éloigne, son père, en la suivant des
yeux, me fait ce commentaire:
- Vous voyez,
maintenant, elle est obligée de
s'habiller comme ça sinon, dans le
métro, les arabes, ça n'arrête
pas
"
Ses deux fils arrivent ensuite. Des
gars solides qui ont entre vingt et trente ans. Furieux.
En rage. Le plus jeune, bouillant, les machoires serrées,
des yeux bleux glacés de colère, tourne en rond. Il parle
de massacrer des noirs. Son père lui dit de se calmer
parce qu'il va "encore" avoir des ennuis: Il
se trouve que les deux garçons sont du KOP de Boulogne.
Après ce qui vient de se passer, ça promet pour le prochain
match!
Lainé me raconte comment il
s'est fait agresser à coup de Machette par des étrangers
quand il avait quatorze ans: il est le premier à reconnaître
que c'est un noir qui lui a sauvé la vie en intervenant,
alors que les blancs costumes-cravates n'auraient pas
levé le petit doigt, mais cela n'a pas suffit. Pour les
deux frères, l'agression dont leur père a été victime
est insupportable. Ca va se payer !
Une heure passe
encore. Les policiers nous disent
d'attendre parce qu'il parait qu'un des
membres de la bande a été interpellé
à Bobigny. Monsieur R. et moi n'y
croyons pas plus que ça, mais bon
L'attente se
prolonge, je pars chercher de quoi me
nourrir et lorsque je reviens, toujours
rien. Tandis que je mange des chips aux
crevettes achetées chez un chinois de
lavenue Jean Jaurès, Monsieur R.,
sa fille et ses deux fils discutent entre
eux un peu à l'écart. Leur petite
famille se tient les coudes, referme les
rangs, forme le cercle. Je regarde cet
homme qui se fait cracher dessus par les
arabes et frapper par les noirs, cette
jeune femme qui ne peut plus porter de
vêtements trop élégants pour ne pas
être importuné par les maghrébins, ces
deux jeunes hommes à cran, dont un a
failli se faire tuer par des
étrangers
J'ai le sentiment que nous sommes
désarmés face à la violence des immigrés. J'ai l'impression
que nous vivons à nouveau des heures sombres. On nous
expose à tous les coups, sans avoir le droit de répliquer.
Dans les grandes villes, il ny a propablement plus
une seule famille française qui nait été touchée
par la violence des maghrébins et des africains noirs.
Monsieur R. et moi
sommes arrivés aux environs de 20h30, il
est deux heures et demi plus tard. Je
suis affamé malgré les chips que j'ai
mangé, épuisé aussi par l'attente et
la tension. Un policier que nous n'avons
pas encore vu aborde monsieur M et lui
demande:
- Bon votre
agresseur, il ressemblait à quoi?"
A cet instant,
aussi incroyable que cela puisse
paraître, je mesure à quel point
l'attitude coercitive de lenragé
maghrébin a porté ses fruits. Monsieur
R. n'ose plus décrire son agresseur par
peur de passer pour un raciste! Je suis
d'ailleurs persuadé que les policiers
sont souvent confrontés à des français
qui ont la même réaction.
- C'était un
jeune, de seize ou dix-sept ans
Il
avait un survêtement..."
Le policier le
coupe:
- Oui!
Bon
c'était un noir? Un arabe? Un
blanc?"
- Euh
hum!
Un noir
"
Un autre quart
d'heure passe encore. Encore!
Enfin ! On
nous fait monter à l'étage où nous
devons dévisager un suspect à travers
un miroir sans teint. C'est un jeune
maghrébin; On nous le montre de face. On
nous le montre de profil. Ce n'est pas un
des agresseurs.
J'aurais voulu qu'un des racistes
antiblancs soit attrapé; j'ai au moins la consolation
d'être resté assez longtemps pour pouvoir éviter, par
mon témoignage, qu'un type qui n'a rien fait se trouve
accusé à tort. Mais j'imagine qu'une fois sorti du commissariat,
le beur va récriminer sur le racisme des flics de la sale-France-raciste
qui contrôlent et embarquent les jeunes maghrébins sans
raison
pour délit de sale gueule
Chacun son parcours
et son histoire
Et toutes ces
histoires qui s'enchevêtrent dans
les rues, les métros, les commissariats;
toutes ces combinaisons de
rancurs...
Fatigué, je
décide de partir sans faire de
déposition. Monsieur R. me remercie de
l'avoir aidé. Je suis gêné: je n'ai
vraiment rien fait pour lui. Il a l'air
touché quand même. Je le laisse avec
ses enfants sous la lumière des néons
du commissariat. Je suis crevé et j'ai
très faim. Je rentre chez moi.
La nuit est tombée
depuis longtemps.
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