- 16 avril 2000 -
 

Assassinat de David Stevens

 
 
 
 
 

Source : BBC News
résultats du scrutin du 15 février 2000 sur la saisie des terres

Au Zimbabwe, on fête l'indépendance du pays le 15 avril, le jour où Ian Smith, président du pays qu'on nommait alors la Rhodésie, a rompu unilatéralement avec l'empire britannique.

A l'époque, la Rhodésie est encore une société fonctionnant sur le mode de la ségrégation raciale, qui est abolit au début des années 80: la Rhodésie devient alors le "Zimbabwe". A partir de cet instant, le pays entre dans un lent déclin économique. Dès la fin de la ségrégation raciale, des affrontements entre factions noires ensanglantent la région du Matabeleland, faisant une trentaine de milliers de morts et de disparus, et mettant à mal l'économie. Celle-ci continue ensuite à décliner à cause de la corruption des politiciens du ZANU-PF et de couteuses interventions dans les conflits des pays voisins, notamment celui du Congo, dans lesquels le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, implique le pays. A la fin des années 1990, les pénuries d'essence et d'autres matières premières touchent de plus en plus les zimbabwéens et surtout de sa capitale, Harare. Au pouvoir depuis deux décennies, Robert Mugabe est confronté à un ressentiment grandissant.

Pour tenter de retrouver une légitimité politique, il décide d'organiser un scrutin en utilisant la petite communauté blanche du Zimbabwe comme bouc émmissaire. Celle-ci est particulièrement présente dans le secteur agricole ; les plantations de tabac et de maïs des fermiers blancs sont à peu près le dernier secteur de l'économie du pays qui fonctionne encore. Il est vrai qu'ils possèdent énormément de terres: près de 70 % des surfaces cultivables du pays. Ces terres - toutefois - n'ont pas été volées: la plus grande partie ont été défrichées par ceux qui, cinq générations auparavant, étaient - c'est vrai - des colons, mais dont nombre de descendants ne connaissent que ce pays. D'autres ont été achetées en toute légitimité par des entrepreneurs en quête d'opportunités venus d'autres pays, avec l'aval du gouvernement. Des spécificités locales, de plus, ne rendent possible et rentable la culture que sur de larges surfaces, avec des moyens d'irrigations performants qu'il faut savoir gérer et mettre en oeuvre. N'est pas fermier qui veut.

Par électoralisme, Robert Mugabe imagine un programme de la discrimination positive qu'il présente comme une"réforme agraire." Par souci d'équité, les terres des fermiers blancs seraient saisies et redistribuées aux "Noirs sans terre" sans que la moindre compensation financière soit versés à leurs propriétaires. La proposition doit faire l'objet d'un référendum dont Robert Mugabe est persuadé qu'il sera un plébicite en sa faveur. Pendant des semaines, le ZANU-PF, son parti politique, fait campagne sur ce thème, exacerbant sans relâche le ressentiment anti-blanc. Dans une publicité pour le "oui" aux propostions de Robert Mugabe, le parti diffuse en pleine page des journaux une photo représentant un couple de blancs, légendée comme suit: "Ne les suivez pas vers les jours sombres du passé, lorsqu'ils étaient les rois et les reines."

En dépit de cette campagne abjecte, le 15 février 2000, Robert Mugabe essuit sa première défaite électorale en 21 ans. Le "non" est largement majoritaire. Il recueille 54,7 % des suffrages. C'est, de l'avis des politologues, un véritable désaveu pour le président du Zimbabwe. La majeure partie de la population ne l'a pas suivit dans son désir de déposséder les Blancs.

Ce qui suit est une histoire classique en Afrique : celle d'un politicien vieillissant incapable de se déssaisir du pouvoir et de passer le témoin au cours d'une transition démocratique. Robert Mugabe, raciste mégalomaniaque, persuadé que les Blancs du pays - alliés à l'angleterre -complotent pour refaire du pays une colonie, accuse l'opposition d'être les pantins de ceux-ci.

Dans les semaines qui suivent, son entourage décide de passer à l'action. Sous la houlette de Chenjerai Hunzvi, le chef des vétérans de la guerre de "libération" (à laquelle il n'a pas participé), le Zanu-PF achemine en bus des militants et des chomeurs - recrutés pour l'occasion dans les faubourgs des grandes villes - qu'elle dépose dans les fermes des Blancs. La "saisie" des fermes a commencé. le Mouvement "spontané" est officiellement soutenu par le président, qui menace l'opposition de "guerre" et multiplie les invectives envers les Blancs. Dans tout le pays, des "vétérans" occupent bientôt des centaines de fermes de façon souvent violente. Dans la région de Macheke et de Marondera, Arizona Farm, la ferme de David Stevens, est de celles-là.


