| La fin d'une époque:
Alors que la réforme agraire atteint d'amers
sommets, les fermiers sont menacés d'expulsion Un futur incertain pour
les blancs qui disent qu'ils se battront en
justice
Par James Astill et
Rachel Palmer
Près de 3000
fermiers blancs zimbabwéens sont menacés
d'expulsion à partir de minuit ce soir, la date
limite que leur a fixé le gouvernement pour
quitter leurs propriétés, alors qu'une bataille
pour la saisie de leurs terres atteint d'amers
sommets. Hier, beaucoup des fermiers concernés
sont restés sur leurs terres, en dépit de la
menace d'être condamné à deux ans de prison
pour avoir défier l'ordre d'expulsion.
"Au
moins 70 % [des fermiers] attendent
de voir ce que fait le gouvernement," déclareJenny Williams,
une porte-parole de la Commercial Farmer's Union
(CFU) "Certains vont passer un
long week-end à Harare, mais peu partent
vraiment."
Le président
Mugabe étant en voyage d'affaire à Singapour,
ses ministres ont refusé de commenter les ordres
d'expulsions imminents. Mais la radio d'état du
Zimbabwe a cité Monsieur Mugabe déclarant: "Le
programme de réforme agraire accélérée est
désormais terminé et le gouvernement veut
désormais rendre les nouveaux fermiers
productifs."
Hier, la CFU a
tenu des pourparlers d'urgence avec des
représentants du gouvernement dans effort de
dernière minute pour résoudre une confrontation
qui a diminué de moitié la production de
denrées alimentaires cette année, faisant
empirer les pénuries alimentaires déjà graves
dans le sud du pays, déjà frappé par une
sécheresse.
"Nous
espérons que nous pourrons trouver une solution,
mais il est difficile de savoir ce que le
gouvernement prépare. L'incertitude est
totale," déclare madame Williams.
L'échéance de
cette nuit fait suite a un amendement à la loi
de réquisition des terres passé en mai, conçu
pour installer les supporters de Robert Mugabe
sur les terres appartenant aux blancs. On a alors
donné 45 jours à plus de 2 900 des 4 500
fermiers commerciaux blancs pour cesser toute
activité, et 45 jours de plus pour quitter leurs
propriétés. Beaucoup des blancs qui restent ont
reçu des arrêtés d'expulsion qui devraient
entrer en vigueur dans les trois prochains mois.
En dépit d'une
loi qui leur garanti une compensation, seuls 100
fermiers ayant reçu des arrêtés d'expulsion
ont perçu, jusqu'ici, des sommes dérisoires de
la part du gouvernement.
"C'est
une législation odieuse," dit John Worswick, un
cultivateur du sud de Chinoi, qui a reçu un
arrêté d'expulsion. "Mais
quasiment tout le monde s'est porté devant les
tribunaux et nous avons une bonne affaire - même
si nous nous préparons au pire."
La plupart des
fermes visées ont contesté l'arrêté
d'expulsion sur des bases de procédures, mais
une audience concernant une affaire qui devrait
faire jurisprudence aura lieu en octobre. Cette
affaire, présentée par Georges Quinnell, un
planteur de tabac de Chinoi, à 50 miles au Nord
d'Harare, vise à invalider l'amendement en
arguant qu'il est raciste.
"Le
gouvernement dit qu'il commencera à nous
arrêter vendredi, mais du fait de la loi, il
devra d'abord retourner devant les tribunaux
avant de pouvoir le faire," dit Monsieur Worswick. "S'ils
veulent m'embarquer, ils peuvent, mais cela ne
fera que mettre en lumière l'illégalité de ce
gouvernement."
Une mise en
garde
Ignatius
Chombo, le ministre des affaires locales - qui
préside le comité d
de la réforme agraire
- a prévenu que tout fermier qui défierait
l'arrêté d'expulsion du gouvernement serait
confronté à "la colère de
la loi".
Monsieur
Worswick n'a rien produit sur sa ferme de 400
hectares depuis que 80 familles sans terres l'ont
envahie, il y a deux ans. De celles-ci, depuis, toutes
sauf six ont quitté cette terre à
moitié aride, à cause de la difficulté
extrême d'y faire pousser des récoltes sans
irrigation.
"Ils
n'ont reçu aucun soutiens du gouvernement, ni
engrais, ni irrigation," déclare Monsieur
Worswick. "Je produisais
tous les ans 300 tonnes de cacahouètes et 500
tonnes de maïs. Tout ce qu'ils parviennent [à faire pousser], c'est
une poignée de haricots. C'est un scénario de
cauchemar, fou, si vous regardez la souffrance
dans le pays, je devrais être en train de
cultiver du blé."
