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Source : BBC
News |
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du scrutin du 15 février 2000 sur la saisie des
terres |
Au Zimbabwe,
on fête l'indépendance du pays le 15 avril,
le jour où Ian Smith, président du pays qu'on
nommait alors la Rhodésie, a rompu unilatéralement
avec l'empire britannique.
A l'époque,
la Rhodésie est encore une société
fonctionnant sur le mode de la ségrégation
raciale, qui est abolit au début des années
80: la Rhodésie devient alors le "Zimbabwe".
A partir de cet instant, le pays entre dans un lent déclin
économique. Dès la fin de la ségrégation
raciale, des affrontements entre factions noires ensanglantent
la région du Matabeleland, faisant une trentaine
de milliers de morts et de disparus, et mettant à
mal l'économie. Celle-ci continue ensuite à
décliner à cause de la corruption des politiciens
du ZANU-PF et de couteuses interventions dans les conflits
des pays voisins, notamment celui du Congo, dans lesquels
le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, implique
le pays. A la fin des années 1990, les pénuries
d'essence et d'autres matières premières touchent
de plus en plus les zimbabwéens et surtout de sa
capitale, Harare. Au pouvoir depuis deux décennies,
Robert Mugabe est confronté à un ressentiment
grandissant.
Pour
tenter de retrouver une légitimité politique,
il décide d'organiser un scrutin en utilisant la
petite communauté blanche du Zimbabwe comme bouc
émmissaire. Celle-ci est particulièrement
présente dans le secteur agricole ; les plantations
de tabac et de maïs des fermiers blancs sont à
peu près le dernier secteur de l'économie
du pays qui fonctionne encore. Il est vrai qu'ils possèdent
énormément de terres: près de 70 %
des surfaces cultivables du pays. Ces terres - toutefois
- n'ont pas été volées: la plus grande
partie ont été défrichées par
ceux qui, cinq générations auparavant, étaient
- c'est vrai - des colons, mais dont nombre de descendants
ne connaissent que ce pays. D'autres ont été
achetées en toute légitimité par des
entrepreneurs en quête d'opportunités venus
d'autres pays, avec l'aval du gouvernement. Des spécificités
locales, de plus, ne rendent possible et rentable la culture
que sur de larges surfaces, avec des moyens d'irrigations
performants qu'il faut savoir gérer et mettre en
oeuvre. N'est pas fermier qui veut.
Par
électoralisme, Robert Mugabe imagine un programme
de la discrimination positive qu'il présente comme
une"réforme agraire." Par souci d'équité,
les terres des fermiers blancs seraient saisies et redistribuées
aux "Noirs sans terre" sans que la moindre compensation
financière soit versés à leurs propriétaires.
La proposition doit faire l'objet d'un référendum
dont Robert Mugabe est persuadé qu'il sera un plébicite
en sa faveur. Pendant des semaines, le ZANU-PF, son parti
politique, fait campagne sur ce thème, exacerbant
sans relâche le ressentiment anti-blanc. Dans une
publicité pour le "oui" aux propostions
de Robert Mugabe, le parti diffuse en pleine page des journaux
une photo représentant un couple de blancs, légendée
comme suit: "Ne les suivez pas vers les jours sombres
du passé, lorsqu'ils étaient les rois et les
reines."
En dépit
de cette campagne abjecte, le 15 février 2000, Robert
Mugabe essuit sa première défaite électorale
en 21 ans. Le "non" est largement majoritaire.
Il recueille 54,7 % des suffrages. C'est, de l'avis des
politologues, un véritable désaveu pour le
président du Zimbabwe. La majeure partie de la population
ne l'a pas suivit dans son désir de déposséder
les Blancs.
Ce qui
suit est une histoire classique en Afrique : celle d'un
politicien vieillissant incapable de se déssaisir
du pouvoir et de passer le témoin au cours d'une
transition démocratique. Robert Mugabe, raciste mégalomaniaque,
persuadé que les Blancs du pays - alliés à
l'angleterre -complotent pour refaire du pays une colonie,
accuse l'opposition d'être les pantins de ceux-ci.
Dans
les semaines qui suivent, son entourage décide de
passer à l'action. Sous la houlette de Chenjerai
Hunzvi, le chef des vétérans de la guerre
de "libération" (à laquelle il n'a
pas participé), le Zanu-PF achemine en bus des militants
et des chomeurs - recrutés pour l'occasion dans les
faubourgs des grandes villes - qu'elle dépose dans
les fermes des Blancs. La "saisie" des fermes
a commencé. le Mouvement "spontané"
est officiellement soutenu par le président, qui
menace l'opposition de "guerre" et multiplie les
invectives envers les Blancs. Dans tout le pays, des "vétérans"
occupent bientôt des centaines de fermes de façon
souvent violente. Dans la région de Macheke et de
Marondera, Arizona Farm, la ferme de David Stevens, est
de celles-là.