Source : BBC News
David Stevens

David Stevens, 50 ans, est un fermier originaire d'Afrique du Sud venu pratiquer l'agriculture au Zimbabwe, qu'il considère désormais comme son pays. il y a épousé Maria, une suédoise arrivée dans le cadre d'une mission humanitaire et ensemble ils ont eu quatre enfants, deux sont déjà au lycée mais deux ans plus tôt, Maria, qui a 39 ans, a donné naissance à deux jumelles.

Diplomé d'agriculture à l'université du Natal, David Stevens est de sensibilité écologiste. Il est favorable à une agriculture respectueuse de l'environnement. Souhaitant rompre avec le style des anciens fermiers - il n'est pas toujours en bon terme avec les autres blancs de la région - il traite avec équité ses ouvriers agricoles, les interessant au bénéfice de la ferme. Leurs conditions de vie sont parmis les meilleures de la région. Démocrate convaincu, c'était un des premiers à se réjouir lors de l'arrivée au Pouvoir de Mugabe, qu'il considérait comme un progressite. Mais tout bascule avec le référendum puis lorsque les invasions de fermes commencent.

Le 15 avril 2000, jour de l'indépendance du Zimbabwe, les "vétérans" de guerre semblent plus excités que jamais. Des conflits éclatent entre eux et les employés agricoles, dont ils incendient les logements. Les partisans de Robert Mugabe, en effet, ne se contentent pas de menacer les fermiers, ils s'en prennent souvent aux employés noirs auxquels ils infligent menaces et sévices.

David Stevens tente de s'interposer et de négocier une solution pacifique mais les choses dégénèrent et bientôt, les vétérans le prennent à parti. On le passe a tabac puis on le contraint de marcher accroupi dans son bureau. Cette volonté d'humiliation et de déshumanisation est habituelle et de nombreux fermiers blancs subissent - eux aussi - ces séances pendant lesquelles on leur ordonne de chanter des chants révolutionnaire ou de parader stupidement devant leurs employés.

Des fermiers, qui se trouvaient en compagnie de Stevens, sont eux aussi séquestrés. L'un d'eux, John Osborne, parvient à fausser compagnie aux vétérans et s'en va au poste de police réclamer de l'aide. Avec deux autres fermiers blancs - Stuart Demill et Ian hardy - il est enlevé sous les yeux des policiers.

La bande de ravisseurs fait monter ses captifs, David Stevens, John Osborne, Steve Krynauw, Gary Luke, Stuart Demill et Ian Hardy dans un camion. Ils sont entrainés à l'écart des fermes et à nouveau passé à tabac avec une sauvagerie Inouie. Un des "vétérans" brise les côtés de John Osborne et lui blesse un poumon. La figure des hommes enfle et tourne au violet sous les coups des tortionnaires ; Leurs corps se couvrent d'échymoses aussi larges que les pieds et les bâtons avec lesquels on les frappe.


Source : BBC News
Maria Stevens lors d'une cérémonie en mémoire de son mari

Les vétérans s'amusent ensuite à les faire marcher jusqu'à l'épuisement dans la campagne. Puis pour finir, lorsque les fermiers n'en peuvent plus, l'un d'eux s'approche de David Stevens, dont les mains sont liés dans le dos. Il lève alors son arme et lui tire une balle en plein visage et une autre dans la poitrine. Les hommes s'apprètent ensuite à exécuter John Osborne mais, par miracle, une femme qui se trouve intercède en sa faveur et on l'épargne.

Suit alors une scène d'une rare cruauté. Le groupe de vétérans s'agenouille autour au corps de Stevens. L'un d'eux sort un récipient, y recueille le sang du fermier puis le mélange à de l'alcool avec lequel lui et ses acolytes vont s'ennivrer dans la soirée.

David Stevens est le premier fermier à être abattu au cours des occupations de fermes. Un autre sera assassiné trois jours plus tard. D'autres suivront encore

Sous la houlette d'hommes qui déclarent que "Les Blancs ne sont pas des êtres humains" et qu'il faut "faire entrer la peur dans le coeur de l'homme blanc", le Zimbabwe s'engage sur une pente qui va le transformer, en à peine trois ans, en ruine économique...

 
 
 
 
 
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meurtres racistes
 
     
   
   
   
   
   
 
> David Stevens <
 
   
   
     
 

Etre blanc ne protège pas du racisme et de la haine. les liens ci-dessus concernent des crimes racistes - pas tous ceux répertoriés sur le site - qui montrent comment, dans divers lieux et dans divers circonstances, le racisme anti-blanc a eu des conséquences tragiques.

 
 
 
 
         
 
Références
   
 
   
         
 
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