Le programme
alimentaire des Nations Unies estime que près de
la moitié des 12,5 millions d'habitants du
Zimbabwe auront besoin de nourriture l'an
prochain, dont plus de 600 000 survivent déjà
grâce aux aides alimentaires dans un sud
desséché. Environ un quart des 2 millions de
tonnes manquantes pour les ressources
alimentaires du Zimbabwe sont le résultat direct
des invasions de fermes, déclare le WFP [World
Food Program]
"Personne
ne conteste le besoin d'une réforme agraire dans
le pays, " déclare Richard Miller de la
CAFOD, un organisme caritatif catholique, à
Harare. "Mais la destruction de
l'agriculture commerciale contribue à la famine.
Le problème est que pour produire de la
nourriture, on a besoin d'engrais et d'outils.
Les gens n'ont pas seulement besoin de
terre."
Ce n'est pas un
problème qui ne touche que les fermiers blancs.
Les organisations des droits humains disaient
hier que plus de 100 000 employés agricoles vont
être transformé en sans abris.
Dans sud sec et
poussiéreux du Zimbabwe, où la sécheresse a
frappé le plus fort, les champs sont nus. On a
refusé des aides alimentaires, distribuée par
le ZANU-PF, le parti de monsieur Mugabe, à Hlau
Mufemi parce que son fils est membre actif du
Movement for Democratic Change, le principal
parti d'opposition.
"Comment
puis aider ma mère alors que je n'ai plus de
travail?" demande Shoko, son fils.
"Ma maison a été brûlée par les jeunes
de la ZANU et je dois aussi m'occuper de mes
quatre enfants ainsi que des quatre enfants de ma
sur. Nous n'avons nul part pour vivre et
nous ne pouvons obtenir de nourriture. Tout ce
que je veux, c'est qu'on me rende mon travail
afin que je puisse subvenir aux besoins de ma
famille."
John Makume, le
dirigeant du comité de crise du Zimbabwe, dit: "C'est
une catastrophe. Ces travailleurs agricoles sont
des gens réels et le gouvernement leur prend
leur moyen de subsistance et leurs maisons, sans
leur donner une alternative."
Mardi, 60
fermiers de Mutorashanga, à 60 miles au Nord-Est
d'Harare, se sont réunis pour une photo de
groupe de fin d'époque. Environ une quarantaine
pensent quitter leurs fermes avant la fin de la
semaine. "L'humeur, par ici, est
généralement dépressive. La plupart d'entre
nous veulent rester en Afrique. Je veux rester,
mais le gouvernement ne veut pas de moi à cause
de ma couleur," dit un des fermiers, parlant
sous couvert d'anonymat.
Un des rares
fermiers se préparant à quitter sa ferme de 800
hectares de terre arable, à Chinoi - une région
particulièrement touchée par la saisie des
terres de Monsieur Mugabe, à cause de sa
proximité de la région natale du président, au
Mashonaland - a déclaré que la raison pour
laquelle il y a une famine au Zimbabwe est
claire.
"Il
devrait y avoir 2 000 hectares de blé à ma
porte, mais il n'y a pas un épi de blé en vue.
A la place, il y a de pauvres gens qui balaient
la route à la recherche des quelques grains de
blés qui tombent des camions. C'est de la
folie," dit le fermier, qui ne souhaite
pas être nommé.
Le gouvernement
prétend que les vétérans de la guerre
d'indépendance du Zimbabwe sont en première
ligne de l'invasion des terres. Mais, en
réalité, peu de squatteurs ont participés au
combat. "Cette terre des blancs
n'est pas pour les vrais vétérans," déclare Wilfred
Mahanda, de la Liberators' Platform,
une association d'anciens combattants. "Elle
est pour les politiciens et leurs hommes de mains
- toute la meilleure terre est pour les
politiciens."
Beaucoup de
fermiers blancs de la région de Chinoi n'ont pas
réalisé que leur expulsion devait arriver cette
nuit, pensant que l'échéance tombait samedi,
fête nationale de la libération du Zimbabwe.
"Rien
n'est clair mais la plupart des gens pensent que
nous avons jusque samedi" dit un fermier, qui a
demandé à ne pas être nommé. "De
toute façon, personne ne bouge, nous restons
exactement où nous sommes, et s'ils doivent
enfermer 4 000 fermiers en un jour, ça va être
un sacré boulot."
Le fermier ne
s'attendait pas à être expulsé de façon
imminente non plus, mais il dit qu'il y a des
signes inquiétants. "Les
squatteurs ont volé une partie de mas machines
ce week-end mais la police a dit qu'elle ne
pouvait arrêter personne parce qu'il n'y a pas
de place dans les prisons. Je me demande si cela
signifie qu'ils gardent de la place pour
nous?"
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