David
Stevens, 50 ans, est un fermier originaire d'Afrique du
Sud venu pratiquer l'agriculture au Zimbabwe, qu'il considère
désormais comme son pays. il y a épousé
Maria, une suédoise arrivée dans le cadre
d'une mission humanitaire et ensemble ils ont eu quatre
enfants, deux sont déjà au lycée mais
deux ans plus tôt, Maria, qui a 39 ans, a donné
naissance à deux jumelles.
Diplomé
d'agriculture à l'université du Natal, David
Stevens est de sensibilité écologiste. Il
est favorable à une agriculture respectueuse de l'environnement.
Souhaitant rompre avec le style des anciens fermiers - il
n'est pas toujours en bon terme avec les autres blancs de
la région - il traite avec équité ses
ouvriers agricoles, les interessant au bénéfice
de la ferme. Leurs conditions de vie sont parmis les meilleures
de la région. Démocrate convaincu, c'était
un des premiers à se réjouir lors de l'arrivée
au Pouvoir de Mugabe, qu'il considérait comme un
progressite. Mais tout bascule avec le référendum
puis lorsque les invasions de fermes commencent.
Le 15 avril 2000,
jour de l'indépendance du Zimbabwe, les "vétérans"
de guerre semblent plus excités que jamais. Des conflits
éclatent entre eux et les employés agricoles,
dont ils incendient les logements. Les partisans de Robert
Mugabe, en effet, ne se contentent pas de menacer les fermiers,
ils s'en prennent souvent aux employés noirs auxquels
ils infligent menaces et sévices.
David Stevens
tente de s'interposer et de négocier une solution
pacifique mais les choses dégénèrent
et bientôt, les vétérans le prennent
à parti. On le passe a tabac puis on le contraint
de marcher accroupi dans son bureau. Cette volonté
d'humiliation et de déshumanisation est habituelle
et de nombreux fermiers blancs subissent - eux aussi - ces
séances pendant lesquelles on leur ordonne de chanter
des chants révolutionnaire ou de parader stupidement
devant leurs employés.
Des fermiers,
qui se trouvaient en compagnie de Stevens, sont eux aussi
séquestrés. L'un d'eux, John Osborne, parvient
à fausser compagnie aux vétérans et
s'en va au poste de police réclamer de l'aide. Avec
deux autres fermiers blancs - Stuart Demill et Ian hardy
- il est enlevé sous les yeux des policiers.
La bande
de ravisseurs fait monter ses captifs, David Stevens, John
Osborne, Steve Krynauw, Gary Luke, Stuart Demill et Ian
Hardy dans un camion. Ils sont entrainés à
l'écart des fermes et à nouveau passé
à tabac avec une sauvagerie Inouie. Un des "vétérans"
brise les côtés de John Osborne et lui blesse
un poumon. La figure des hommes enfle et tourne au violet
sous les coups des tortionnaires ; Leurs corps se couvrent
d'échymoses aussi larges que les pieds et les bâtons
avec lesquels on les frappe.

Source : BBC
News |
| Maria
Stevens lors d'une cérémonie en mémoire
de son mari |
Les
vétérans s'amusent ensuite à les faire
marcher jusqu'à l'épuisement dans la campagne.
Puis pour finir, lorsque les fermiers n'en peuvent plus,
l'un d'eux s'approche de David Stevens, dont les mains sont
liés dans le dos. Il lève alors son arme et
lui tire une balle en plein visage et une autre dans la
poitrine. Les hommes s'apprètent ensuite à
exécuter John Osborne mais, par miracle, une femme
qui se trouve intercède en sa faveur et on l'épargne.
Suit
alors une scène d'une rare cruauté. Le groupe
de vétérans s'agenouille autour au corps de
Stevens. L'un d'eux sort un récipient, y recueille
le sang du fermier puis le mélange à de l'alcool
avec lequel lui et ses acolytes vont s'ennivrer dans la
soirée.
David
Stevens est le premier fermier à être abattu
au cours des occupations de fermes. Un autre sera assassiné
trois jours plus tard. D'autres suivront encore
Sous
la houlette d'hommes qui déclarent que "Les
Blancs ne sont pas des êtres humains" et
qu'il faut "faire entrer la peur dans le coeur
de l'homme blanc", le Zimbabwe s'engage sur une
pente qui va le transformer, en à peine trois ans,
en ruine économique... |
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